Le débat sur le nucléaire anime la campagne présidentielle

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PARIS (Reuters) - Le problème de la sécurité de l'énergie nucléaire en France est reposé par un rapport officiel et anime la campagne présidentielle avec un affrontement entre l'opposition, favorable à une sortie ou une réduction, et l'Elysée, qui défend bec et ongles la filière.

Tandis que l'imbroglio persiste entre Verts et socialistes sur un détail d'un projet d'accord électoral, le président Nicolas Sarkozy a pris position jeudi pour affirmer solennellement qu'il défendrait la filière nucléaire, qui est selon lui un "atout exceptionnel" pour la France.

Les 58 réacteurs du pays fournissent 75% de l'énergie électrique française et la filière du retraitement, du combustible et de la production pèse très lourd avec deux des plus grandes entreprises du pays, EDF et Areva, un ensemble vu par ses opposants comme un "lobby".

L'accident de Fukushima, au Japon, le 11 mars dernier, a amené l'Allemagne, la Belgique et la Suisse à décider l'abandon de cette énergie. En France, la majorité a exclu cette option et se limite pour l'instant à des audits de sécurité.

Dans ce cadre, l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) a remis jeudi à l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) un rapport de 500 pages présentant ses recommandations pour éviter un accident.

Il n'est nécessaire actuellement de fermer aucune centrale, dit ce rapport, mais il faut mener des travaux partout pour protéger les fonctions vitales des réacteurs, par exemple en plaçant au mois un générateur diesel en hauteur et en le protégeant d'un séisme très violent.

DE LOURDS TRAVAUX

L'IRSN a envisagé plusieurs scénarios catastrophes, comme l'effondrement de tous les barrages français ou encore la destruction de villes comme Nice à la suite d'un séisme. Il tient compte du scénario de l'accident de Fukushima, où la coupure totale de l'électricité par un tsunami a mis un temps hors de contrôle le refroidissement des réacteurs.

La durée des travaux nécessaires et les financements ne sont pas évalués. L'Autorité de sûreté nucléaire a précisé que ce rapport n'était qu'une première étape de l'audit.

L'Observatoire du nucléaire, organisation écologiste, juge que l'IRSN est indulgent sur les fermetures éventuelles en raison de son manque d'indépendance vis-à-vis de la filière mais relève que son constat est néanmoins alarmant.

"Sachant qu'un événement naturel violent peut se produire à chaque instant, l'IRSN reconnaît donc implicitement que les réacteurs français peuvent causer à tout moment une catastrophe nucléaire et que les mesures et matériels indispensables face à un tel évènement sont absents", dit-il dans un communiqué.

DÉSACCORD VERTS-PS

Au plan politique, le différend persiste entre écologistes et socialistes sur le texte d'un accord conclu mardi, mais dont une phrase concernant le Mox, combustible recyclé à base de plutonium et d'uranium appauvris, a été retirée par le PS.

Le candidat socialiste François Hollande a maintenu jeudi qu'il souhaitait le maintien de cette filière Mox. La phrase en question ne prévoyait que le début de sa reconversion "à emplois constants", dans une formulation assez vague.

La patronne d'Europe écologie-Les Verts (EELV), Cécile Duflot, a demandé mercredi soir le "respect de la parole donnée" et expliqué que le conseil fédéral de son parti voterait samedi sur la version de l'accord comprenant la phrase en question.

Hormis ce point, l'accord acte le désaccord des deux organisations sur le nucléaire. Le PS refuse toute sortie mais propose une réduction d'ici 2025 de la part du nucléaire dans l'électricité de 75% à 50%, avec le maintien du projet de réacteur de nouvelle génération EPR à Flamanville (Manche).

Le chiffre de 24 réacteurs à fermer, déclinaison de cette idée de réduction du nucléaire, figure dans l'accord. Nicolas Sarkozy a implicitement attaqué cette proposition dans une déclaration à l'Elysée jeudi.

"Je ne laisserai pas brader cet avantage pour la France, ce serait irresponsable, je ne laisserai pas remettre en cause ce qui est un atout exceptionnel pour la France et je ne laisserai pas dilapider l'héritage industriel et énergétique bâti ces cinquante dernières années", a-t-il dit. ()

Selon un sondage CSA publié jeudi, le dossier du nucléaire arrive en dernière position dans le classement des préoccupations des Français (6%). Par ailleurs, 58% des personnes interrogées disent approuver la proposition de François Hollande de réduction du nucléaire.

Thierry Lévêque, avec Yann Le Guernigou, Muriel Boselli, Marion Douet et Benjamin Mallet, édité par Patrick Vignal

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