Le dépouillement des bulletins a commencé au Mali

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DÉBUT DU DÉPOUILLEMENT DES BULLETINS AU MALI
DÉBUT DU DÉPOUILLEMENT DES BULLETINS AU MALI

par Daniel Flynn et Tiemoko Diallo

BAMAKO (Reuters) - Les opérations de dépouillement ont débuté dimanche au Mali à l'issue du second tour de l'élection présidentielle, pour lequel l'ancien Premier ministre Ibrahim Boubacar Keïta partait favori face à son rival Soumaïla Cissé.

Le vainqueur du scrutin supervisera une enveloppe de trois milliards d'euros d'aide internationale pour reconstruire un pays affaibli par la crise et plusieurs mois de guerre contre les islamistes. Il devra aussi lutter contre la corruption et conclure la paix avec les rebelles touaregs.

Dans le quartier de Badalabougou, à Bamako, des dizaines d'électeurs avaient défié la pluie torrentielle pour se presser dès l'ouverture des bureaux de vote, à 08h00 GMT, devant l'école Mamadou Guindo, transformée en centre électoral.

Au total, 21.000 bureaux de vote étaient censés accueillir quelque sept millions d'électeurs, la plupart se trouvant dans le Sud où vivent 90% des 16 millions de Maliens et d'où est originaire Ibrahim Boubacar Keïta, dit IBK.

Le premier tour, il y a une semaine, avait été marqué par un taux de participation record de 49% des inscrits. Des observateurs ont indiqué à Reuters que le chiffre semblait cette fois-ci légèrement inférieur et que le scrutin s'était déroulé pacifiquement et sans difficultés techniques majeures.

"Grosso modo, tout s'est bien passé. Il n'y a rien de douteux", a déclaré aux journalistes Louis Michel, ancien ministre belge des Affaires étrangères qui dirigeait la mission d'observation de l'Union européenne, à la fermeture des bureaux de vote à 18h00 locales/GMT. "Celui qui aura gagné, quel qu'il soit, aura été élu en toute légitimité".

Candidat du Rassemblement pour le Mali (RPM), l'ancien Premier ministre a obtenu près de 40% des suffrages au premier tour, le 28 juillet, sur la promesse de restaurer l'ordre et de rétablir l'honneur d'un pays qui a pu s'enorgueillir dans le passé d'être un îlot de stabilité dans une région instable.

"Quel que soit le verdict des urnes, le Mali a déjà gagné", a-t-il déclaré à la presse après avoir voté à Bamako. "Nous nous sommes rassemblées pour construire un nouveau Mali et lui donner un nouveau destin."

Sur les 25 candidats éliminés au premier tour, 22 ont apporté leur soutien à IBK, qui est âgé de 68 ans. Pour avoir réprimé des manifestations d'étudiants et des grèves quand il était à la tête du gouvernement, il s'est acquis une réputation de fermeté.

"QUAND IBK DIT NON, C'EST NON"

"Je vais voter pour IBK", a déclaré Tidjane Sylla, 28 ans, un commerçant du principal marché de Bamako, presque tout entier acquis à la cause de l'ancien Premier ministre. "C'est un homme de parole. Quand il dit non, c'est non!"

Le rival d'IBK, Soumaïla Cissé, de l'Union pour la République et la démocratie (URD), a obtenu un peu moins de 20% des suffrages le 28 juillet. Voulant donner l'image d'un technicien expérimenté, il promet une réforme du système éducatif, des changements dans l'armée et la création de 500.000 emplois.

Originaire des environs de Tombouctou, Soumaïla Cissé, 63 ans, a été ministre pendant une grande partie des années 90 et notamment ministre des Finances. Il a également passé sept années à la tête de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) au Burkina Faso voisin.

"Je suis fier de notre peuple qui, en aussi peu de temps, nous a remis sur la voie de la République et de la démocratie", a-t-il déclaré.

Les résultats officiels devraient être annoncés en milieu de semaine, le temps de récupérer les données des bureaux de vote les plus reculés, et la Cour constitutionnelle a jusqu'à vendredi pour les valider.

Tout en étant le troisième producteur d'or d'Afrique, le Mali, pays enclavé du pourtour saharien, reste un des pays les plus pauvres.

Des cartes d'électeurs et du matériel de vote ont également été distribués dans les camps de Maliens réfugiés dans les pays voisins, en Mauritanie, au Burkina Faso et au Niger. Ensemble, ces trois pays accueillent 170.000 réfugiés.

Le vainqueur du scrutin devra reconstruire le pays après l'opération Serval lancée en janvier par la France, l'ancienne puissance coloniale, pour soustraire le Nord désertique à l'emprise des rebelles liés à Al Qaïda.

PARIS VEUT PASSER LA MAIN

Le nouveau chef de l'Etat devra aussi s'attaquer à une corruption endémique et construire une paix durable avec les Touaregs, deux problèmes qui, combinés, ont conduit à l'éviction du président Amadou Toumani Touré par un coup d'Etat militaire en mars 2012.

C'est à la faveur de la désorganisation qui avait suivi le putsch que les groupes islamistes s'étaient emparés de la partie nord du pays et menaçaient d'aller jusqu'à la capitale, Bamako.

La France a fait pression pour que les élections aient lieu rapidement. Elle est en train de retirer ses 3.000 hommes déployés dans le pays et de transmettre le relais à force de maintien de la paix de l'Onu, la Minusma, dont les 12.600 hommes se déploient progressivement.

"Cette élection peut apporter la paix à condition qu'il y ait un président qui prenne les négociations au sérieux", a déclaré Abarkan Ag Abzaik, maire de Kidal, ville du nord-est du Mali et bastion traditionnel du MNLA. Des graffiti en faveur de l'indépendance du nord du Mali sont visibles sur des murs, tout comme le drapeau rouge-jaune-noir et vert de l'Azawad.

Danielle Rouquié, Tangi Salaün et Jean-Loup Fiévet pour le service français

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