Le crédit, actif vedette en 2012, conservera du potentiel en 2013

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par Raoul Sachs

PARIS (Reuters) - Les obligations d'entreprises ont encore de beaux jours devant elles mais elles ne rééditeront pas en 2013 la performance exceptionnelle qui en a fait les championnes des grandes classes d'actifs en 2012, estiment plusieurs professionnels de marché.

Dans un environnement de taux très bas, d'économies développées ralenties et de crise de la dette en zone euro qui a pesé sur les actifs risqués au cours du premier semestre, le crédit corporate a offert aux investisseurs à la fois un rendement attractif et une protection du capital que, par définition, les actions ne peuvent pas offrir.

La rémunération moyenne (coupon) payé par les émetteurs les mieux notés (catégorie investissement, IG) est tombée à un plus bas record de 2,5% en 2012, soit 5% de moins qu'il y a trois ans, illustrant la forte compression des primes de risque (spread) exigées par les prêteurs.

Des émetteurs bien notés ont ainsi pu se financer à des conditions équivalentes sinon meilleures que leur Etat d'origine. Parmi eux, Sanofi a émis en novembre 750 millions d'euros d'obligations de maturité 5 ans assorties d'un coupon de 1%, identique au titre de référence du Trésor français de même durée.

Selon Thomson Reuters, le taux moyen de financement des entreprises notées IG et dans la catégorie spéculative (haut rendement, HY) sur le marché du crédit en euro est tombé à un plus bas record de 4,18%.

A la différence des autres années, en 2012 le marché du crédit n'a pas connu, ou très brièvement, de trêve estivale, la Banque centrale européenne et son président Mario Draghi ayant déclenché fin juillet un dispositif qui s'apparente à la dissuasion nucléaire contre ceux qui pariaient sur un éclatement de la zone euro.

Les annonces de la BCE et sa nouvelle arme, l'OMT, n'ont pas seulement détendu les taux, devenus insoutenables, des pays en difficulté de la zone euro comme l'Espagne et l'Italie, elles ont aussi permis à leurs entreprises de revenir sur les marchés de capitaux qui leur étaient totalement fermés depuis 2011.

"Les astres étaient parfaitement alignés pour le crédit corporate en 2012 malgré un environnement macro difficile pour toutes les classes d'actifs", soulignent les stratégistes crédit de Société générale dans leurs perspectives 2013.

"Le triumvirat taux bas, rendements faibles et croissance faible a encouragé une démarche prudente des entreprises qui ont choisi de maintenir leur bilan sur la défensive pour une année encore", ajoutent-ils.

NOUVEAUX VENUS, BAISSE DE LA QUALITÉ DU CRÉDIT

Pour les investisseurs, cela s'est traduit par des retours sur investissement de 12% à 13% sur le crédit noté IG et de 20% sur le crédit HY.

"La chasse au rendement est restée un thème important (...) et le crédit, notre classe d'actifs préférée, a donné des rendements équivalents aux actions sans la volatilité des actions", expliquent les stratégistes "cross asset" de Morgan Stanley qui, eux aussi, estiment que le HY restera un bon investissement sans atteindre la performance de 2012.

Si la plupart des sociétés de gestion et brokers penchent pour le renforcement progressif des positions actions en 2013, ils conservent une surpondération crédit, HY notamment, en attendant que le scénario, largement partagé, de reprise aux Etats-Unis et dans les pays émergents en 2013 se vérifie et d'une sortie de récession pour la zone euro fin 2013 et en 2014.

La poursuite des politiques non conventionnelles ultra-accommodantes des banques centrales et le maintien de taux bas, devraient continuer à soutenir le marché du crédit corporate, qui a vu aussi en 2012 le grand retour des banques, plus ou moins interdites de séjour depuis le début de la crise financière en 2008.

Les stratégistes de Société générale estiment qu'en 2013 la performance du crédit IG (noté de AAA à BBB-) pourrait se situer autour de 4%, et autour de 9% pour le HY (noté sous BB+ jusqu'au défaut).

L'année 2012 aura été la deuxième meilleure année sur le marché de l'euro en termes d'émissions après 2009.

Les entreprises, confrontées à un resserrement du crédit bancaire du fait des nouvelles réglementations (Bâle III), ont saisi les opportunités pour préfinancer leurs futures échéances.

Les non-financières notées IG ont émis plus de 190 milliards d'euros, celles de la catégorie HY 31 milliards d'euros.

Société générale table pour 2013 sur 160 milliards d'euros d'émissions IG non financières et 30 milliards d'euros en HY.

Selon l'agence Standard & Poor's, une des caractéristiques de 2012 a été l'ouverture du marché du crédit en euro à des entreprises ayant une qualité de crédit moyenne. Ainsi, 55% des entreprises de la zone euro sont notées sous "BBB-", la note moyenne se situant à "BB+", le haut de la catégorie HY.

Edité par Dominique Rodriguez

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