Le Fatah organise à Ramallah l'après Mahmoud Abbas

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    * Premier congrès du Fatah depuis 2009 
    * Mahmoud Abbas va rester en place, un adjoint sans doute 
désigné 
    * Le comité central va accueillir de nouvelles têtes 
 
    par Luke Baker et Ali Sawafta 
    RAMALLAH, Cisjordanie, 29 novembre (Reuters) - Réuni en 
congrès pour la première fois en sept ans à partir de mardi à 
Ramallah, le Fatah s'apprête remanier son comité central en 
profondeur et à prendre une nouvelle direction alors que le 
processus de paix est au point mort. 
    S'il est certain que son dirigeant, Mahmoud Abbas, 81 ans, 
sera maintenu à la tête du mouvement et à celle de 
l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), ce congrès 
devrait déboucher sur la désignation d'un numéro 2, un premier 
pas vers l'organisation de sa succession. 
    Cette désignation serait le premier bouleversement majeur 
pour le parti depuis la mort de son fondateur, Yasser Arafat, et 
elle présagerait d'une modification de l'approche palestinienne 
du processus de paix, dans l'impasse depuis des années. 
    Première force politique en Cisjordanie, le Fatah est 
concurrencé par le Hamas qui contrôle la bande de Gaza depuis 
les élections législatives de 2006. Aucun scrutin n'a été 
organisé depuis. 
    "C'est un congrès très important, crucial pour le Fatah qui 
doit se réorganiser et réaffirmer la légitimité de son 
encadrement", souligne Djibril Radjoub, ancien chef de la 
sécurité et membre du comité central du mouvement. 
    "La phase suivante devra être celle de la réorganisation de 
l'ensemble du système politique", a-t-il dit à Reuters. 
    Au cours de la préparation du congrès, qui devrait durer 
cinq jours, beaucoup d'observateurs ont évoqué la menace 
potentielle que Mohammed Dahlan, ancien cacique du Fatah 
désormais exilé aux Emirats arabes unis, pourrait faire peser 
sur l'autorité de Mahmoud Abbas. 
    Agé de 55 ans, Mohammed Dahlan se présente comme celui qui 
serait capable de bouleverser l'ordre ancien tout en faisant le 
pont avec les islamistes du Hamas.  
    A ceci près que Mohammed Dahlan a été exclu du Fatah et que 
Mahmoud Abbas a réduit de près de moitié le nombre de délégués 
invités au congrès, limitant ainsi les chances de son adversaire 
de faire vaciller son autorité. 
    "Qui est Dahlan ? Dahlan n'existe pas, il n'est personne", 
estime Djibril Radjoub. "Il a été évincé du mouvement. Ce n'est 
pas une solution." 
    Un diplomate occidental au fait des débats qui ont précédé 
le congrès confirme ce point de vue, affirmant ne connaître 
personne qui possède "les qualités suffisantes pour bousculer 
Abbas" et estimant que Mohammed Dahlan n'a aucun poids au sein 
du Fatah. 
     
    QUATRE NOMS 
    De l'avis de nombreux responsables palestiniens et 
dirigeants du Fatah, le congrès devrait plutôt renforcer 
l'autorité de Mahmoud Abbas tout en faisant entrer cinq ou six 
nouvelles têtes au sein du comité central qui compte une 
vingtaine de membres. 
    "J'espère voir un amalgame entre ceux qui sont déjà dans les 
sphères dirigeantes et la nouvelle génération", explique Nasser 
al Koudoua, neveu de Yasser Arafat, membre du comité central et 
ambassadeur palestinien à l'Onu pendant 14 ans. 
    La décision la plus importante interviendra dans les jours 
suivant le congrès, lorsque le nouveau comité central se réunira 
pour désigner l'adjoint de Mahmoud Abbas. 
    Quatre noms reviennent avec insistance, ceux de Nasser al 
Koudoua, Djibril Radjoub, Taoufik Tiraoui, ancien chef des 
renseignements et Mahmoud al Aloul, ancien gouverneur de 
Naplouse. 
    Il est probable que les instances de l'OLP, dont le Fatah 
est la principale composante, se réuniront dans la foulée pour 
élire un nouveau comité exécutif, un organe lui aussi placé sous 
l'autorité de Mahmoud Abbas. 
    L'OLP pourrait alors désigner à sa vice-présidence celui que 
le Fatah aura nommé pour seconder Mahmoud Abbas, confirmant son 
statut d'héritier. 
    "Il y a beaucoup d'obstacles à surmonter, mais c'est ainsi 
que nous organisons. Le changement arrive", explique un 
dirigeant palestinien qui s'exprimait sous le sceau de 
l'anonymat. 
    Souvent critiqué tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du 
parti, Mahmoud Abbas conserve néanmoins une influence 
considérable. On lui reproche notamment de ne pas avoir le 
charisme de Yasser Arafat, de ne pas être parvenu à mettre fin à 
l'occupation israélienne et à créer un Etat palestinien 
indépendant, et de ne pas avoir comblé le fossé séparant le 
Fatah du Hamas. 
    Certes, rien de tout cela ne sera réglé par le congrès. Mais 
la désignation d'un successeur présomptif pourrait permettre 
d'enclencher un mouvement capable à la fois d'aplanir les 
divergences entre mouvements palestiniens et de convaincre la 
communauté internationale de se remettre à l'ouvrage. 
    Donald Trump, qui doit entrer à la Maison blanche en 
janvier, a dit la semaine dernière vouloir régler la question 
israélo-palestinienne et s'est dit convaincu que son gendre, 
Jared Kushner, pourrait endosser un rôle de négociateur. 
    Reste à savoir si les Palestiniens accepteront que Jared 
Kushner, un juif orthodoxe connu pour sa piété, se pose en 
intermédiaire. 
    Il partage toutefois un point commun avec l'un des héritiers 
potentiels de Mahmoud Abbas, Nasser al Koudoua: il a longtemps 
vécu à New York où il garde un pied-à-terre. 
 
 (Nicolas Delame pour le service français) 
 
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