Le dissident chinois Chen Guangcheng veut partir aux Etats-Unis

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Le dissident chinois Chen Guangcheng veut partir aux Etats-Unis
Le dissident chinois Chen Guangcheng veut partir aux Etats-Unis

par Chris Buckley et Andrew Quinn

PEKIN (Reuters) - Craignant pour sa sécurité, le dissident chinois Chen Guangcheng demande désormais l'asile aux Etats-Unis, un dossier qui empoisonne les relations sino-américaines en pleine visite de la secrétaire d'Etat Hillary Clinton à Pékin.

L'avocat autodidacte aveugle, qui a passé six jours à l'ambassade des Etats-Unis après avoir échappé à la surveillance du régime chinois, se trouve depuis mercredi dans un hôpital de Pékin sous le contrôle des autorités chinoises. Mais il dit craindre pour sa vie et celle de son épouse et ses deux enfants.

Washington espérait avoir mis fin à la crise diplomatique en obtenant de Chen Guangcheng qu'il quitte l'ambassade après avoir reçu, selon la version américaine, l'assurance qu'il pourrait vivre en sécurité avec sa famille sur le sol chinois.

Chen, escorté par des responsables américains jusqu'à l'hôpital où il est soigné pour une fracture du pied, a toutefois déclaré jeudi à Reuters qu'il avait changé d'avis après une discussion avec sa femme.

Prié de dire s'il souhaitait rester en Chine ou partir pour les Etats-Unis, Chen a répondu: "Maintenant, je veux faire la deuxième chose. C'est ce que j'espère."

"Je ne me sens pas du tout en sécurité. Mes droits et ma sécurité ne peuvent pas être garantis ici", a-t-il ajouté, alors qu'il ne se trouve plus sous protection américaine.

S'appuyant sur le témoignage de sa femme Yuan Weijing, Chen affirme que sa famille a été menacée par les autorités chinoises après sa fuite.

"Lorsque j'étais à l'ambassade des Etats-Unis, je n'étais pas auprès de mes proches et il y a donc certaines choses que je ne comprenais pas. Après avoir pu les rencontrer, ma vision a changé", a-t-il dit.

CLINTON AU COEUR DE LA TEMPÊTE

Hillary Clinton, qui s'est entretenue avec Chen après son départ de l'ambassade américaine, s'est retrouvée au coeur de la tempête diplomatique jeudi.

A l'ouverture des entretiens annuels à Pékin dans le cadre du Dialogue stratégique et économique entre les Etats-Unis et la Chine, la secrétaire d'Etat américaine a prôné le respect des droits de l'homme, sans mentionner explicitement Chen.

"Bien sûr, dans le cadre de notre dialogue, les Etats-Unis soulignent l'importance des droits de l'homme et des libertés fondamentales", a-t-elle dit. "Nous pensons que tous les gouvernements doivent répondre aux aspirations des citoyens à la dignité et à l'Etat de droit et qu'aucun pays ne peut ni ne doit leur dénier ces droits."

Washington s'est dans un premier temps réjoui que Chen ait pu quitter l'ambassade dans le cadre d'un accord avec les autorités chinoises, présenté par les Américains comme un signe de la coopération entre les deux premières puissances économiques du monde.

Peu après, la Chine a exigé des excuses pour ce qu'elle a qualifié d'ingérence "inacceptable" de la part des Etats-Unis.

"Ce que les Etats-Unis doivent faire désormais, ce n'est ni continuer à tromper le public et à se trouver toutes les excuses possibles pour se dédouaner de toute responsabilité et dissimuler leur méfait, ni de s'immiscer dans les affaires intérieures de la Chine", a dit Liu Weiming, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, cité par Chine nouvelle.

Le ministère a par la suite refusé de faire le moindre commentaire sur la requête de Chen Guangcheng.

HU PRÔNE LA CONFIANCE

S'exprimant en ouverture des entretiens sino-américains, le président chinois Hu Jintao a simplement jugé, sans mentionner Chen, que "pour bâtir une nouvelle relation entre la Chine et les Etats-Unis, nous devons nous faire confiance mutuellement".

Interrogé par CNN après sa sortie de l'ambassade, Chen a lancé un appel au président américain Barack Obama.

"Je voudrais dire au président Obama, s'il vous plaît, faites tout votre possible pour faire sortir notre famille", a déclaré Chen.

Cette crise intervient dans un contexte particulier dans les deux pays puisque le régime chinois, en proie à des luttes internes dont a témoigné l'éviction de Bo Xilai, s'apprête à renouveler sa direction à l'automne tandis qu'une élection présidentielle est organisée le 6 novembre aux Etats-Unis.

L'affaire pourrait se révéler coûteuse pour Barack Obama, déjà accusé par son probable adversaire républicain Mitt Romney de mollesse à l'égard de la Chine.

Depuis sa libération de prison en septembre 2010, Chen, avocat autodidacte aveugle qui a dénoncé les avortements forcés dans le cadre de la politique de l'enfant unique, était assigné à résidence dans son village de Dongshigu, à un demi-millier de km de Pékin. Il a échappé à ses gardes le 22 avril et a pu gagner la capitale grâce à l'aide de ses sympathisants.

La nouvelle de son évasion a été rendue publique vendredi mais les Etats-Unis ont seulement confirmé mercredi qu'il avait trouvé refuge à leur ambassade à Pékin, ce qui a déclenché la crise diplomatique.

Bertrand Boucey et Jean-Stéphane Brosse pour le service français

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