Le débat sur le "mur budgétaire" US monte en cadence

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LES NÉGOCIATIONS SE POURSUIVENT SUR LE "MUR BUDGÉTAIRE" AMÉRICAIN
LES NÉGOCIATIONS SE POURSUIVENT SUR LE "MUR BUDGÉTAIRE" AMÉRICAIN

par Richard Cowan

WASHINGTON (Reuters) - Les négociations se poursuivent entre la Maison blanche et les services du leader républicain de la Chambre des représentants à propos du "mur budgétaire" sans qu'aucun des deux camps n'affiche, du moins publiquement, sa volonté de céder du terrain.

Mais des signes se font jour au Congrès qui permettent de croire à un compromis.

Dans le scénario le plus discuté, le président Barack Obama et les démocrates obtiendraient le relèvement de la fiscalité qu'ils réclament sur les tranches supérieures de revenus en échange de concessions significatives de leur part sur les moyens de réduire le coût de Medicare, le programme fédéral de santé pour les personnes âgées.

Démocrates et républicains s'attelleraient ensuite, dans le courant de l'année 2013, à une réforme globale du code des impôts visant à améliorer les recettes fiscales du gouvernement. L'idée générale serait de supprimer des niches et des exonérations fiscales.

La situation devient de plus en plus urgente. Une solution doit être trouvée avant le 31 décembre pour éviter la coïncidence en début d'année prochaine entre la fin des exonérations fiscales décidées sous George Bush et prolongées en 2010 et la mise en oeuvre de coupes automatiques dans les dépenses publiques prévues par un accord de 2011 sur le relèvement du plafond de la dette.

"Il n'y pas d'accord ni quoi que ce soit de ce genre", a dit lundi soir un assistant parlementaire de la majorité républicaine à la Chambre des représentants.

Et comme l'ont montré en 2011 les discussions entre Barack Obama et John Boehner, président républicain de la Chambre des représentants, sur la réduction du déficit, dans ce genre de débats les négociations peuvent sembler prometteuses un jour et s'écrouler le lendemain.

Républicains et démocrates ne sont pas près de "boucler quoi que ce soit", a mis en garde Kevin McCarthy, élu de Californie et chef du groupe républicain à la Chambre des représentants. "Rien n'a été adopté. (Barack Obama et John Boehner) commencent seulement à discuter", a-t-il ajouté sur Fox News.

"JE NE PEUX PAS TRANSIGER SUR CE PRINCIPE"

Barack Obama et John Boehner se sont entretenus dimanche à la Maison blanche. Le président américain a une nouvelle fois demandé une hausse de l'impôt pesant sur les contribuables les plus fortunés, une mesure que les républicains rejettent, en estimant qu'elle mettrait l'économie en péril.

"Nous avons besoin d'un accord qui maintienne le niveau d'imposition des familles de la classe moyenne, qui prévoie une réduction draconienne des dépenses dans des domaines où elles ne sont pas nécessaires et nous demanderons ensuite aux Américains les plus fortunés d'acquitter un taux d'imposition légèrement plus élevé. Je ne peux pas transiger sur ce principe", a expliqué Barack Obama lors d'une visite dans une usine automobile à Redford, dans le Michigan.

Les républicains, eux, attendent du président de nouvelles propositions de réductions de dépenses publiques, a précisé Michael Steel, porte-parole de John Boehner.

L'objectif pour les deux camps est de parvenir à une réduction des déficits budgétaires d'un montant cumulé de 4.000 milliards de dollars (3.100 milliards d'euros) sur les dix prochaines années.

Les républicains restent fermes dans leur refus d'une hausse des impôts et prônent une limitation des niches et des exonérations fiscales. Ils souhaitent également une réduction plus marquée des dépenses, notamment en matière de santé et de retraite, deux secteurs gérés par les programmes Medicare et Medicaid.

"Je peux seulement dire que le président (Obama) croit qu'un accord est possible", a déclaré Jay Carney, porte-parole de la Maison blanche. "Mais il exige la reconnaissance et l'acceptation d'une manière concrète par les républicains que le taux d'imposition des 2% les plus riches sera relevé."

THÉÂTRE KABUKI, TANGO ET PENSÉES IMPURES

Les enquêtes montrent que l'opinion publique américaine fera porter aux républicains la responsabilité d'un échec. Les économistes estiment, eux, que si le "mur budgétaire" n'est pas contourné, l'économie américaine tombera à nouveau en récession.

Au sein du Grand Old Party, la pression s'est accrue sur John Boehner afin qu'il trouve un compromis rapidement, y compris au prix d'un recul sur la question de l'impôt.

"Il ne fait aucun doute dans mon esprit que le président (Obama) dispose de l'avantage dans les négociations", juge le sénateur républicain du Tennessee Bob Corker. "Si on se met d'accord cette semaine (sur la fiscalité), on a tout le reste du mois pour se consacrer pleinement aux programmes sociaux."

Le sénateur républicain Saxby Chambliss, élu de Géorgie et le représentant Tom Cole, élu républicain de l'Oklahoma, ont eux aussi évoqué publiquement la possibilité de toucher à l'imposition des plus fortunés.

"Pour l'instant, il a eu des pensées impures sur les hausses d'impôts", dit du sénateur Chambliss le lobbyiste Grover Norquist, artisan du "Serment pour la protection des contribuables", un texte signé par la quasi-totalité des élus républicains du Congrès qui les engage à refuser toute hausse d'impôts.

"Mais personne n'a voté en faveur d'une hausse des impôts", ajoute-t-il dans une interview accordée à Reuters.

Dans une tribune publiée par le Wall Street Journal, Rob Portman, sénateur républicain de l'Ohio et ancien représentant américain au Commerce, tout en notant son désaccord avec la volonté d'Obama d'accroître les impôts des plus riches, insiste : "Dans une négociation, il faut donner et prendre."

Les observateurs s'accordent pour dire que l'ambiance est à un accord. "On est sorti du théâtre Kabuki pour entrer dans une sorte de tango", a résumé le co-président de la commission sur la réduction des déficits, Erskine Bowles. "Et quand vous commencez à danser le tango, c'est qu'il y a une chance."

avec Kim Dixon et Fred Barbash, Pierre Sérisier et Henri-Pierre André pour le service français, édité par Marc Angrand et Gilles Trequesser

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  • Karama7 le mardi 11 déc 2012 à 14:54

    Ils vont nous la faire à l'Européenne "Une ultime dernière réunion de l'ultime dernière chance" qui va se solder par un accord ultime de la dernière minute le ... 30 Décembre à 23h58 . Et le Monde sera encore sauvé ... Merci Bruce Willis .

  • lelis le mardi 11 déc 2012 à 14:38

    On s'en fiche : quoi qu'il en soit, ils vont trouver une "solution" -> le rallye continuera au moins jusque, disons, le 7-8 janvier.