Le coût de la dette espagnole grimpe, Bankia plonge

le
0
Le coût de la dette espagnole grimpe, Bankia plonge
Le coût de la dette espagnole grimpe, Bankia plonge

par Julien Toyer et Sarah White

MADRID (Reuters) - Le rendement de la dette espagnole bondissait lundi, alors que plongeait Bankia, en réaction à l'annonce par Madrid d'un plan d'une aide financière à la quatrième banque espagnole qui pourrait plomber davantage les finances publiques du pays.

Le chef du gouvernement Mariano Rajoy a pour sa part estimé que la hausse des coûts de financement de l'Espagne était imputable aux craintes entourant l'avenir de la zone euro, excluant une fois de plus tout soutien extérieur à son secteur bancaire.

"Il y a des doutes majeurs sur la zone euro et cela rend la prime de risque très élevée pour certains pays. C'est pourquoi ce serait bien d'envoyer un message clair, comme quoi il n'y a pas de retour en arrière pour la zone euro", a déclaré Mariano Rajoy lors d'une conférence de presse.

"Il n'y aura aucun sauvetage (européen) pour le secteur bancaire espagnol", a-t-il ajouté, avant d'appeler à son tour à ce que le fonds de secours permanent de la zone euro - le Mécanisme européen de stabilité (MES) qui sera instauré en juillet - puisse prêter directement aux banques de la région.

De sources gouvernementales ont déclaré ce lundi que Madrid envisageait de recapitaliser Bankia avec des titres de dette souveraine, qui seraient échangés contre des actions de la banque en difficulté. Cette méthode pourrait servir à aider d'autres établissements de crédit fragilisés, au risque de faire grimper l'endettement du pays au-delà du niveau de 79,8% du produit intérieur brut (PIB) attendu pour cette année.

"La solution a été utilisée par l'Allemagne et l'Irlande par le passé, elle est parfaitement valide (...)", a dit l'une des sources à Reuters, précisant que si le gouvernement espagnol était régulièrement en contact avec la Banque centrale européenne (BCE) au sujet de la recapitalisation des banques du pays, l'institution de Francfort n'avait pas été spécifiquement informée des termes du projet de soutien à Bankia.

Le titre de la banque a plongé de près de 30% lundi dans les premiers échanges à la Bourse de Madrid, réagissant ainsi à sa demande, formulée vendredi, d'une nouvelle aide publique de 19 milliards d'euros.

Vers 14h00 GMT, le titre Bankia reculait encore de 13,06% à 1,365 euro alors que l'indice regroupant les valeurs bancaires européennes cédait 1,06% et l'indice Ibex 35 de la Bourse de Madrid 1,96%.

La montée ininterrompue des créances douteuses des banques espagnoles depuis l'éclatement de la bulle immobilière en 2008 et les dettes des 17 régions du pays font craindre une amplification de la crise de la zone euro, surtout si Madrid devait demander une aide internationale, comme l'Irlande, le Portugal et la Grèce.

La prime demandée aux investisseurs pour détenir des titres de dette espagnols plutôt qu'allemands - référence du marché obligataire - a ainsi atteint lundi un nouveau record depuis la création de la zone euro.

LE TRÉSOR ESPAGNOL SE VEUT RASSURANT

L'écart de rendement entre les obligations espagnoles à 10 ans avec les Bunds de même échéance a ainsi atteint 512 points de base. Le rendement du papier à 10 ans émis par Madrid a atteint plus de 6,5%, un plus haut depuis novembre 2011.

Le coût supporté par Madrid pour se financer, qui avait reculé à près de 4,7% au début de l'année à la faveur des injections massives de liquidité à trois ans de la BCE, s'approche de nouveau de son record historique de 6,8% et du niveau de 7% jugé intenable sur le moyen terme.

C'est d'ailleurs à partir de ce niveau de rendement que l'Irlande et le Portugal avaient été contraints de solliciter une aide internationale.

Le Trésor espagnol s'est voulu rassurant quant à la capacité du pays à rembourser ses titres de dette arrivant à échéance.

"Nous sommes en très bonne position (pour honorer les échéances)", a dit Ignacio Fernandez Palomero, vice-directeur de la dette publique au sein du Trésor, faisant référence à des titres arrivant à maturité en juillet et en octobre.

Mais le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy a déclaré de son côté que le pays éprouverait des difficultés à se financer s'il ne réduisait pas ses déficits.

Natalie Huet et Benoit Van Overstraeten pour le service français, édité par Nicolas Delame

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant