Le frère de Mohamed Merah mis en examen et incarcéré

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LE FRÈRE DE MOHAMED MERAH MIS EN EXAMEN
LE FRÈRE DE MOHAMED MERAH MIS EN EXAMEN

PARIS (Reuters) - Le frère aîné de Mohamed Merah, l'auteur des tueries de Montauban et Toulouse, a été mis en examen dimanche pour "complicité d'assassinats", notamment, et placé en détention, a-t-on appris de source judiciaire.

Abdelkader Merah, âgé d'une trentaine d'années, est visé par les chefs de "complicité d'assassinats", "association de malfaiteurs en vue de la préparation d'actes de terrorisme" et "vol en réunion" pour le vol du scooter qui a servi à Mohamed Merah pour l'exécution de ses crimes.

Le parquet de Paris avait ouvert dimanche matin une information judiciaire pour ces trois chefs, déclarant dans un communiqué disposer d'"indices graves ou concordants" à l'encontre d'Abdelkader Merah.

Quatre juges antiterroristes ont été saisis de l'affaire. Le lieu d'incarcération d'Abdelkader Merah n'a pas été précisé.

Son avocate Me Anne-Sophie Laguens, commise d'office, a déclaré à la presse qu'il condamnait les actes de son frère cadet, abattu par les policiers du Raid jeudi dernier à Toulouse, et qu'il espérait ne pas devenir le bouc émissaire de cette affaire sans précédent en France.

"Il y a eu des fuites dans la presse qui étaient fausses, à savoir qu'il aurait dit qu'il était 'fier' des actes de son frère. Il tient aujourd'hui à bien exprimer le fait que c'est faux", a-t-elle rapporté. "Il les condamne fermement. Il a un peu l'impression que comme on n'a pas pu faire le procès de son frère qui n'est plus là aujourd'hui, peut-être qu'on se reporte sur la seule personne qu'on a".

Fiché en France comme un intégriste religieux, Abdelkader Merah avait été inquiété pour sa participation présumée à une filière d'acheminement de "djihadistes" en Irak il y a quelques années, sans être mis en examen.

Il avait été interpellé mercredi avec sa compagne à leur domicile d'Auterive, à 40 km de Toulouse, et transféré samedi matin à la sous-direction antiterroriste (SDAT) à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), près de Paris.

Il avait été conduit au palais de justice de Paris dimanche matin après une garde à vue de 96 heures, durée maximale autorisée en matière d'affaires de terrorisme.

Sa compagne a pour sa part été libérée vers 04h30, a-t-on appris auprès de son avocat toulousain, Me Guy Debuisson, qui assure que la jeune femme ignorait tout de la double vie présumée d'Abdelkader Merah.

D'AUTRES COMPLICITÉS?

A ce stade de l'enquête, aucune charge ne peut être retenue à l'encontre de Zoulikha Aziri, la mère des frères Merah dont la garde à vue avait été levée vendredi soir à Toulouse, et de la compagne d'Abdelkader Merah, a indiqué le parquet.

Lors de sa garde à vue à Toulouse, Abdelkader Merah avait reconnu sa complicité dans le vol du scooter Yamaha T-Max utilisé par son frère tout en niant être au courant des projets meurtriers de celui-ci, selon une source policière.

Les enquêteurs cherchent à déterminer si Mohamed Merah a bénéficié d'autres complicités. La justice a la conviction que Merah était seul lors des tueries mais l'enquête doit déterminer s'il a agi pour le compte d'une organisation et s'il a bénéficié d'un soutien logistique.

Sans emploi, Mohamed Merah disposait de nombreuses armes, avait effectué plusieurs voyages à l'étranger et loué deux voitures fin février en vue de perpétrer d'autres attentats, selon une source policière citée par Le Journal du Dimanche.

Selon un compte rendu, publié dans le JDD, des échanges via talkie-walkie que Mohamed Merah a eus avec les policiers du Raid, le jeune homme affirmait avoir agi seul après avoir été entraîné par un instructeur unique au Waziristan, région pakistanaise limitrophe de l'Afghanistan. Il disait ne pas avoir confiance en son frère.

Le directeur de la DCRI (Direction centrale du renseignement intérieur), Bernard Squarcini, a déclaré qu'Abdelkader Merah avait effectué plusieurs séjours au Caire pour suivre des cours dans une école coranique. Les taliban pakistanais (TTP) ont affirmé dimanche à Reuters par la voix d'un porte-parole que Mohamed Merah avait subi un entraînement dans un camp du groupe islamiste au Waziristan.

"PLAISIR INFINI"

L'affaire a de nouveau dominé dimanche la campagne pour l'élection présidentielle, François Bayrou et Eva Joly estimant que les drames auraient pu être évités.

"La République a des questions à se poser" quand "un assassin désaxé", "repéré par tous les services", peut ainsi passer à l'acte, a déclaré le candidat du MoDem lors d'un meeting à Paris. La candidate écologiste a pour sa part assuré sur Radio J que Mohamed Merah aurait pu être interpellé "bien avant" les crimes. "Il y avait parfaitement de quoi commencer une enquête préliminaire, (...) de faire une perquisition et de déterminer sa dangerosité", a-t-elle dit.

L'ex-magistrate a estimé par la suite sur BFM TV que Bernard Squarcini et le directeur général de la police nationale, Frédéric Péchenard, devaient démissionner en raison de "dysfonctionnements".

Plusieurs marches et rassemblements en mémoire des victimes des tueries se sont déroulés dimanche en France, à Lyon, Strasbourg, Toulouse ou encore Paris, où plusieurs centaines de personnes ont défilé en silence "contre le racisme, l'antisémitisme et le terrorisme".

Mohamed Merah, 23 ans, a été tué jeudi matin lors d'une opération du Raid contre le logement toulousain où il s'était retranché. Selon le JDD, il a déclaré aux policiers avoir ressenti un "plaisir infini" lors de ses crimes - un militaire abattu le 11 mars à Toulouse, deux militaires tués et un grièvement blessé le 15 mars à Montauban, et un adulte et trois enfants tués devant une école juive le 19 mars à Toulouse.

Mohamed Merah avait filmé tout ou partie de ses crimes et préparé la diffusion des images sur internet en les accompagnant d'une revendication, a-t-on précisé dimanche de source policière.

Sophie Louet avec Gérard Bon et Service France

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