Le FMI admet des erreurs dans la gestion du dossier grec

le
0
LE FMI ADMET DES ERREURS DANS LA GESTION DU DOSSIER GREC
LE FMI ADMET DES ERREURS DANS LA GESTION DU DOSSIER GREC

par Anna Yukhananov et Jan Strupczewski

WASHINGTON (Reuters) - Les exigences posées par le Fonds monétaire international et ses partenaires en contrepartie de l'aide accordée à Athènes étaient inadaptées, a estimé mercredi le FMI, qui admet également que ses prévisions économiques pour la Grèce étaient trop optimistes, dans sa troisième évaluation du plan d'aide international.

La Commission européenne a rejeté par la suite le mea culpa du FMI en estimant qu'une restructuration de la dette grecque dès 2010, tel que préconisé dans le rapport, aurait été une mauvaise solution.

Les créanciers de la République hellénique étaient partagés entre la crainte d'une propagation de la crise de la dette à d'autres pays et les doutes sur la capacité d'Athènes à supporter durablement le fardeau de sa dette publique, explique le rapport publié par le FMI.

"Pour répondre (à cette préoccupation) il a été décidé d'abaisser de manière exceptionnelle les critères en matière de soutenabilité", indique le rapport.

Lorsque le plan d'aide à la Grèce a été approuvé par le FMI, la Commission européenne et la Banque centrale européenne, il a été demandé à Athènes de réduire immédiatement son endettement et de mettre en place des réformes structurelles, des exigences qui ont provoqué des "échecs flagrants", ajoute-t-il.

Certes, la Grèce a pu demeurer dans la zone euro et réduire en partie son endettement, mais elle n'est pas parvenue à regagner la confiance des marchés. L'économie grecque s'est enfoncée dans l'une des récessions les plus brutales traversée par un pays en temps de paix, avec un plongeon de 22% de la production entre 2008 et 2012.

Le rapport du FMI souligne que ses prévisions économiques peuvent être critiquées dans la mesure où elles se sont révélées "trop optimistes".

Il explique également qu'il aurait dû forcer beaucoup plus tôt la main des créanciers privés d'Athènes pour qu'ils acceptent une décote, dès qu'il s'est avéré que le niveau de l'endettement de la Grèce était insoutenable.

ALLER PLUS LOIN

"Une restructuration plus précoce de la dette aurait pu alléger le fardeau de l'ajustement de la Grèce et contribuer à éviter une contraction aussi spectaculaire de la production", reconnaît-il.

Le FMI a dit l'année dernière que la baisse des dépenses publiques pourrait avoir affecté la croissance bien plus brutalement qu'il ne l'avait imaginé et qu'il était plus sage que les pays qui affrontent des crises économiques repoussent à plus tard les coupes budgétaires.

Le rapport laisse également entendre que la mission du FMI a peut-être été entravée par le fait qu'il coopérait trop étroitement avec la zone euro et qu'il ne s'est pas assez préoccupé de savoir si ses décisions étaient de nature à recevoir un soutien politique suffisant en Grèce.

Athènes aurait en outre peut-être besoin de voir ses partenaires européens lui accorder des réaménagements de dette plus vite que prévu si les investisseurs ne se montrent pas convaincus par les mesures d'austérité mises en place dans le pays.

"S'il s'avère que les interrogations au sujet de la viabilité de la dette pèsent sur le sentiment des investisseurs, même avec le cadre déjà mis en place pour aménager cette dette (...) une approche plus frontale concernant ce réaménagement devrait être envisagée", souligne le FMI.

Les créanciers internationaux d'Athènes ont déjà convenu qu'ils pourraient réaménager la dette du pays, vraisemblablement via une baisse des coûts de financement, si la Grèce atteint cette année ses objectifs budgétaires.

Le FMI semble suggérer qu'il faudrait aller plus loin pour être sûr que le pays ne dévie pas des conditions de son programme d'aide.

Paul Thomsen, chargé de la Grèce au sein du FMI, déclare par ailleurs que le pays devra prendre des mesures supplémentaires de réduction des dépenses pour combler le manque de financement estimé pour l'exercice fiscal 2015-2016.

LA COMMISSION N'EST PAS D'ACCORD

Mais pour la Commission européenne, le compte n'y est pas.

"Le rapport (du FMI) estime qu'une restructuration de la dette dès 2010 aurait été souhaitable. Nous ne sommes absolument pas d'accord sur ce point", a déclaré le porte-parole de la Commission Simon O'Connor lors d'une conférence de presse.

"Le rapport ignore l'interconnexion inhérente des Etats membres de la zone euro. La restructuration de la dette privée aurait certainement entraîné un risque de contagion systémique à ce stade", a-t-il ajouté.

"Elle aurait également ébranlé sérieusement le programme. Telle était la position unanime des Etats membres de la zone euro, et de fait des partenaires de la troïka quand le programme a été lancé".

Interrogé sur les perspectives d'une future coopération avec le FMI après les critiques formulées par le rapport, le porte-parole de la Commission a répondu que ce dernier avait été préparé par les équipes du FMI mais n'avait pas été endossé par son conseil d'administration.

"Soyons clair: la troïka est quelque chose qui n'existait pas il y a trois ans. C'est un processus d'apprentissage, nous avons affaire à des questions extrêmement complexes et difficiles, et nous subissons une immense pression de tous les côtés", a jugé Simon O'Connor.

"Nous avons des traditions différentes, des approches différentes sur bien des points; nous avons toujours réussi à aboutir à des conclusions intelligentes et constructives et à aller de l'avant. Je ne me hasarderai pas à des conclusions sur la nécessité ou non de modifier la façon dont nous travaillons ensemble sur la base de ce rapport."

Benoit Van Overstraeten, Nicolas Delame et Hélène Duvigneau pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant