Le dernier village médiéval de Hong Kong va être rasé

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EN IMAGES - Ce petit village fortifié remontant au XIVe siècle est la dernière trace du Hong Kong des origines. Laissé à l’abandon depuis des années, il va être rasé pour laisser place à des tours.

Le coeur lourd, les derniers habitants quittent ce qui reste de leur ancien village fortifié du XIVe siècle, au coeur de Hong Kong. Il va être rasé pour faire place à un ensemble immobilier, nouveau coup porté à l’héritage culturel de l’ex-colonie britannique. Des murs qui encerclaient jadis Nga Tsin Wai, il ne reste guère que quelques pierres. Mais le village aux allures de bidonville avec ses bicoques de bric et de broc est un minuscule îlot de résistance au milieu des gratte-ciel qui ont poussé tout autour.

Par une froide matinée d’hiver, les derniers habitants -qui ne sont plus qu’une vingtaine- emballent leurs affaires la mort dans l’âme, avant l’arrivée des bulldozers. Des dizaines de villages fortifiés ont été construits voici des siècles par les clans chinois dans ce qui est devenu le centre urbain de Hong Kong, avec leur murs, leurs douves et leurs tours de gardes.

Nga Tsin Wai, située dans la partie continentale de Hong Kong, à Kowloon, est le seul encore debout au coeur de la ville. Il ne compte plus qu’une cinquantaine de maisons et de commerces décatis, ainsi qu’un temple taoiste dédié à Tin Hau, la déesse de la mer protectrice des pêcheurs. Les autorités de Hong Kong, où l’espace est rare et le mètre carré exorbitant, font valoir que le village est délabré et qu’il doit céder la place à 750 logements flambant neufs. Mais pour les habitants de Nga Tsin Wai, dont les origines remontent à 1354, c’est toute une vie qui disparaît.

23.600 euros de dédommagement

«Le village a une longue histoire et nous sommes ici depuis très longtemps», dit Kwok Ye-ka à l’AFP. Ce coiffeur de 52 ans avait décidé de rester jusqu’à la date-butoir fixée par le gouvernement à fin janvier. Les autorités ont prévenu les récalcitrants qu’ils s’exposeraient à des peines de prison. M. Kwok est mécontent des dédommagements reçus, à savoir 200.000 dollars de Hong Kong (23.600 euros) et une proposition de logement temporaire.

«C’est mon seul chez moi ici. Je vis là depuis 20 ans. Maintenant, l’avenir est incertain», se lamente-t-il. Ces dernières années, la destruction de bâtiments, de villages anciens et de marchés a suscité de multiples condamnations. La démolition en 2008 de la Queen’s Pier, quai de l’île de Hong Kong construit pendant l’ère coloniale et qui servait entre autres à accueillir les visiteurs de marque, avait suscité des manifestations. A sa place, ont été construits un échangeur routier et des programmes immobiliers.

Une rue entière du quartier central de Wan Chai appelée «rue des faire-part de mariage» tant les commerces vendant les invitations chinoises traditionnelles y étaient nombreux, a été rasée. A sa place, ont été érigés des ensembles résidentiels et des magasins de luxe. Le gouvernement de Hong Kong où s’entassent sept millions d’habitants doit trouver d’ici les 10 prochaines années 400.000 nouveaux logements.

Certes, il faut construire de nouvelles habitations, reconnaît le conseiller de district Paul Zimmerman, qui milite pour l’urbanisation «durable». Mais les Hongkongais commencent à se demander si les sacrifices en valent la peine, juge-t-il. «Comment mettre en balance les gains économiques et l’impact sur les individus? Comment conserver ces zones, ne pas détruire la culture locale? Il faut être plus prudents».

L’Autorité du renouveau urbain chargée du projet, Nga Tsin Wai, explique que le village est «décrépi». «Les conditions de vie sont médiocres en raison d’un défaut de maintenance et d’installations sanitaires», dit une porte-parole. Les terrains appartiennent au gouvernement si bien que les habitants n’ont aucun droit, lance-t-elle. Le nouveau projet, un ensemble résidentiel, conservera le temple, souligne-t-elle aussi.

La fin d’un mode de vie

«La culture, c’est les gens qui vivent là. Sans ses habitants, ce quartier est mort, même si les immeubles sont splendides», souligne Ho Chi-fung, de l’Alliance du droit au logement, qui défend les droits des Honkongais les moins fortunés. Ces 20 dernières années, nombre de villageois étaient partis d’eux-mêmes. Restait néanmoins une petite communauté d’habitants, une pharmanie chinoise, un coiffeur, des artisans.

«Nous perdons une tradition. (...) Ce projet va juste servir à faire de l’argent», a dit un coutelier identifié seulement par son nom de famille, Fan, juste avant son récent départ. Une autre habitante d’une quarantaine d’année, employée de bureau, a peur de voir disparaître ses souvenirs. Cette famille de 10 personnes vivait au dessus de leur magasin d’accessoires. «La maison était peut-être petite mais j’y ai grandi».

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