Le film "Amour", de l'hiver de la vie aux Oscars

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LE FILM "AMOUR" DE MICHAEL HANEKE PRÉSENT AUX OSCARS
LE FILM "AMOUR" DE MICHAEL HANEKE PRÉSENT AUX OSCARS

par Eric Kelsey

LOS ANGELES (Reuters) - Lauréat de la Palme d'or à Cannes, film de l'année pour les critiques américains, "Amour", de Michael Haneke, sera présent dans cinq catégories dimanche lors de la 85e édition des Oscars, dont la catégorie reine du meilleur film.

Aboutissement surprenant pour un film sur l'amour et la mort qui ne correspond pas vraiment aux canons du cinéma hollywoodien.

Tournée en français, "Amour" se retrouve face à de véritables "machines de guerre", dont le "Lincoln" de Steven Spielberg et "Argo", de Ben Affleck, qui font figure de favoris dans une course très serrée.

A bientôt 86 ans, Emmanuelle Riva concourra elle pour le prix de la meilleure actrice, face à Jessica Chastain, l'agent de la CIA pourchassant Oussama ben Laden dans le "Zero Dark Thirty" de Kathryn Bigelow, ou encore Naomi Watts et la très jeune Quvenzhane Wallis, neuf ans.

Le film a également été retenu pour les Oscars du meilleur réalisateur, du meilleur scénario original et du meilleur film étranger.

Jamais au cours des 85 années d'existence des Academy Awards un film tourné dans une langue étrangère n'a obtenu l'Oscar suprême.

A 70 ans, Michael Haneke est l'un des réalisateurs majeurs du cinéma européen, un des rares cinéastes à avoir décroché à deux reprises la Palme d'or à Cannes, l'année dernière pour "Amour" et en 2009 pour "Le Ruban blanc".

"LE FILM D'HORREUR DÉFINITIF"

Il reconnaît volontiers que le récit des souffrances physiques et psychologiques d'Anne (Emmanuelle Riva) et Georges (Jean-Louis Trintignant), son couple de Parisiens âgés confrontés à la déchéance des corps et à la mort, n'est pas un film facile d'accès.

"Ce n'est pas une promenade dans un parc, mais un film difficile et sérieux, et ça le rend contemplatif", a-t-il dit lors d'une interview accordée par téléphone à Reuters depuis Madrid, où il met en scène l'opéra "Cosi Fan Tutte" de Mozart.

Il précise que l'idée du film lui est venu de sa propre expérience, une tante nonagénaire en mauvaise santé qui lui a demandé de l'aider à mettre fin à ses jours.

"Je l'aimais tant, et la voir souffrir était très difficile, mais je n'ai pas pu l'aider parce qu'on m'aurait jeté en prison. De toute façon, je ne crois pas que j'aurais pu le faire", dit-il.

Les critiques américains lui ont réservé un accueil de choix. Mais ils ont aussi mis en garde les spectateurs. Francine Prose, de la New York Review of Books, a ainsi qualifié "Amour" de "film d'horreur définitif", "bien plus effrayant et plus troublant" que des classiques comme "Psychose" ou "Shining".

Tom Long, du Detroit News, partage cette opinion: "De bien des manières, c'est le meilleur film d'horreur que j'aie jamais vu. En même temps, il est difficile de le recommander, je crois que tant que je vivrai, je vais devoir me battre pour oublier ce film."

Michael Haneke trouve cela un peu exagéré. "Mais la vérité est toujours choquante. Nous vieillissons tous et presque chacun d'entre nous tombe malade."

Dans la catégorie du meilleur film étranger, "Amour" est en concurrence avec "Kon-Tiki", des Norvégiens Joachim Ronning et Espen Sandberg, récit de l'expédition en radeau à travers le Pacifique conduite par Thor Heyerdahl en 1947, "No", drame chilien de Pablo Larrain, "A Royal Affair", film danois en costume de Nikolaj Arcel, et "War Witch" ("Rebelle"), du Canadien Kim Nguyen sur l'histoire d'un enfant soldat d'Afrique.

Henri-Pierre André pour le service français

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