Le "Donald Trump philippin" favori de l'élection présidentielle

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    par Manuel Mogato et Karen Lema 
    MANILLE, 8 mai (Reuters) - Rodrigo Duterte, un ancien maire 
surnommé le "Donald Trump de l'Est" ou "Inspecteur Harry" pour 
ses méthodes musclées contre le crime, aborde en favori 
l'élection présidentielle lundi aux Philippines. 
    Un sondage publié jeudi dernier le crédite de 33% des 
intentions de vote, avec 11 points d'avance sur sa principale 
rivale, la sénatrice Grace Poe, un temps considérée comme la 
mieux placée pour succéder à Benigno Aquino, qui ne peut 
solliciter de nouveau les suffrages des Philippins. 
    Manuel Roxas, ancien ministre de l'Intérieur soutenu par le 
président sortant, arrive en troisième position avec 20% des 
intentions de vote; l'ancien vice-président Jejomar Binay est 
donné à 13%. 
    Outre leur président, les quelque 54 millions d'électeurs 
inscrits désigneront le vice-président, 300 parlementaires et 
quelque 18.000 élus municipaux. 
    Les bureaux de vote fermeront lundi à 17h00 (09h00 GMT) et 
les premiers résultats pourraient être connus dans les 24 
heures. 
    Dans les derniers jours de la campagne, un front 
anti-Duterte a pris forme. Les promesses de répression de la 
criminalité de l'ancien maire de Davao, la principale ville de 
l'île de Mindanao, dans le sud de l'archipel, ont alerté ses 
rivaux qui redoutent des dérapages s'il est élu. Benigno Aquino 
a lui-même appelé les autres candidats à s'unir contre lui. 
    Duterte a vu dans cette manoeuvre la preuve qu'Aquino et son 
successeur désigné, Manuel Roxas, sont dans une situation 
désespérée. "Ils incitent à la haine et à la division parmi la 
population. Ne créez pas une atmosphère de peur et de haine", 
a-t-il dit lors de son ultime meeting de campagne qui a réuni 
jusqu'à 500.000 partisans. 
             
    "JE NE LAISSERAI PAS LA DROGUE ET LE CRIME  
    DÉTRUIRE MON PAYS" 
    Tout au long de sa campagne, Duterte, qui effectue ses 
premiers pas sur la scène politique nationale, n'a pas mâché ses 
mots contre les élites politiques. Ses attaques et le ton 
agressif de ses discours lui ont valu d'être comparé au 
milliardaire new-yorkais Donald Trump, qui a dominé contre toute 
attente les primaires du Parti républicain aux Etats-Unis. 
    "Le vote Duterte est un vote protestataire, pas vraiment un 
vote pour Duterte", estime Ramon Casiple, de l'Institut des 
réformes politiques et électorales. "Les gens montrent qu'ils 
sont vraiment frustrés et en colère contre l'actuelle 
administration." 
    A 71 ans, deux autres surnoms lui sont affublés: "Le 
Punisseur" et "Inspecteur Harry", le personnage de policier aux 
manières fortes incarné à l'écran par Clint Eastwood. 
    Elu à sept reprises maire de Davao depuis 1988, Duterte est 
parti en guerre contre la criminalité et contre la drogue. Il a 
promis d'éradiquer la criminalité en six mois.  
    "Je ne laisserai pas la drogue et le crime détruire mon 
pays, je ne peux tout simplement pas accepter cela", 
déclarait-il fin avril à Reuters avant d'ajouter, avec son 
langage grossier: "Si tout le monde reste assis sur son cul, 
nous laisserons les criminels agir comme ils le veulent. On doit 
arrêter de se foutre de la gueule du peuple." 
    L'ancien procureur n'a cure des 1.424 homicides suspects 
recensés depuis 1998 dans sa ville de Davao par des 
organisations de défense des droits de l'homme qui soupçonnent 
des "commandos de la mort" d'opérer en toute impunité dans la 
ville sous la tutelle de Duterte. 
    Le candidat à la présidence dément avoir ordonné des 
exécutions extrajudiciaires, mais ne les condamne pas. "Vous 
parlez d'exécutions sommaires ? Je suis désolé, les méchants ont 
été tués. Mais qu'en est-il des gens qui ont été abusés ? Qui 
prend soin d'eux ?" 
    Son conseiller aux questions économiques, Ernesto Pernia, un 
ancien de la Banque asiatique de développement (BAD), explique 
que le rétablissement de l'ordre est un point de départ 
nécessaire pour attirer les investissements et pousser la 
croissance économique. 
    La sénatrice Grace Poe, qui a refusé de constituer un front 
anti-Duterte, a mené pour sa part une campagne centrée sur la 
lutte contre les inégalités. Abandonnée bébé dans une église, 
adoptée par un couple de stars du cinéma, cette ancienne 
enseignante qui se présente en indépendante veut notamment 
consacrer chaque année à l'agriculture 6,5 milliards de dollars. 
    Elle estime que Duterte est un "bourreau". "Allons-nous 
choisir un homme corrompu et insensible qui tue ?", a-t-elle 
lancé samedi à ses partisans. "Je ne suis pas parfaite, mais il 
nous faut des dirigeants qui ont de la compassion." 
 
 (avec John Chalmers et Martin Petty; Henri-Pierre André pour le 
service français) 
 
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