Le froid préoccupant pour les récoltes de céréales françaises

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par Valerie Parent

PARIS (Reuters) - L'arrivée soudaine sur la France d'une vague de froid en provenance d'Europe de l'Est est préoccupante pour les céréales d'hiver en raison du stade avancé de leur développement cette année et d'une couverture neigeuse irrégulière.

Des dégâts n'ont toutefois pas encore été constatés, ont déclaré jeudi des agro-techniciens.

Les prix du blé européen sur le marché à terme ont atteint mercredi un plus haut de sept mois sous le double effet de craintes liées à la vague de froid qui touche toute l'Europe et le risque de voir la Russie, troisième exportateur mondial de blé, plafonner ses exportations.

Un début d'hiver particulièrement doux, des pluies tardives et l'absence de gelées ont provoqué une croissance rapide et inattendue des céréales d'hiver à la végétation parfois qualifiée "d'exubérante", les rendant plus vulnérables à une brusque chute des températures.

Le temps est devenu glacial sur l'ensemble de la France mardi et la présence d'un vent de Nord-est accentue le phénomène avec des températures ressenties fréquemment inférieures à -15 degrés.

L'inquiétude concerne surtout le blé dur, par nature moins résistant au froid que le blé tendre mais aussi dans une phase de développement plus avancé, ce qui le rend plus sensible à la chute des températures, ont-ils souligné.

En outre, deux des trois principaux bassins de production de blé dur, la Beauce et le Poitou-Charente n'ont pas ou peu de neige protectrice.

La neige fait office de manteau sur les champs et permet de maintenir les températures autour de zéro degré.

La France est un producteur et un exportateur majeur de blé dur qui sert à la fabrication des pâtes et de semoule, très prisée en Afrique du Nord.

Dans des conditions normales de développement, le seuil de résistance du blé dur au gel est estimé à -12 degrés et à - 20 degrés pour le blé tendre.

SITUATION INÉDITE POUR LE BLÉ TENDRE

Les orges d'hiver, destinées surtout à l'alimentation animale, sont aussi sous surveillance et les interrogations sont présentes pour le blé tendre, céréale majeure pour l'alimentation humaine dont la France est le premier producteur européen.

L'arrivée des premiers grands froids intervient en effet tardivement alors que le développement des plantes est, cette saison, en avance de deux à trois semaines sur leur croissance habituelle, une situation inédite, ont souligné les experts.

"On ne peut pas dire quel sera l'impact de la vague de froid (pour le blé tendre) parce que c'est une situation que nous n'avons jamais vue", a dit à Reuters Jean-Charles Deswarte de l'Institut technique céréalier Arvalis, en soulignant que dans les parcelles précoces d'Ile-de-France et de Normandie non protégées par la neige, l'inquiétude est réelle.

"Pour le blé dur, le risque est double", a-t-il ajouté en précisant que les plantes les plus précoces étaient dans la phase délicate dite de "montaison" qui détermine le nombre d'épis et le nombre de grains.

"L'amplitude des chutes de températures, la présence au non de neige, rempart naturel contre le froid, ainsi que la précocité", seront déterminants, a ajouté Jean-Paul Bordes, responsable recherche pour Arvalis.

Les préoccupations sont moindres pour le colza, oléagineux dont les sous-produits servent à l'alimentation humaine et animale, plus résistant au froid et qui dispose de grandes capacités de récupération.

"Quand le froid vient relativement progressivement, le colza peut s'endurcir et résister", a dit Fabien Lagarde de l'Institut technique des oléagineux, Cetiom.

"Nous ne sommes pas particulièrement inquiets à ce stade", a-t-il ajouté.

Selon certains prévisionnistes, la vague de froid devrait commencer à s'atténuer dimanche par le Nord-ouest avec l'arrivée d'une perturbation océanique propice au développement de chutes de neige.

Edité par Yves Clarisse

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