Le déclin de l'immobilier chinois touche aussi les maquettistes

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EN IMAGES - En Chine, où il est d’usage de représenter sous forme de miniature les biens immobiliers en construction, les professionnels de ce secteur de niche sont contraints de fortement réduire leurs ambitions... Et se tournent vers l’international.

Le refroidissement du marché immobilier chinois n’épargne pas les fabricants de maisons modèles miniatures, délicates maquettes cruciales pour convaincre les acheteurs: après des années de fièvre, cet artisanat de niche doit aussi réduire l’échelle de ses ambitions et lorgne l’international. «Comparé à il y a cinq ans, on en fabrique bien moins», se désole Wang Gang, artisan modéliste de la petite société Canyon Models à Shenzhen (sud de la Chine). Autour de lui, ses collègues aux doigts de fée insèrent de minuscules meubles à l’intérieur de somptueuses villas en taille réduite. On y distingue jusqu’à de microscopiques éviers de cuisine: un monde lilliputien reproduisant un habitat luxueux dans ses moindres détails.

En Chine, il est d’usage pour les acquéreurs d’un logement neuf de choisir celui-ci sur plan ou en fonction d’une maquette très soignée, avant même la pose de la première pierre des fondations. Les publicités des promoteurs regorgent aussi d’illustrations idéalisées, où des immeubles et villas émergent près d’un lac, dans un écrin de verdure enchanteur, sous un ciel azur --en réalité rare dans les métropoles chinoises souffrant d’une pollution endémique. «Les groupes immobiliers utilisent les fonds avancés par les acquéreurs et investisseurs pour financer leurs projets de construction, et utilisent à l’envi des maquettes» pour appâter leurs clients, explique Zhu Guozhong, économiste à l’université de Pékin.

Fin d’une décennie euphorique

Les fabricants de ces maquettes extrêmement détaillées ont vu leurs affaires s’envoler en une décennie, parallèlement à la folle expansion de l’immobilier chinois sur fond d’urbanisation accélérée. Sur les seules années 2011-2013, la Chine aurait, selon certains experts, consommé davantage de ciment que les Etats-Unis durant tout le XXe siècle. Sur la décennie 2000-2010, les prix des logements dans les grandes métropoles ont triplé. Pour alimenter cette fièvre, les promoteurs ont fait appel à une armée d’artisans pour peupler de maquettes haut-de-gamme leurs fastueux show-rooms.

Mais depuis plus d’un an, la machine s’essouffle: les prix se sont fortement tassés, reculant dans dix des douze principales métropoles, et les groupes immobiliers, avec sur les bras une surabondance de logements non vendus, sont criblés de dettes. Les fabricants de maisons miniatures boivent la tasse. «Les affaires ne marchent pas fort ces deux dernières années», déplore Zhong Zhaoping, établi à Canton (sud), travaillant dans ce milieu depuis 15 ans.

Il a dû licencier la moitié des employés de sa société. «La chute des prix de l’immobilier terrifie les gens, qui n’osent plus acheter», soupire-t-il. Parmi la poignée d’artisans encore présents à ses côtés, l’un s’affaire à installer deux petits blocs d’appartements minutieusement incisés au milieu de bonsaïs artificiels hauts de cinq centimètres.

Des malls commerciaux à Dubaï

Face à la morosité, certaines entreprises du secteur tâchent de diversifier leurs clients et d’accroître leurs débouchés à l’étranger. «Pendant longtemps, nous fabriquions surtout des maisons, des logements, mais désormais, nous nous concentrons sur les centres commerciaux», créneau plus résistant, assure Wen Jun, superviseur de Canyon Models. Devant lui, se dresse la maquette d’un mall commercial, illuminée de mini-néons et d’enseignes, et agrémentée de figurines représentant les clients.

«Nous faisons énormément de maquettes pour les Émirats Arabes Unis, pour Dubaï, il y a une grosse demande là-bas», assure M. Wen. «Les prochaines étapes seront le Brésil et l’Asie du sud-est». A ses côtés, des employés travaillent sur des ébauches de gratte-ciel dont ils creusent attentivement au couteau chacune des fenêtres. Parmi eux, M. Wang, la quarantaine, se félicite des commandes persistantes pour des projets de bâtiments des gouvernements locaux chinois, et présente la maquette d’un tentaculaire complexe pour des forces policières en Mongolie intérieure.

Son collègue Wang Panpan estime pour sa part avoir fabriqué plus de 10.000 bâtiments et maisons au cours de carrière. Son chef-d’oeuvre: la reproduction d’un gratte-ciel de 606 mètres pour la ville de Wuhan (centre), à l’échelle 1/100e. En dépit d’un salaire maigrelet (2500 yuans, soit 370 euros), il se dit fier de son talent: «Nous prenons la réalité et la transformons en maquettes. Ce n’est pas un boulot facile».

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  • lsleleu le lundi 15 juin 2015 à 18:24

    Les Chinois atteins par le syndrome Espagnol du logement ?