Le FMI inquiet d'une croissance mondiale toujours fragile

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    * Du mieux chez les émergents, croissance US revue en baisse 
    * Le FMI pour le maintien de politiques monétaires 
accommodantes 
    * Un scénario de Brexit "soft" 
    * Inquiétudes sur la montée du protectionnisme 
 
    par Yann Le Guernigou 
    PARIS, 4 octobre (Reuters) - Le Fonds monétaire 
international (FMI) ne prévoit toujours qu'une croissance atone 
pour l'économie mondiale cette année, avant une timide 
amélioration en 2017, et il s'inquiète de la montée d'un 
protectionnisme qui ne pourra, selon lui, que prolonger et 
aggraver le marasme actuel. 
    Dans ses perspectives économiques d'automne publiées mardi, 
le FMI se félicite d'autre part de la réaction limitée des 
marchés à la victoire des partisans du divorce avec l'Union 
européenne au référendum britannique de fin juin.  
    Mais il souligne aussi que le "Brexit" constitue une source 
d'incertitudes autant politiques qu'économiques potentiellement 
néfastes pour l'investissement et l'emploi en Europe. 
    Par rapport à ses prévisions actualisées au début de l'été, 
le Fonds ne change rien à ses anticipations pour la croissance 
mondiale, qu'il voit toujours ralentir à 3,1% cette année puis 
rebondir légèrement à 3,4% en 2017, mais uniquement du fait d'un 
rebond des économies émergentes. 
    Il se montre légèrement plus optimiste que l'OCDE, qui vient 
d'abaisser ses attentes à 2,9% pour 2016 et 3,2% pour l'an 
prochain  . 
    La stabilité des prévisions du FMI traduit un léger mieux 
pour les émergents, Inde et Russie en tête, et une révision en 
baisse pour les économies avancées, surtout aux Etats-Unis, qui 
ont connu un début d'année difficile. 
    Le Fonds n'escompte plus que 1,6% de croissance pour 
l'économie américaine en 2016, contre 2,2% prévu mi-juillet, du 
fait d'un mouvement prolongé de réduction des stocks et de la 
faiblesse de l'investissement des entreprises, liée pour une 
bonne part au secteur de l'énergie.  
     
    DU MIEUX EN ZONE EURO, RALENTISSEMENT EN VUE AU ROYAUME-UNI 
    La croissance de la première économie mondiale remonterait à 
2,2% l'an prochain, là encore sensiblement moins (-0,3 point) 
que prévu précédemment. 
    Le FMI revoit parallèlement en très légère hausse (+0,1 
point) ses attentes pour la zone euro, à 1,7% en 2016 et 1,5% en 
2017, par rapport à celles publiées juste après le référendum 
britannique.  
    L'Allemagne (1,7% puis 1,4%) évoluerait dans la moyenne de 
la zone, la France (1,3% et 1,3%) juste en-dessous et l'Italie 
(0,8% et 0,9%) bien en deçà. 
    S'il n'évoque plus le risque de discussions acrimonieuses 
sur les modalités du Brexit, le Fonds anticipe quand même un net 
ralentissement de l'économie britannique du fait des 
incertitudes créées par la sortie de l'UE et de leur impact sur 
la consommation et l'investissement. 
    Le Royaume-Uni croîtrait de 1,1% en 2017, soit 0,2 point de 
moins que dans les précédentes prévisions, après 1,8% en 2016, 
dans un scénario "où les négociations se passeraient bien et de 
hausse limitée des barrières économiques". 
    Les économistes du Fonds sont un peu moins pessimistes pour 
le Japon, dont l'économie progresserait de 0,6% l'an prochain 
(contre 0,1% auparavant) grâce au report de la hausse de la TVA, 
aux nouvelles mesures de soutien à l'activité du gouvernement et 
à l'action de la Banque du Japon. 
    S'agissant des pays émergents, ils ne changent rien pour la 
Chine mais relèvent de 0,2 point leur scénario pour l'Inde (à 
+7,6% en 2016 comme 2017) et plus nettement encore pour la 
Russie, dont la récession serait limitée en 2016 à -0,8% (contre 
-1,2% auparavant), avant un rebond de 1,1% (+0,1 point) en 2017. 
         
    POLITIQUES MONÉTAIRES ACCOMMODANTES 
    En matière de politique monétaire, le FMI juge appropriée la 
baisse de taux décidée en août par la Banque d'Angleterre après 
le vote sur le Brexit.  
    Il estime de même que la pause dans la remontée des taux de 
la Réserve fédérale américaine est adéquate tant que l'inflation 
des salaires et des prix ne repartira pas franchement. 
    Il encourage la Banque centrale européenne (BCE) à maintenir 
sa politique monétaire accommodante et à ne pas hésiter à 
augmenter ses rachats d'actifs si l'inflation ne redécolle pas. 
    Mais il presse aussi les gouvernements de mettre en oeuvre 
des réformes favorables à la croissance et d'utiliser le levier 
budgétaire quand ils disposent de marges suffisantes, les 
politiques monétaires ne pouvant suffire pour conforter une 
reprise de l'économie mondiale qui reste fragile et faible. 
    Au-delà de ses recommandations habituelles, le Fonds leur 
réclame une "détermination renouvelée" à faire baisser les 
barrières commerciales face aux tendances contraires du moment. 
    Il invite aussi les gouvernements à s'attaquer aux 
conséquences politiques de la faible croissance persistante, 
très dommageables selon lui dans les pays "où la distribution 
des revenus a continué d'évoluer fortement en faveur des plus 
riches". 
    Le résultat en est la montée de "mouvements qui rendent la 
mondialisation responsable de tous les maux et veulent isoler 
l'économie des tendances globales plutôt que d'agir en 
coopération avec les pays étrangers", déplore Maurice Obstfeld, 
chef économiste du FMI, qui en voit le meilleur exemple dans le 
Brexit. 
    Tableau des prévisions du FMI   
 
 (édité par Marc Angrand) 
 
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