Le départ de Macron accentue l'isolement de François Hollande

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FRANÇOIS HOLLANDE TOUJOURS PLUS ISOLÉ APRÈS LE DÉPART DE MACRON
FRANÇOIS HOLLANDE TOUJOURS PLUS ISOLÉ APRÈS LE DÉPART DE MACRON

par Elizabeth Pineau et Jean-Baptiste Vey

PARIS (Reuters) - Le départ du gouvernement d'Emmanuel Macron vers un horizon incertain accentue encore l'isolement de François Hollande à huit mois de l'élection présidentielle de 2017.

Avec la démission du populaire ministre de l'Economie, l'Elysée perd une caution auprès de l'électorat de sensibilité social-démocrate mais aussi un des membres du gouvernement les plus honnis par la gauche du PS, également hostile au président.

Remplacé par Michel Sapin, un fidèle du chef de l'Etat, Emmanuel Macron rejoint la liste déjà longue des ministres qui ont claqué la porte du gouvernement. Trois d'entre eux, Arnaud Montebourg, Cécile Duflot et Benoît Hamon, se sont lancés dans la course à l'Elysée, contre l'actuel chef de l'Etat.

"Rien ne nous arrêtera", promettait pour sa part Emmanuel Macron à la mi-juillet aux sympathisants d'"En Marche !", le mouvement "ni de droite ni de gauche" lancé au printemps par cet ancien banquier d'affaires devenu conseiller de l'Elysée puis ministre, sans jamais avoir été élu.

Son éventuel engagement dans la course à la présidence compliquerait encore la situation de François Hollande, distancé par ses rivaux potentiels de droite dans la plupart des sondages et qui doit décider en décembre s'il brigue un deuxième mandat.

"Dans l'hypothèse où Macron se porterait candidat, ça serait une difficulté supplémentaire pour le chef de l'Etat et n'aidera pas le fait que, dans toutes les enquêtes d'opinion, François Hollande est éliminé au premier tour", explique Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l'institut de sondages Ifop.

Un ministre clef du dispositif de François Hollande qui part dans la dernière ligne droite du quinquennat, ça fait désordre et c'est "un signe supplémentaire d'une majorité présidentielle balkanisée", a-t-il dit à Reuters.

Interrogé sur la solitude du chef de l'Etat, un membre de son entourage assure que "ce qui compte, c'est l'efficacité de la politique qui est conduite dans tous les secteurs."

HOLLANDE PERD SA "ROCK STAR"

Mais pour le député radical de gauche Alain Tourret, soutien d'Emmanuel Macron, ce départ met le président devant "une situation extraordinairement inconfortable parce qu'il perd son joker, sa rock star".

"Vis-à-vis d’un gouvernement extrêmement faible, le seul qui sortait un peu de l'ordinaire, c'était Emmanuel Macron. Et là, le président perd un atout essentiel", juge cet élu, pour qui l'Elysée a perdu "le jeu à trois bandes" avec Matignon et Bercy.

D'autres font part de leurs doutes, voire de leur colère, à l'image du Premier secrétaire du PS.

"La démission de Macron : un kinder surprise pour convenance personnelle au moment où la France se redresse et la droite se dresse", s'indigne Jean-Christophe Cambadélis sur Twitter.

Le député PS et membre de la commission des finances de l'Assemblée nationale Dominique Lefebvre déplore "une décision incompréhensible".

"Je suis absolument en désaccord avec l'analyse et la stratégie d'Emmanuel Macron. Je ne crois pas qu'il y ait de salut à gauche en dehors de défendre le bilan du gouvernement", a-t-il dit à Reuters à propos de cette "aventure individuelle".

A la gauche du PS, les "frondeurs" comme le député Laurent Baumel voient dans ce départ un "affaiblissement incroyable" du président tandis que d'autres, comme la sénatrice Marie-Noëlle Lienemann ou les Jeunes socialistes, espèrent la fin d'une page "ultralibérale".

Ce à quoi un proche de François Hollande répond que la ligne gouvernementale n'est pas appelée à changer et sera poursuivie avec "ténacité, détermination et efficacité".

LA LOYAUTÉ ENVERS HOLLANDE EN QUESTION

Emmanuel Macron sera-t-il loyal à son ancien mentor ? Telle est désormais le sujet, résumé par Bruno Le Roux : "Démission ou pas, la seule question qui vaille est celle de la loyauté au président Hollande", a écrit sur twitter, le président du groupe PS à l'Assemblée nationale à l'adresse de l'ex-ministre.

La semaine dernière sur BFM TV, le Premier ministre, Manuel Valls, disait ne pas douter de "l'engagement" ni de la "loyauté" de son ministre, malgré des relations tendues en coulisses.

"Pourquoi serait-il candidat à la présidence de la République ? Il connaît lui aussi l'agenda, le calendrier que s'est fixé le président de la République, et lui comme moi doit se consacrer à la tâche", disait-il.

Dans une intervention à son ministère, Emmanuel Macron a expliqué sa démission par sa volonté de "tout faire" pour transformer la France dès 2017 et par sa frustration face aux limites du système politique mais n'a rien dit de ses intentions concernant les prochaines échéances électorales.

S'il brigue l'Elysée, il devra en tout cas décider s'il passe ou non par la primaire du PS, dont il n'est pas membre.

"Ce sont des questions qui aujourd'hui ne m'intéressent pas", déclarait-il en juin dans La Voix du Nord.

Un de ses proches, le député PS Richard Ferrand, a répondu pour lui mardi : "S'il devait être candidat, il ne serait pas candidat via des primaires puisqu'il en désapprouve le principe, comme nous tous qui le soutenons", a-t-il dit à Reuters.

Ministre le plus populaire du gouvernement jusqu'à sa démission mardi, Emmanuel Macron est plus aimé par les sympathisants de droite que de gauche, selon les sondages.

Dans le baromètre TNS Sofres pour Le Figaro Magazine de juillet, sa cote auprès des sympathisants Les Républicains dépasse sa popularité auprès des sympathisants socialistes.

Reste à savoir si cette popularité survivra à son départ du gouvernement.

(Avec Service France, édité par Emmanuel Jarry)

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