Le couple Hollande-Valls menacé de cohabitation

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RISQUE DE COHABITATION ENTRE FRANÇOIS HOLLANDE ET MANUEL VALLS
RISQUE DE COHABITATION ENTRE FRANÇOIS HOLLANDE ET MANUEL VALLS

par Julien Ponthus

PARIS (Reuters) - François Hollande et son nouveau Premier ministre Manuel Valls multiplient les déclarations de bonne entente mais si le nouveau couple exécutif se veut "fusionnel", il court le risque à terme de vivre une forme de cohabitation, estiment des analystes.

Le chef de l'Etat l'a dit au Monde daté de jeudi : il souhaite travailler de manière "quasiment fusionnelle" et "totalement imbriquée" avec son nouveau Premier ministre après avoir réorganisé de fond en comble l'appareil gouvernemental.

Dans l'opposition, on évoque pourtant déjà les relations tendues qu'entretenaient entre 1988 et 1991 le très florentin François Mitterrand, modèle de François Hollande, avec son Premier ministre Michel Rocard, partisan du "parler vrai" dont Manuel Valls a fait mardi sa marque de fabrique.

Populaire et défenseur d'une ligne économiquement plus libérale que celle du Parti socialiste de l'époque, l'éternel rival de François Mitterrand a passé les trois ans de son bail à Matignon sous la pression constante du président.

Pour Jérôme Sainte-Marie, président de l'institut de sondage Polling Vox, la nomination à Matignon de Manuel Valls, tenant de l'aile droite du PS, permet à François Hollande d'apparaître comme garant des valeurs de gauche, rôle qu'avait joué François Mitterrand quand il partageait le pouvoir avec Michel Rocard.

"Cela ressemble presque à une petite cohabitation", estime-t-il dans une tribune diffusée par Les Echos.

Pour Frédéric Dabi, directeur du département Opinion de l'Ifop, la comparaison est un peu excessive.

"Il n?y a aucun signe objectif récent qui montre qu?il y a une tension entre le couple exécutif comme il y en a eu à l?époque de Mitterrand", estime-t-il, rappelant que Manuel Valls a été le premier à se rallier à François Hollande après avoir échoué à la primaire présidentielle du parti socialiste.

"Le tandem Hollande-Valls a bien fonctionné pendant la campagne", dans laquelle Manuel Valls était directeur de la communication, rappelle-t-on aussi à l'Elysée.

VALLS DEUX FOIS PLUS POPULAIRE QUE HOLLANDE

Pour Frédéric Dabi, la comparaison avec l'époque de François Mitterrand tient plutôt au fait que François Hollande, comme François Mitterrand avant lui, doit composer avec un Premier Ministre deux fois plus populaire que lui.

Selon le dernier sondage Ifop publié mercredi dans Paris Match, la cote d'approbation de François Hollande se situe à 26% contre 58% pour son ancien ministre de l'Intérieur.

Frédéric Dabi estime que ce différentiel pourrait créer des tensions à terme dans l'entourage des deux hommes.

Certains politologues imaginent déjà des scénarios où Manuel Valls, resté populaire, pourrait se présenter à l'élection présidentielle à la place de François Hollande.

Pour ces derniers, le fait que François Hollande ait placé une majorité de ses proches au gouvernement, montre qu'il tient à garder son Premier ministre sous surveillance.

"Dire aujourd?hui que cela va mal se terminer, je ne le dirai jamais parce que personne ne le sait", tranche de son côté Frédéric Dabi, refusant de faire de la "politique fiction".

CHURCHILLIEN, MENDÉSISTE, BONAPARTISTE

Le discours de politique générale volontariste de Manuel Valls, notamment son attaque frontale contre le "millefeuille" territorial, a pu aux yeux de l'opinion l'installer aux commandes de la machine étatique.

Cette analyse est contestée par le Premier ministre, qui a déclaré à BFMTV que c'est au contraire le président qui s'était montré le plus audacieux sur le contenu du discours.

"Il l'a rendu plus clair, plus net", a-t-il dit alors qu'à l'Elysée on assure que les deux hommes sont en symbiose.

"C'était un discours parfaitement cohérent avec la feuille de route du président", explique un proche de François Hollande.

Pourtant, la posture du Premier ministre, qui a évoqué le général de Gaulle ou le président du conseil Pierre Mendès France, partisan d'un discours de vérité, pourrait concurrencer la fonction de guide du chef de l'Etat.

"Manuel Valls occupant un terrain à la fois churchillien, mendésiste, et un peu bonapartiste, il empiète dans la symbolique présidentielle", estime Stéphane Rozès, président de la société Conseils, Analyses et Perspectives (Cap).

Pour le politologue, les deux hommes doivent clairement se répartir les rôles.

"Manuel Valls, cela doit être le cap et François Hollande, la destination", estime Stéphane Rozès.

(Edité par Yves Clarisse)

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  • M5062559 le mercredi 9 avr 2014 à 18:12

    J'en ai rien à cirer de ce genre de commentaires. la France va vers la faillite. Elle a besoin de vrais réformes et qu'on parle de solutions avec la pédagogie adaptée.

  • LeRaleur le mercredi 9 avr 2014 à 18:06

    Valls a été choisi uniquement pour l'empêcher de briguer 2017. À ce moment,comme « 0 », il aura prouvé son incapacité.