Le dossier grec met à nu les divisions européennes

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LE DOSSIER GREC MET À NU LES LIGNES DE FRACTURE DANS LA ZONE EURO
LE DOSSIER GREC MET À NU LES LIGNES DE FRACTURE DANS LA ZONE EURO

par Paul Taylor

BRUXELLES (Reuters) - Les dernières péripéties de la crise grecque ont mis au jour des lignes de fracture béantes dans la zone euro qui, si elles ne sont pas comblées rapidement, risquent de provoquer l'éclatement de l'union monétaire, le plus ambitieux projet qu'ait conçu l'Union européenne (UE).

Les Allemands, les Finlandais, les Néerlandais, les Slovaques et les Baltes ne veulent plus que le contribuable paie pour la Grèce, alors que pour les Français, les Italiens et les Grecs, la zone euro est synonyme d'austérité et de sanctions, de manque de solidarité et de dynamisme économique.

Les pays d'Europe centrale et orientale s'affirment de plus en plus, tandis que les Néerlandais et les Finlandais font face à des contraintes intérieures croissantes, c'est pourquoi un compromis entre les deux forces motrices de la zone euro que sont l'Allemagne et la France, de plus en plus délicat à forger pour la Grèce, n'est plus suffisant pour régler les problèmes.

Il y a tellement d'intervenants, ayant chacun ses propres priorités, que la gestion de crise devient un art de plus en plus exigeant. Une réforme d'ampleur de la structure déficiente de la zone euro semble quant à elle remise aux calendes grecques.

Après des semaines de réunions d'urgence nocturnes qui ont culminé en un sommet extrêmement tendu, la zone euro a produit le 13 juillet un accord fragile qui permet de garder la Grèce en son sein au prix d'un quasi-protectorat exercé par le biais d'une supervision envahissante.

Au sein des protagonistes de cette saga, peu nombreux sont ceux, en admettant même qu'ils existent, qui croient que cela marchera.

"DES NUAGES SOMBRES À L'HORIZON"

Le Premier ministre grec Alexis Tsipras a parlé d'un mauvais accord mais ajouté que sans lui, les choses seraient encore pires. Le ministre des Finances allemand Wolfgang Schäuble estime qu'une sortie momentanée de la Grèce de la zone euro aurait mieux valu pour Athènes.

La question grecque divise même au sein du gouvernement allemand puisque le ministre de l'Economie Sigmar Gabriel reproche à son collègue des Finances d'avoir fait une telle suggestion.

Au niveau supérieur, la chancelière Angela Merkel a bien fait savoir que le principal avantage de ce compromis était d'éviter le pire, à savoir un "chaos prévisible".

Un haut fonctionnaire européen, qui a participé à la conclusion de l'accord, estimait qu'il y avait "20% peut-être 30% de chances de succès".

"Lorsque je me projette dans les deux à trois ans à venir, je ne vois que des nuages sombres à l'horizon", a-t-il dit. "Notre seule réussite, c'est d'avoir évité un Grexit tourmenté."

Les problèmes risquent de se manifester à nouveau fin août ou en septembre lorsqu'il s'agira de conclure les négociations d'un nouveau programme de renflouement à trois ans. D'ici là, la situation économique de la Grèce risque d'aller de mal en pis et les Grecs eux-mêmes pourraient être de nouveau appelés aux urnes.

Le Fonds monétaire international (FMI) doit effectuer une nouvelle analyse de la dette grecque avant qu'un accord soit définitivement conclu, analyse qui risque fort de montrer que seule une "décote", soit une dépréciation pure et simple des créances, pourra rendre cette dette gérable.

Schäuble, qui affirme qu'une telle décote serait illégale dans la zone euro, attendra avec sa propre alternative, un allègement de la dette grecque, mais en dehors de la zone euro.

Pour sa part, Merkel juge possible de discuter d'un changement des maturités ou d'une réduction des intérêts une fois achevé avec succès le premier examen de ce troisième projet de renflouement en cinq ans, dont les chances de succès paraissent quoi qu'il en soit faibles.

LE "RAPPORT DES CINQ PRÉSIDENTS" PASSE INAPERÇU

La question grecque a en outre accentué les divisions entre les pays membres de la zone euro et les autres, la Grande-Bretagne et la République tchèque exigeant en particulier des garanties en échange de la mobilisation d'un mécanisme communautaire pour financer un crédit-relais.

Si la crise grecque était la seule préoccupation de la zone euro, il serait peut-être plus simple de l'isoler et de la régler, dans la mesure où les marchés financiers ne montrent guère de ces signes de contagion à d'autres dettes souveraines exposées qui avaient menacé de la réduire en pièces en 2012.

La Grèce a tellement mobilisé l'attention qu'est passé inaperçu un rapport important signé du président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker et des chefs de quatre autres institutions de l'Union européenne (UE) sur les moyens d'améliorer le fonctionnement de l'union monétaire.

C'est sans doute l'un des plus grands défis de l'UE et pourtant la volonté d'une plus grande intégration, jugée indispensable par les auteurs du rapport, fait défaut.

La crise de la dette, qui remonte à 2010, a débouché sur la création de nouvelles institutions pour renforcer la zone euro: un mécanisme de renflouement permanent, un superviseur bancaire unique, un mécanisme commun de liquidation des banques faillies et des règles budgétaires plus rigoureuses.

Mais l'opposition allemande à une mutualisation de la dette et la résistance opposée par la France à une cession partielle de la souveraineté budgétaire, sans parler de la montée des eurosceptiques, empêchent la zone euro d'aller de l'avant.

Le "rapport des cinq présidents" suggère comme mesures rapides la mise en place d'un fonds commun de garantie des dépôts pour les banques sous supervision de la Banque centrale européenne (BCE) et des mesures de soutien attachées à un fonds de résolution unique financé par le secteur bancaire.

A plus long terme, après 2017, le rapport évoque la création d'un Trésor de la zone euro.

Le président François Hollande a pour sa part renouvelé dimanche sa proposition d'un gouvernement de la zone euro, formulée en mai avec la chancelière Angela Merkel, disant la France prête à constituer une "avant-garde" avec les pays qui le souhaiteront.

De telles ambitions tranchent avec une gestion de crise frénétique et des débats qui prennent de plus en plus le ton de la division au sein de la zone euro.

(Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Jean-Stéphane Brosse)

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  • aiki41 le dimanche 19 juil 2015 à 20:59

    cela montre que tout ce qu'on nous a vendu par le passé pour instaurer le système "euro/UE" n'était que mensonges. Ce système ne sert que les intérêts d'une poignée de personnes au détriment des peuples européens. mais il y en aura toujours pour croire le boniment de ces dirigeants et financiers européens......malheureusement pour les générations à venir.

  • M8252219 le dimanche 19 juil 2015 à 19:16

    Il est évident que les dirigeant s politiques qui ne prennent pas leurs responsabilité pour raisons de clientélisme et laissent filer le déficit de leur pays n’apprécient pas que d'autres pays leur fassent la leçon. IL EST CEPENDANT RECONNU DE TOUT TEMPS QU'UN PAYS ou un individu QUI VIT À CRÉDIT s'appauvrit et APPAUVRIT TOUTE SA POPULATION ET LA MÈNE AU FASCISME ET À LA DICTATURE.

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