Le fondateur de PIP réfute la dangerosité du "gel maison"

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JEAN-CLAUDE MAS RÉFUTE LA DANGEROSITÉ DU "GEL MAISON" DE PIP
JEAN-CLAUDE MAS RÉFUTE LA DANGEROSITÉ DU "GEL MAISON" DE PIP

par Jean-François Rosnoblet

MARSEILLE (Reuters) - Le fondateur de la société PIP, qui est au coeur d'un scandale mondial d'implants mammaires frelatés, a assumé vendredi le fait d'avoir utilisé un gel non homologué au troisième jour de son procès pour tromperie aggravée et escroquerie.

Jean-Claude Mas a réaffirmé que le "gel maison" utilisé n'était pas plus nocif que ceux utilisés par la concurrence.

"Je n'ai pas fait prendre de risques. Dangereux, je refuse ce mot", a-t-il dit. "Ce gel n'est pas plus dangereux qu'un autre gel. C'est ce qui découle des tests de biocompatibilité. Tous les gels sont irritants, mais pas toxiques."

Jean-Claude Mas a admis "avoir fabriqué depuis 1995 un gel qui n'était ni homologué, ni homologable": il reconnaît donc le délit de tromperie mais réfute les circonstances aggravantes.

L'ancien dirigeant de Poly Implant Prothèse (PIP) n'a pas hésité pas à affirmer que son "gel maison" était même supérieur, dans certains domaines, au gel homologué Nusil.

Selon lui, la non homologation du gel PIP n'était qu'une question financière, l'entreprise n'ayant pas les fonds pour payer le coût de la procédure. "Je ne l'ai pas fait car je manquais d'argent. Il fallait un million d'euros."

Les victimes présentes se sont indignées de ces propos.

"L'entendre dire que ce gel n'est pas dangereux est honteux et intolérable. J'ai failli sortir de la salle car j'ai eu du mal à supporter ses mensonges. J'ai 23 ans et cet homme a brisé ma vie", a expliqué en marge de l'audience Audrey Pourret, dont les prothèses mammaires ont été retirées après des fissures.

Le fondateur de PIP est également largement revenu sur le fil de sa vie, jusqu'à la liquidation judiciaire de l'entreprise implantée dans le Var en mars 2010.

Il a expliqué avoir multiplié les expériences, d'abord dans les produits alimentaires aux côtés de sa mère, une "épicière mais en gros". Placeur d'assurances vie, visiteur médical durant 15 ans pour divers laboratoires, mais aussi vendeur de diamants et de vins dans les périodes de vaches maigres.

"LA PLUS BELLE FABRIQUE"

En 1982, il rencontre sa future compagne et mère de ses deux enfants, qui est aussi la gérante d'une petite société déjà spécialisée dans la fabrication de prothèses mammaires. C'est à cette occasion qu'il fait la découverte du "gel maison" qui sera plus tard largement utilisé par PIP.

Au début des années 1990, il crée la société PIP pour conquérir le marché américain. "C'était la plus belle fabrique de prothèses mammaires de l'époque. Tout était nickel pour aller sur le marché américain."

Le changement de la réglementation internationale marque les premières difficultés de la société, les banques ayant selon lui "lâché" PIP en 2003, quand elle employait 140 personnes.

En 2009, PIP est placé en procédure de sauvegarde et les "langues se délient" chez les cadres de l'entreprise désireux de revenir à l'utilisation d'un gel homologué.

"Ceux qui n'avaient jamais rien soulevé durant 30 ans ont commencé à beaucoup parler de ce produit", a dit Jean-Claude Mas. "Mais on n'avait pas les moyens de revenir au tout Nusil."

Un contrôle des autorités sanitaires françaises en mars 2010 a finalement relevé de graves dysfonctionnements dans le processus de fabrication des prothèses mammaires de PIP et en a interdit la commercialisation en France et à l'étranger.

Outre Jean-Claude Mas, quatre dirigeants de la société varoise ont donné leur vision des faits qui leur sont reprochés dans ce procès hors normes qui durera jusqu'au 14 mai et au terme duquel ils encourent une peine maximale de cinq ans.

Plus de 300.000 femmes auraient été porteuses dans le monde de prothèses de la société française créée en 1991. PIP aurait vendu ses implants dans environ 65 pays.

Le gouvernement français avait recommandé, par précaution, le 24 décembre 2011, le retrait des implants PIP.

Selon le dernier bilan arrêté fin décembre, 14.990 femmes ont choisi de se faire retirer leurs implants PIP, soit à la suite d'un dysfonctionnement, soit à titre préventif. Au total, 5.048 femmes ont rencontré au moins un dysfonctionnement de leurs implants et 2.697 au moins un effet indésirable.

Edité par Yves Clarisse

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