Le débat sur le mariage homosexuel passe de la rue à l'Assemblée

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DÉBAT À L'ASSEMBLÉE SUR LE MARIAGE HOMOSEXUEL
DÉBAT À L'ASSEMBLÉE SUR LE MARIAGE HOMOSEXUEL

PARIS (Reuters) - Partisans et adversaires du mariage et de l'adoption pour les couples homosexuels ont entamé mardi un débat marathon à l'Assemblée nationale sur la réforme sociétale la plus importante depuis l'abolition de la peine de mort en 1981.

Les opposants au projet de loi, qui ont gagné la bataille de la rue en faisant défiler trois fois plus de personnes que les pro-mariage gay, ne se font guère d'illusions sur leurs chances de remporter le même succès à l'Assemblée.

La majorité de gauche est en effet solide sur ce dossier, ce qui n'empêchera pas l'opposition de mener une guérilla parlementaire en défendant plus de 5.000 amendements pendant les deux semaines - week-ends compris - que durera le débat qui s'achèvera le 12 février par un vote solennel sur le texte.

"Je suis sûr qu'à la fin du débat une large majorité de parlementaires adoptera cette réforme pour plus d'égalité entre les hommes et les femmes", a dit le Premier ministre Jean-Marc Ayrault lors de la séance de questions au gouvernement.

"Ce n'est pas l'institution du mariage que l'on va affaiblir, on va l'élargir et la renforcer", a-t-il ajouté.

Rappelant le houleux débat parlementaire sur le Pacs, il y a 15 ans, le Premier ministre a estimé que les esprits allaient évoluer dans le camp des opposants au "mariage pour tous".

"Je prends le pari que demain, mesdames et messieurs les députés de l'opposition, beaucoup d'entre vous viendront me dire 'oui c'est une avancée, vous avez bien fait de le faire'".

"SÉRÉNITÉ" AU PARTI SOCIALISTE

Le président du groupe socialiste à l'Assemblée, Bruno Le Roux, a organisé ses troupes pour éviter de voir les députés de gauche mis en minorité par l'opposition sur tel ou tel article.

"Nous abordons ce débat avec une grande sérénité", a-t-il dit. Si "trois ou quatre" députés socialistes devraient selon lui manquer à l'appel, le groupe de la gauche démocrate et républicaine (GDR) annonce un soutien "massif" de ses députés et l'ensemble du groupe écologiste soutient la réforme.

Afin de couper l'herbe sous le pied de l'opposition qui accuse la majorité d'avoir empêché un débat préalable, le gouvernement a décidé de n'utiliser ni la procédure dite "accélérée", qui permet de réduire le nombre de navettes entre l'Assemblée et le Sénat, ni le "temps programmé", par lequel il est possible de limiter les temps de parole dans l'hémicycle.

Mais Jean-Marc Ayrault a dit s'attendre à "des tentatives de l'opposition de durcir le débat".

La droite, qui réclame l'abandon du projet de loi et un référendum, estime cependant qu'elle ne fait que son devoir.

"Nous ne sommes pas dans l'obstruction, nous sommes dans notre travail de parlementaires", a dit Christian Jacob, le président du groupe UMP, accusant le gouvernement et sa majorité de "tromper l'opinion avec certains sujets alors que les plans sociaux s'accumulent".

LES INTÉGRISTES CONTRE "LES FORCES DU MAL"

Une poignée de députés UMP devraient malgré tout voter le texte, de même que Jean-Christophe Lagarde, porte-parole du groupe UDI (centriste), et Jean-Louis Borloo, son président.

"La majorité du groupe votera contre", a souligné Christian Jacob, pour qui le fait que le gouvernement ait décidé de reporter l'examen de la procréation médicalement assistée (PMA), qui divise la majorité, montre qu'il y a double jeu.

Quelques heures avant l'ouverture du débat à l'Assemblée, les opposants au mariage gay avaient accroché des banderoles sur plusieurs ponts de Paris.

L'Institut Civitas, proche des milieux catholiques intégristes, a appelé dans la soirée à une veillée de prières devant l'Assemblée nationale afin de lutter "contre les forces du mal" et cette réforme "contre-nature".

La discussion générale - une soixantaine d'orateurs doivent se succéder à la tribune - sur le projet de loi verra l'opposition défendre ses motions de procédure et devrait se poursuivre jusqu'à mercredi soir.

Le débat reprendra vendredi, la journée de jeudi étant réservée à l'examen de propositions de loi présentées par le groupe écologiste.

Ce n'est que vendredi ou samedi que les députés entreront dans le vif du sujet avec l'examen de l'article premier de ce texte, qui supprime l'exigence de la différence des sexes comme condition du droit au mariage.

Emile Picy, édité par Yves Clarisse

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