Le DG de Rosbank arrêté pour corruption présumée

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LE DIRECTEUR GÉNÉRAL DE ROSBANK ARRÊTÉ POUR CORRUPTION PRÉSUMÉE
LE DIRECTEUR GÉNÉRAL DE ROSBANK ARRÊTÉ POUR CORRUPTION PRÉSUMÉE

par Katya Golubkova et Douglas Busvine

MOSCOU (Reuters) - Le directeur général de Rosbank, filiale russe de Société générale, a été arrêté mercredi à Moscou, étant soupçonné d'avoir accepté des pots-de-vin, un coup dur pour l'une des rares banques étrangères à oser affronter les banques publiques russes sur leur terrain.

L'enquête sur Vladimir Goloubkov fait suite aux engagements pris par le président Vladimir Poutine de sévir contre la corruption et de défendre les intérêts économiques nationaux.

C'est également un nouveau signal d'alarme pour les sociétés étrangères présentes en Russie, conscientes de la capacité de l'Etat d'intervenir contre des personnes physiques ou morales qui n'ont plus sa faveur.

Le ministère de l'Intérieur a précisé que Vladimir Goloubkov, qui occupait son poste depuis 2008, était "soupçonné d'avoir perçu une rémunération monétaire illicite" de cinq millions de roubles (123.000 euros environ) et d'avoir sollicité un dessous de table de 1,5 million de dollars auprès d'un homme d'affaires en échange de l'attribution d'un prêt.

Tamara Polianitsina, l'un des managers de la banque, a également été arrêtée car elle est soupçonnée d'avoir joué le rôle d'intermédiaire.

Rosbank, l'un des rares établissements à tenter de concurrencer les banques publiques Sberbank et VTB, a dit collaborer avec les autorités russes dans le cadre de l'enquête et a annoncé qu'Igor Antonov, le directeur général adjoint, remplacerait provisoirement Vladimir Goloubkov à son poste.

Société Générale n'a pas fait d'autres commentaires.

"PAS BEAU À VOIR"

"Ce n'est pas beau à voir", a estimé un analyste du secteur bancaire russe, sous couvert d'anonymat. "Mais tout le monde sait que ce genre de choses est spécifique à la Russie, et qu'elles se produisent régulièrement, et pas seulement à ce niveau."

Un autre banquier russe, qui ne connaît pas personnellement Vladimir Goloubkov et n'est pas au courant des détails de l'affaire, juge que le directeur général de Rosbank a pu être victime d'une machination orchestrée par un concurrent, comme cela a déjà été observé dans des affaires de ce type.

Des banquiers occidentaux disent qu'il est parfois difficile d'empêcher leur personnel russe d'accepter des versements d'argent jugés nécessaires pour établir des relations commerciales.

Dans ce contexte, plusieurs banques occidentales, comme Barclays et HSBC, se sont retirées du marché russe, mais Société Générale a encore manifesté la semaine dernière son attachement à Rosbank, à l'occasion de la publication de ses résultats trimestriels.

La banque russe tarde cependant à dégager des profits réguliers, alors que Société Générale a consacré une somme estimée à près de quatre milliards d'euros pour entrer au capital de Rosbank en 2008, avant de monter à 82% en 2010.

A Paris, l'action Société Générale n'en gagne pas moins 1,4% à 30,42 euros.

Vladimir Poutine a en outre manifesté la défiance de Moscou face aux banques étrangères, en demandant en avril aux dirigeants du pays de liquider leurs comptes hors de Russie, dans le cadre d'une campagne officielle contre la corruption et l'évasion fiscale.

"Les investissements de SocGen dans Rosbank sont problématiques depuis le début, en ce qui concerne le prix payé, la rentabilité et les problèmes de gouvernance", explique Yannick Naud, gestionnaire de portefeuille chez Glendevon King asset Management. "L'apparition de nouveaux enjeux politiques et réglementaires ne va pas arranger les choses."

Véronique Tison et Julien Dury pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat

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