Le CSA valide le rachat des chaînes Bolloré par Canal+

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FEU VERT SOUS CONDITIONS DU CSA AU RACHAT PAR CANAL+ DES CHAÎNES BOLLORÉ
FEU VERT SOUS CONDITIONS DU CSA AU RACHAT PAR CANAL+ DES CHAÎNES BOLLORÉ

par Gwénaëlle Barzic

PARIS (Reuters) - Le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) a annoncé mardi qu'il donnait son feu vert sous conditions au rachat par Canal+ des chaînes du groupe Bolloré Direct 8 et Direct Star, levant le dernier obstacle à l'offensive du spécialiste de la télévision payante dans le gratuit.

L'opération, qui devrait rebattre les cartes de la télévision gratuite, avait déjà reçu l'aval fin juillet de l'Autorité de la concurrence dans une décision également assortie d'une série de conditions.

Un an après l'annonce de l'accord conclu avec Bolloré, la chaîne payante va enfin pouvoir concrétiser ses ambitions dans le gratuit, relais de croissance jugé indispensable face à l'arrivée à maturation de son modèle payant et la concurrence de nouveaux acteurs aux noms de Google, Apple et Netflix.

Le feu vert du CSA va également permettre à l'entrepreneur Vincent Bolloré, qui recevra 22,4 millions d'actions Vivendi en contrepartie de la vente de ses chaînes, de monter à 4,5% du capital du conglomérat.

"Nous avons cherché à veiller à l'intérêt du téléspectateur - il faut que ce changement d'actionnaire se traduise par un plus, notamment en matière de programmes - et on a veillé à préserver les équilibres du secteur", a expliqué à Reuters Emmanuel Gabla, membre du CSA.

L'irruption attendue de Canal+ sur le marché de la télévision en clair a provoqué l'inquiétude de ses futurs concurrents, qui ont milité auprès du CSA pour un encadrement rigoureux du nouveau venu.

Ils redoutent en particulier qu'il n'utilise sa position dominante dans le payant avec ses 11 millions d'abonnements pour peser de tout son poids dans l'univers du gratuit.

Le CSA a en partie entendu leurs doléances en restreignant la capacité de la chaine cryptée à jouer de son double positionnement payant-gratuit, en renforçant ses contraintes de programmation et en augmentant ses obligations de financement de la création française.

UNE SEULE SOIRÉE DE SÉRIES US

Parmi les différentes mesures, Direct 8, désormais rebaptisée D8, ne pourra programmer qu'une seule soirée par semaine de séries inédites américaines, quand M6 consacre par exemple plus de deux soirées par semaine à ces programmes, souvent synonymes de forte audience.

Canal+ devra également attendre 18 mois pour recycler sur D8 ses séries maison comme "Braquo" et "Engrenages".

Le groupe de télévision payante devra par ailleurs dédier chaque année un tiers de ses financements de films français à des oeuvres d'un budget de moins de 7 millions d'euros afin d'accorder une plus large place aux productions modestes.

"La convention de D8 devient ainsi celle qui comporte le plus d'obligations parmi les conventions des chaînes en clair de la TNT lancées depuis 2005", souligne le CSA dans un communiqué.

Ces contraintes viennent s'ajouter à celles déjà prononcées par l'Autorité de la concurrence, qui avait notamment restreint la liberté de manoeuvre de la chaîne cryptée pour l'achat de programmes avec, par exemple, la limitation à un seul accord cadre ("output deal") avec une major américaine pour l'achat de droits combinés payant-gratuit.

Estimant avoir pris des engagements "très substantiels", Canal+ a indiqué dans un communiqué que le rachat des chaînes serait bouclé à la fin du mois.

A 17h20, l'action Vivendi cédait 1,77% alors que le marché parisien reculait de 0,86% dans le même temps.

"Tout était plutôt attendu. Canal+ avait la crainte que le CSA se montre dur, ils doivent considérer qu'ils s'en sortent bien", estime un analyste basé à Paris.

La filiale de Vivendi ne ménage pas ses ambitions pour D8, dont elle veut faire une chaîne "premium" avec un budget appelé à tripler d'ici trois ans pour atteindre 120 millions d'euros.

Réorientée vers les publics CSP+, elle a déjà commencé, avant même le feu vert du régulateur, à faire ses emplettes sur le marché des animateurs et des contenus.

La chaîne, dont la part d'audience plafonne aujourd'hui à un peu plus de 2% derrière TMC (TF1) et W9 (M6), pourrait devenir un concurrent sérieux sur un marché qui va passer de 19 à 25 acteurs en décembre.

Le groupe n'a pas perdu de temps en lançant moins de deux heures après la décision du CSA des invitations à la presse pour la présentation, jeudi, de ses nouvelles chaînes.

Avec Leila Abboud, édité par Dominique Rodriguez

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