Le Festival, fer de lance de l'économie d'Avignon

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LA 69E EDITION DU FESTIVAL D'AVIGNON S'OUVRE SAMEDI
LA 69E EDITION DU FESTIVAL D'AVIGNON S'OUVRE SAMEDI

par Jean-François Rosnoblet

AVIGNON, Vaucluse (Reuters) - L'ouverture samedi de la 69e édition du Festival d'Avignon fera en juillet de la Cité des Papes la capitale européenne du théâtre contemporain, un label rémunérateur qui fait vivre depuis près de 70 ans une des villes les plus pauvres de France.

Poids lourd des quelque 2.000 festivals français, celui d'Avignon cristallise logiquement les attentions d'une cité qui a lié une large partie de son existence économique à la manifestation créée par Jean Vilar en 1947.

"Le Festival est un incroyable redistributeur de richesses. C'est 25 millions d'euros de retombées financières directes sur la ville", déclare à Reuters Paul Rondin, le directeur délégué du festival officiel, le "In", 13,3 millions d'euros de budget, dont la moitié de subventions publiques.

Ces quatre semaines de spectacles vivants dans 120 lieux de la ville, partagées entre le festival officiel et son "petit frère" du "Off" sont une manne financière sur laquelle s'appuie Avignon pour asseoir son quotidien tout au long de l'année.

Avec plusieurs dizaines de milliers de visiteurs, dont 14% d'étrangers, le mois de juillet fait vivre la ville, dont certains commerçants réalisent plus du tiers de leur chiffre d'affaires annuel en l'espace de quelques semaines.

"Le Festival est la colonne vertébrale de tout ce qui se passe ici depuis près de 70 ans", explique l'adjointe à la Culture de la municipalité, la socialiste Catherine Bugeon.

S'il n'emploie à l'année que 29 permanents, le "In" crée directement 750 emplois en juin et juillet et participe indirectement à la création de 1.600 autres.

100 MILLIONS D'EUROS DE RETOMBÉES

Parallèlement, le "Off" accueille plus de 1.000 compagnies pour un impact économique qui s'avère tout aussi marquant au travers des 1.336 spectacles programmés, des 30.000 représentations planifiées, des 10.000 professionnels présents et des 1.000 emplois saisonniers créés.

"On estime à plus de 100 millions d'euros les retombées globales générées à l'échelle du territoire", souligne le directeur du Off, Greg Germain, évoquant aussi les six millions de recettes de la SNCF pour le transport des festivaliers.

Pour mesurer la réalité économique du phénomène, il suffit de se replonger en 2003 quand la grève des artistes et des techniciens du spectacle a conduit à l'annulation du Festival.

Les pertes pour l'économie locale avaient été chiffrées à l'époque à plus de 40 millions d'euros par la Chambre de commerce et d'industrie du département.

L'an dernier, le conflit avec les intermittents du spectacle a été désamorcé de justesse, à l'ouverture du Festival, évitant le pire à une économie locale déjà mal en point.

Durement frappé par le chômage, le Vaucluse se classe selon l'Insee à la septième place des départements les plus pauvres de France. Avignon, 86.000 habitants, affiche un taux de pauvreté de 28,9% pour une moyenne nationale de 14,3%.

L'IMPACT DE LA CRISE

La peur d'un nouveau 2003 éloigné, le Festival doit composer avec les contraintes d'une crise économique qui affecte le comportement et les habitudes des visiteurs, mais aussi avec la réduction des subventions des collectivités publiques.

"Le comportement des gens a changé avec la crise. Ils ont clairement réduit le temps de leur séjour", dit Paul Rondin. "Mais cela n'a fait baisser ni la fréquentation, ni la vente des billets. Ils ont simplement intensifié leur présence au festival en assistant à davantage de spectacles."

Quant aux subventions publiques, seule la ville d'Avignon a pour l'instant réduit sa participation de 5%. "Désinvestir dans ce qui vous rapporte le plus n'est pas forcément une très bonne stratégie économique", note Paul Rondin.

La municipalité socialiste, qui a ravi l'an dernier la gouvernance de la ville aux Républicains, rappelle qu'elle met gratuitement à disposition lieux et personnels et réclame la "solidarité des grands acteurs" dans une ville appauvrie.

Contrairement au "In", le Festival Off ne perçoit pas de subventions et tire l’ensemble de ses recettes de l’inscription des compagnies ou du public.

"On n'a jamais reçu la visite d'un ministre de la Culture, pas même celle d'un de ses représentants, pour ce qui reste le plus important marché du spectacle vivant en France, avec 1,3 million d'entrées", regrette Greg Germain.

Le nombre de festivals en Europe a été multiplié par quinze en 30 ans. En France, on estime à plus de 5 millions le nombre de spectateurs qui les fréquentent, une aubaine pour une "industrie festivalière" qui atteint son paroxysme en juillet avec la tenue de plus du quart des 2.000 manifestations.

(Edité par Yves Clarisse)

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