Le Fest-Noz breton classé au patrimoine culturel de l'Humanité

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LE FEST-NOZ INSCRIT AU PATRIMOINE CULTUREL DE L'HUMANITÉ
LE FEST-NOZ INSCRIT AU PATRIMOINE CULTUREL DE L'HUMANITÉ

par Pierre-Henri Allain

RENNES (Reuters) - Assemblée festive et musicale traditionnelle de Bretagne, le Fest-Noz a été officiellement inscrit mercredi par l'Unesco sur "la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité", a t-on appris auprès de l'institution.

Le Fest-Noz figure désormais parmi des dizaines d'autres pratiques culturelles reconnues dans le monde telles le Fado portugais, le Jultagi coréen (marche sur une corde raide), les Mariachis du Mexique ou encore le théâtre d'ombres chinoises.

"C'est une reconnaissance internationale qui, au-delà du Fest-Noz, va changer le regard sur l'ensemble de la culture bretonne", s'est félicité Charles Quimbert, l'un des artisans de la demande d'inscription déposée voilà plus d'un an par des associations bretonnes auprès de l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture.

Le Fest-Noz (fête de nuit en breton) ou Festoù-Noz au pluriel, a pour origine une pratique rurale ancestrale consistant à se rassembler après des travaux collectifs pour des soirées consacrées aux danses accompagnées de musique vivante.

Aujourd'hui, ce sont des assemblées qui réunissent plusieurs centaines de personnes qui, soutenues par des groupes musicaux très divers, vont passer plusieurs heures à marteler le sol en se tenant par le bras ou le petit doigt pour former une chaîne ou des rondes évoluant en cadence.

"Le Fest-Noz est une manifestation où les gens viennent d'abord pour danser sur de la musique vivante, mais aussi un lieu de rencontre convivial où on boit à une buvette et où on discute", souligne Ronan Guéblez, président de Dastum, l'association coordinatrice de la candidature du Fest-Noz au patrimoine de l'Unesco.

"On trouve tous les milieux sociaux dans ces soirées et toutes les générations se mélangent", précise t-il.

ENGOUEMENT PUBLIC

Tombé en désuétude après la Seconde guerre mondiale, le Fest-Noz va connaître une seconde vie dans les années 1950 pour devenir, à l'instar des bals populaires, un rassemblement public dans des salles pourvues d'une scène pour les musiciens.

Le genre devra cependant attendre encore un vingtaine d'années avant de connaître un véritable engouement en profitant du succès de la musique celtique portée par Alan Stivell.

"Dans les années 1970, les Festoù-Noz, restés limités au Centre-Bretagne, vont s'étendre à l'ensemble de la région. C'est quelque chose de nouveau mais aussi un élément fort de revendication et d'affirmation identitaire", explique Ronan Guéblez, lui-même chanteur de Fest-Noz.

Après un nouveau passage à vide dans les années 1980, ces soirées où l'on transpire beaucoup vont retrouver leur rang pour s'installer comme un des piliers de la culture bretonne.

Aujourd'hui, on dénombre environ un millier de Festoù-Noz chaque année en Bretagne, mais aussi partout où se trouve une forte communauté bretonne, comme en Ile-de-France. Ils peuvent rassembler de 100 à 8.000 personnes pour le plus important d'entre eux qui a lieu en novembre à Rennes.

Cette pratique a aussi permis à des dizaines de groupes de musiciens et de chanteurs de se lancer et de renouveler une instrumentation qui, des traditionnels bombardes et binious, s'est élargie aux guitares, basses, violons, accordéons ou même instruments électroniques.

"Le Fest-Noz s'est beaucoup banalisé", remarque Ronan Guéblez qui insiste sur l'échange fusionnel qui se produit lors de ces soirées entre danseurs et musiciens, tous abandonnés à leurs Gavotte, Laridé, Plinn ou An Dro, pour ne citer que les danses les plus connues.

Parmi les nombreux arguments avancés pour défendre la candidature du Fest-Noz à l'Unesco, ses adeptes ont également décrit cette manifestation comme "une forme de résistance à l'uniformisation de la culture occidentale moderne".

Trente-cinq autres pratiques culturelles originales de par le monde étaient candidates à l'inscription sur la liste du patrimoine immatériel de l'Humanité lors de cette session.

Edité par Yves Clarisse

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