Le "flash crash" de la livre illustre un risque durable

le
0
    par Patrick Graham et Kit Rees 
    LONDRES, 7 octobre (Reuters) - La livre sterling a perdu 
jusqu'à 10% de sa valeur en quelques minutes vendredi sur le 
marché des changes, un "flash crash" dans le jargon des 
cambistes qui souligne que la devise britannique risque de 
rester longtemps affaiblie par les incertitudes liées au Brexit. 
    La livre a regagné du terrain au fil des heures après son 
plongeon initial sur les marchés asiatiques, qui l'a fait tomber 
brièvement à 1,1491 dollar  GBP= , au plus bas depuis 1985. Des 
traders ont expliqué cette chute par l'effet des transactions 
algorithmiques, qui dominent depuis longtemps déjà le marché des 
devises. 
    Mais son rebond a ensuite été limité par un mouvement de 
vente en Europe puis aux Etats-Unis. Sur l'ensemble de la 
journée, la livre a ainsi cédé près de 1,5% face au dollar 
 GBP=  et quasiment 2% contre l'euro  EURGBP= , face auquel elle 
a touché un plus bas de près de sept ans à 90,23 pence. 
    Sur la semaine, la livre a abandonné plus de 4% contre le 
billet vert, sa plus mauvaise performance hebdomadaire depuis 
2009. 
    Si cette dépréciation profite aux marchés actions 
britannique et apparaît comme une bonne nouvelle pour les 
multinationales du Royaume-Uni, elle illustre surtout les 
inquiétudes croissantes suscitées par l'impact que la sortie 
annoncée du pays de l'Union européenne finira par avoir sur la 
demande intérieure, l'inflation et la croissance.  
    Si l'indice FTSE 100 de la Bourse de Londres  .FTSE , dominé 
par les multinationales, a gagné 0,63% sur la journée, à 
contre-courant des autres marchés européens, le FTSE 250 
 .FTMC , plus tourné vers le marché intérieur a au contraire 
cédé 0,67%, sa troisième séance consécutive de repli.  
    "C'est le premier signe depuis plusieurs mois de 
l'inquiétude du marché sur le Brexit", a commenté Jonathan Roy, 
gérant de Charles Hanover Investments. 
    "On observe une baisse des valeurs tournées vers le marché 
intérieur face à la possibilité d'un Brexit 'dur' (...)  alors 
que le FTSE 100 reste solide", a-t-il ajouté. 
    Avant vendredi, la livre sterling baissait régulièrement 
depuis deux semaines, les investisseurs étant préoccupés par la 
volonté apparente du gouvernement de Theresa May de privilégier 
les questions liées à l'immigration sur l'accès au marché 
intérieur dans les discussions à venir avec l'Union européenne 
sur l'avenir de leurs relations.  
     
    LES ANTICIPATIONS DES INVESTISSEURS REMISES EN CAUSE 
    Or des concessions de Londres sur le marché intérieur 
pourraient conduire à une baisse des investissements étrangers 
en Grande-Bretagne, estiment de nombreux observateurs. 
    Jusqu'à présent, les fonds de pension et les autres 
investisseurs de long terme ont réagi à l'évolution du débat sur 
le Brexit en achetant des actions britanniques et d'autres 
actifs tout en se couvrant contre le risque de baisse de la 
livre par le biais d'options et d'autres dérivés.  
    Cette stratégie pourrait être remise en cause si la monnaie 
devient trop volatile, or la volatilité implicite du marché 
 GBPVOL=  a bondi vendredi à plus de 10% pour des échéances 
allant jusqu'à un an. 
    Le distributeur Sports Directs  SPD.L  a expliqué que le 
"flash crash" l'avait conduit à abaisser de 15 millions de 
livres sa prévision de bénéfice annuel. Son action a chuté de 9% 
sur la journée.  
    Près de la moitié des actions britanniques et un tiers 
environ des obligations du Royaume-Uni en circulation sont 
détenues par des investisseurs étrangers, pour un total de près 
de 1.800 milliards d'euros.  
    La crainte de voir le rendement de ces actifs érodés par une 
résurgence de l'inflation s'est traduite par une remontée des 
anticipations de hausse des prix, qui atteignent désormais 3,64% 
pour le long terme.  
    Avant vendredi, les estimations du point bas de la livre 
sterling évoluaient généralement entre 1,20 et 1,25 dollar, donc 
au-dessus du niveau auquel elle est tombée lors du "flash 
crash". De ce fait, la devise ne dispose d'aucun support 
technique entre ce niveau et ses plus bas historiques, juste 
au-dessus de la parité avec le dollar. 
    David Bloom, responsable de stratégie de HSBC, s'attend à 
une poursuite de la baisse jusqu'à 1,10 dollar d'ici la fin de 
l'an prochain.  
    "La livre sterling était considérée comme une monnaie 
relativement simple, qui évoluait en fonction d'événements 
cycliques et des indicateurs, mais elle est désormais devenue 
une devise politique et structurelle", explique-t-il.  
    "Cela la voue à la faiblesse en raison du double déficit 
(budgétaire et des comptes courants). La monnaie est devenue de 
fait l'opposition officielle à la politique gouvernementale." 
     
 
 (avec William Schomberg, Atul Prakash, Sudip Kar-Gupta, John 
Geddie et Anirban Nag; Marc Angrand pour le service français) 
 

Valeurs associées
  Libellé Bourse Dernier Var. Vol.
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant