Le fondateur de PIP, Jean-Claude Mas, placé en garde à vue

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LE FONDATEUR DE PIP, JEAN-CLAUDE MAS, PLACÉ EN GARDE À VUE
LE FONDATEUR DE PIP, JEAN-CLAUDE MAS, PLACÉ EN GARDE À VUE

par Jean-François Rosnoblet

MARSEILLE (Reuters) - Jean-Claude Mas, le fondateur de Poly Implant Prothèse (PIP), au centre d'un scandale d'implants mammaires frelatés, a été interpellé jeudi matin à sa résidence de Six-Fours (Var) et placé en garde à vue, a indiqué le procureur de Marseille.

L'ancien président du directoire de la société, Claude Couty, a également été interpellé dans le Var et placé lui aussi en garde à vue, a précisé Jacques Dallest.

"Les intéressés ont été placés en garde à vue dans le cadre de l'information ouverte notamment des chefs d'homicides et blessures involontaires", a-t-il dit.

Les investigations ont été menées par la Direction de recherches de la gendarmerie de Marseille. Des perquisitions ont eu lieu aux domiciles des deux anciens cadres de PIP.

Jean-Claude Mas a été transféré à la gendarmerie de Marseille. Selon une source judiciaire, il devait ensuite être présenté à un juge d'instruction en vue d'une probable mise en examen mais devrait être laissé libre sous contrôle judiciaire.

"On a enfin un adversaire désigné", a déclaré Murielle Ajellio, président du Mouvement des Françaises porteuses d'implants et de prothèses, qui a été reçue jeudi matin par un juge pour prendre connaissance de la procédure. "Cela a été long. On a eu l'impression de se battre contre le vent."

Laurent Gaudon, avocat de porteuses d'implants qui entendent poursuivre non seulement la société PIP, mais aussi les chirurgiens concernés, estime que la justice avance enfin.

"C'est l'assurance que les coupables vont enfin devoir rendre des comptes. C'est une victoire plus morale que juridique. Le fait que les victimes vont pouvoir bénéficier d'expertises médicales financées par la justice est aussi très important", a-t-il déclaré à Reuters.

Une information judiciaire a été ouverte le 8 décembre par et confiée à la juge d'instruction Annaïck Le Goff.

UN PROCÈS EN OCTOBRE

Jean-Claude Mas, dont la société a vendu au moins 300.000 prothèses dans le monde, a admis avoir utilisé un gel non conforme pour la fabrication de ses prothèses mais a nié qu'elles soient plus dangereuses que celles de la concurrence.

Son interpellation ainsi que celle de Claude Couty sont une "excellente nouvelle" pour Philippe Courtois, avocat bordelais qui représente plus de 1.300 porteuses de prothèses PIP.

"Ça va déboucher sur une audition dont on n'attend pas grand-chose car M. Mas s'est déjà exprimé longuement avec beaucoup de mépris pour les victimes", a-t-il cependant ajouté.

Parallèlement, une enquête préliminaire a été ouverte pour des faits de "tromperie aggravée" dont devront répondre les principaux cadres de la société.

Plus de 2.700 plaintes de porteuses d'implants mammaires PIP a été déposées dans cette enquête. Ouverte en mars 2010, elle a été close le 10 octobre dernier. Le procès devant le tribunal correctionnel de Marseille devrait s'ouvrir en octobre prochain.

Le procès doit concerner une demi-douzaine de personnes dont les principaux dirigeants de PIP, Jean-Claude Mas en tête, ainsi que les cadres responsables de la production.

VINGT CANCERS SIGNALÉS

Lors de ce procès, le cas individuel des victimes ne sera pas abordé. Le tribunal restera sur le cadre général de la tromperie aggravée, un délit passible de quatre années d'emprisonnement et de fortes amendes.

Pour Philippe Courtois, l'interpellation de Jean-Claude Mas permettra de le maintenir sous surveillance jusqu'au procès.

"On parlait d'un contrôle judiciaire strict mais compte tenu de la facilité avec laquelle il s'exprime avec mépris pour ses victimes, une mesure de détention provisoire est souhaitable", a-t-il déclaré.

Vingt cas de cancers ont été signalés en France chez des femmes porteuses de prothèses PIP, selon le dernier bilan de l'Autorité française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps), qui précise toutefois qu'aucun lien n'a été établi à ce jour entre ces cas de cancer et le port de ces implants.

Le gouvernement a recommandé, par précaution, le 24 décembre, le retrait des implants PIP par les femmes concernées dont le nombre en France est estimé à 30.000.

Me Courtois et Alexandra Blachère, la présidente de l'association PPP (Porteuses de prothèses PIP) qui revendique environ 2.000 adhérents, victimes et proches des victimes, seront reçus vendredi par la juge d'instruction à Marseille.

avec François Revilla à Marseile et Claude Canellas à Bordeaux, édité par Patrick Vignal et Yves Clarisse

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