Le dollar, handicap durable pour les profits aux Etats-Unis

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LA HAUSSE DU DOLLAR MENACE LES PROFITS DES ENTREPRISES AMÉRICAINES
LA HAUSSE DU DOLLAR MENACE LES PROFITS DES ENTREPRISES AMÉRICAINES

par Sinead Carew

NEW YORK (Reuters) - La hausse rapide du dollar américain est devenue la principale menace sur les profits des entreprises américaines depuis la crise financière de 2008, au point que certains, à Wall Street, évoquent désormais une "récession des bénéfices".

Le billet vert s'est apprécié de 22% en un an face à un panier d'autres grandes devises de référence, ce qui pénalise doublement les multinationales: leurs ventes et leurs profits réalisés hors des Etats-Unis diminuent une fois convertis en dollar tandis que leur compétitivité se dégrade face aux concurrents de pays dont la monnaie se déprécie.

Dans le passé, des fluctuations d'une telle ampleur ont débouché sur ce que Bank of America Merrill Lynch appelle une "récession des bénéfices", c'est à dire au moins deux trimestres consécutifs de recul des profits par rapport à la période correspondante de l'année précédente. Pour la banque, une hausse de 25% du dollar en un an s'accompagne historiquement d'une baisse de 10% du bénéfice par action des sociétés cotées.

Ce n'est pas encore le cas mais la dégradation est bel et bien engagée. Les analystes estiment désormais qu'en 2015, la hausse des bénéfices ne devrait être que de 1,3%, alors que début janvier, ils attendaient une progression de 8,1%, selon les données Thomson Reuters.

Le bénéfice par action de l'indice Standard & Poor's-500 devrait reculer de 3,1% au premier trimestre et de 0,7% au deuxième avant de progresser légèrement au second semestre.

Près d'une entreprise du S&P-500 sur cinq a déjà averti sur ses résultats de janvier-mars et au moins 49 sociétés ont évoqué l'impact défavorable du dollar sur leurs profits, selon Thomson Reuters.

25 MILLIARDS DE CA EN MOINS AU T1

"Ce n'est que le début", estime Richard Bernstein, directeur général de Bernstein Advisors. "L'impact du dollar sur les bénéfices américains pourrait persister pendant trois à sept ans. Il ne sera pas sensible à chaque trimestre mais il constituera un risque durable pour les bénéfices américains, à commencer par ceux des multinationales, tant que le dollar s'appréciera."

L'international représente environ un tiers du chiffre d'affaires du S&P-500 selon Goldman Sachs, et cette proportion dépasse 40% pour les secteurs des hautes technologies, des matériaux de base, de l'énergie et de l'industrie.

Au premier trimestre, la vigueur du billet vert pourrait avoir amputé de plus de 25 milliards de dollars (23 milliards d'euros) le chiffre d'affaires des sociétés nord-américaines cotées, estime Wolfgang Koesler, directeur général de FiREapps, un société spécialisée dans l'analyse des données sur les changes. Au quatrième trimestre, cet impact a avoisiné 18,66 milliards, précise-t-il.

Parmi les entreprises qui ont récemment averti sur l'effet du dollar fort figurent le chimiste DuPont, le géant de l'informatique IBM, le fabricant de semi-conducteurs Intel ou encore le conglomérat industriel Honeywell.

Et les nouvelles prévisions de certains pourraient se révéler encore trop optimistes, la hausse du dollar s'étant poursuivie depuis leur révision à la baisse.

Pour Omar Aguilar, responsable de la stratégie d'investissement de Charles Schwab Investment Management, l'effet dollar est sans doute intégré dans les estimations de résultats pour le premier trimestre, mais pas forcément pour les suivants.

COUVERTURE ET VALEURS REFUGES

"Il aura un impact plus important à l'avenir. Je m'attends à ce que l'impact sur les bénéfices du troisième trimestre soit beaucoup plus important", dit-il.

Pour tenter de limiter les dégâts, bon nombre d'entreprises s'empressent d'augmenter leur couverture de changes, même si cette démarche a un coût financier et si elle n'est pas elle-même dénuée de risques.

"Nous avons assisté à une très forte hausse du nombre de nos clients qui se couvrent, ils ont doublé ou triplé. Nous avons aussi assisté à une très forte hausse du pourcentage de leur exposition qu'ils couvrent", explique David Pierce, directeur du développement de GPS Capital Markets, un courtier spécialisé.

La vigueur du dollar pose un problème particulier aux entreprises exposées au marché latino-américain: la dépréciation massive du bolivar vénézuélien a contraint plusieurs d'entre elles, comme le groupe papetier Kimberly-Clark ou le constructeur automobile Ford à d'importantes dépréciations d'actifs. Et la faiblesse du réal brésilien et du peso mexicain risque d'ajouter aux difficultés de certaines multinationales.

Dans ce contexte, les sociétés qui réalisent la quasi-totalité de leur activité aux Etats-Unis pourraient constituer le meilleur refuge possible contre le dollar fort. Un panier de ces valeurs constitué par Goldman Sachs a gagné environ 22% sur les 12 derniers mois, alors que le S&P-500 ne prenait que 13%.

(avec Ryan Vlastelica et Gertrude Chavez-Dreyfuss à New York, Tim Hepher à Paris; Marc Angrand pour le service français)

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