Le débat sur la moralisation relance le duel Copé-Fillon

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LE DUEL COPÉ-FILLON RELANCÉ PAR LE DÉBAT SUR LA MORALISATION
LE DUEL COPÉ-FILLON RELANCÉ PAR LE DÉBAT SUR LA MORALISATION

par Sophie Louet

PARIS (Reuters) - Une nouvelle campagne interne s'esquisse à l'UMP sous couvert du débat sur la moralisation de la vie publique. En rendant public leur patrimoine, François Fillon et plusieurs de ses soutiens ravivent les tensions avec Jean-François Copé, opposé à ce "numéro de voyeurisme et d'hypocrisie".

Des élus proches du président de l'UMP accusent son ex -et peut-être futur- rival pour la direction du parti de cautionner à des fins tactiques "la manoeuvre de diversion" du gouvernement après l'affaire Cahuzac. "Ce suivisme pas exempt d'arrière-pensées est un cadeau fait aux socialistes", dit l'un d'eux.

"C'est un coup joliment joué pour Fillon", estime le politologue Thomas Guénolé.

"Fillon commence par dire immédiatement qu'il n'a rien à se reprocher et met sa déclaration de patrimoine sur la table. Que vont faire les médias? Ils vont demander sa déclaration de patrimoine à Jean-François Copé", ajoute-t-il.

L'ancien Premier ministre a dévoilé son patrimoine lundi sur France 2, de même que son ex-directeur de campagne Eric Ciotti.

Laurent Wauquiez, qui brûle d'affronter Jean-François Copé lors de la nouvelle élection à la présidence de l'UMP en septembre si son candidat François Fillon renonce, avait ouvert la voie faisant de même dimanche sur son blog.

LA GAUCHE VISE COPÉ "L'AVOCAT D'AFFAIRES"

Il s'en expliquait ainsi dans Le Journal du Dimanche: "On ne doit pas faire de la politique si on aime trop l'argent". Prônant une vaste "opération mains propres", il jugeait notamment nécessaire de garantir l'indépendance des parlementaires par rapport aux groupes de pression privés.

"Quand un parlementaire a d'autres engagements professionnels, il faut les rendre publics et communiquer les clients et les honoraires. Je pense notamment aux fonctions de conseil et d'avocat", ajoutait-il, dans une claire référence à Jean-François Copé.

Lors de sa nomination au poste de secrétaire général de l'UMP, en novembre 2010, Jean-François Copé, cible d'accusations de conflit d'intérêts, avait cessé d'exercer au sein du cabinet d'affaires parisien Gide-Loyrette-Nouel mais avait choisi de poursuivre son activité de conseil à titre individuel.

Un angle d'attaque aussi pour une gauche en grande difficulté depuis le déclenchement de l'affaire Cahuzac.

Mardi, lors des questions d'actualité à l'Assemblée, le ministre de l'Economie Pierre Moscovici, qui avait mis fin à ses activités de conseil lors de son élection à l'Assemblée en 2007, a dénoncé les "avocats d'affaires qui sont en même temps députés".

Le ministre des Relations avec le Parlement, Alain Vidalies, a ensuite visé implicitement Jean-François Copé et Christian Jacob, qui avaient été critiqués au sein de leur propre camp pour avoir voulu en décembre 2010 supprimer par voie d'amendement le délit de fausse déclaration pour les députés.

"Vous êtes moins fiers quand on vous rappelle votre passé", a lancé Alain Vidalies.

"STRIP-TEASE MORAL"

Jean-François Copé a déclaré mardi sur France 2 qu'il rendrait public son patrimoine "le jour où la loi le prescrira". Le gouvernement socialiste a annoncé un projet de loi de moralisation de la vie publique pour le 24 avril.

"Je ne concours pas à ce numéro de voyeurisme, d'hypocrisie", a-t-il expliqué. François Hollande, a-t-il dit, "souhaite jeter un écran de fumée pour faire oublier une affaire qui n'a rien à voir".

L'ex-ministre UMP Nadine Morano, proche de Jean-François Copé, a "regretté" sur France Inter que François Fillon "soit tombé dans cette démarche absolument démagogique". "Ce n'est pas parce que certains le font qu'ils ont raison".

"Je n'ai pas vocation ni au strip-tease moral ni à servir de serpillière", a commenté pour sa part le copéiste Christian Jacob, chef de file des députés UMP, sur Europe 1.

"Le débat sur la transparence ne me fait pas peur, on peut aller sur ce terrain-là, mais je n'accepte pas qu'on l'utilise comme une voie de diversion", a-t-il déclaré.

Face à Jean-François Copé, le thème de la moralisation publique est "un thème en or" pour François Fillon qui l'a accusé de pratiques mafieuses lors de l'élection contestée à la présidence de l'UMP à l'automne dernier, juge Thomas Guénolé.

Un positionnement qui pourrait briser le soupçon de consensus régnant à l'UMP depuis l'accord du 17 décembre entre "copéistes" et "fillonistes", craint un cadre du parti.

Edité par Yves Clarisse

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