Le Français Patrick Modiano prix Nobel de littérature 2014

le
0

* L'écrivain trouve l'événement "bizarre" * Un romancier de la mémoire * L'Occupation hante son oeuvre * La République est fière, dit Hollande (Actualisé avec conférence de presse, Hollande) STOCKHOLM, 9 octobre (Reuters) - L'écrivain Patrick Modiano, l'insaisissable des lettres françaises, a obtenu jeudi le prix Nobel de littérature pour son oeuvre à la tonalité proustienne qui puise son inspiration poétique dans le passé et la mémoire. Six ans après Jean-Marie Gustave Le Clézio, récompensé en 2008, l'auteur de "Rue des boutiques obscures" est distingué pour "l'art de la mémoire avec lequel il a évoqué les destinées humaines les plus insaisissables et dévoilé le monde de l'Occupation", précise l'Académie suédoise dans un communiqué. Patrick Modiano, qui a avoué ne pas du tout s'attendre à ce prix, a fait part d'une sensation "bizarre". "C'était comme une sorte de déboublement, quelqu'un qui s'appelait comme moi", a-t-il témoigné lors d'une conférence de presse. "Ça me semble un peu irréel d'être confronté avec des gens que j'admirais enfant, adolescent", a-t-il confié, en évoquant notamment Albert Camus, primé en 1957. Le romancier, qui se rendra à Stockholm pour recevoir son prix, a dédié celui-ci à son petit-fils d'origine suédoise. Né le 30 juillet 1945, après l'Occupation allemande, référence quasi obsessionnelle de ses écrits, Patrick Modiano décline depuis les années 60 dans ses romans les thèmes de l'identité, de la disparition, de l'amnésie et du passé, réservoir à énigmes dans un Paris poétique. "Je n'écris pas vraiment des romans au sens classique du terme, plutôt des choses un peu bancales, des sortes de rêveries, qui relèvent de l'imaginaire", déclare-t-il dans une récente interview à Télérama. Dans cette recherche du temps perdu intime, Patrick Modiano, 69 ans, se fait détective de sa propre vie, entre des parents absents, un père à la destinée trouble, une adolescence solitaire et douloureuse, de pensionnat en pensionnat, et la blessure de la disparition de son frère Rudy, mort d'une leucémie à l'âge de neuf ans. UN PROTÉGÉ DE RAYMOND QUENEAU Il se livre en 2005 dans "Un pedigree", son écrit le plus autobiographique, alors qu'il s'est toujours défié de la nostalgie et de l'épanchement narcissique. L'écriture fut en quelque sorte sa psychanalyse, mais une introspection qui a toujours laissé sa place à l'opacité, un "demi-sommeil" idéal pour cet homme discret, dont le verbe parfois imperceptible n'a jamais fait bon ménage avec les médias audiovisuels. Le monde littéraire parisien avait découvert ce protégé de Raymond Queneau, ce grand jeune homme timide, embarrassé, avec la publication en 1968 chez Gallimard de "La Place de l'étoile", roman récompensé notamment par le prix Roger-Nimier. Ce sont ensuite "La Ronde de nuit", "Les Boulevards de ceinture" (Grand Prix du roman de l'Académie française), "Villa triste", ou encore "Rue des boutiques obscures" en 1978 qui lui vaut la consécration du prix Goncourt. Une oeuvre imperméable aux modes. Après "Dimanches d'août", "Dora Bruder" ou "Dans le café de la jeunesse perdue", Patrick Modiano a publié début octobre "Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier" (Gallimard). Fils d'une comédienne, Louisa Colpeyn, Patrick Modiano avait notamment participé à l'écriture du film "Lacombe Lucien", de Louis Malle. "Je donne l'impression de toujours pencher vers le passé, vers l'Occupation, mais cette démarche est liée à ma génération. Si ce n'était pas tombé sur moi, ce serait tombé sur quelqu'un d'autre", justifiait-il. Patrick Modiano est le 15e homme de lettres français distingué par l'Académie suédoise. Jean-Paul Sartre avait refusé le prix en 1964. "La République est fière, à travers ce prix Nobel, de la reconnaissance mondiale à l'un de nos plus grands écrivains", déclare dans un communiqué François Hollande, qui a félicité l'écrivain par téléphone. "C'est mérité pour un auteur qui est en plus discret comme l'est en grande partie sa belle littérature", a commenté pour sa part le Premier ministre Manuel Valls. (Mia Shanley, Sophie Louet et Tangi Salaün pour le service français, édité par Yves Clarisse)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant