Le conflit syro-irakien menace de s'étendre à la Turquie

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* L'aviation turque a bombardé deux bases du PKK * Öcalan menace de rompre les négociations de paix * Ankara refuse toujours d'intervenir à Kobani * Kurdes et Occidentaux lui demandent de laisser passer l'aide par Daren Butler et Humeyra Pamuk ISTANBUL/SURUC, Turquie, 14 octobre (Reuters) - La guerre contre les djihadistes de l'Etat islamique (EI) en Syrie et en Irak menace de plus en plus le processus de paix avec les Kurdes en Turquie après le bombardement mardi par l'aviation turque de combattants du PKK, furieux de l'inaction d'Ankara à Kobani. Sans confirmer le raid aérien, l'armée turque a dit avoir riposté "de la façon la plus ferme" à des tirs de mitrailleuses et de roquettes essuyés depuis trois jours par les soldats d'un poste militaire avancé dans l'est du pays, près de la frontière avec l'Irak. Le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) a aussitôt accusé la Turquie d'avoir violé le cessez-le-feu en vigueur depuis deux ans, déjà fragilisé par la mort la semaine dernière de 35 personnes dans des manifestations de soutien aux Kurdes qui défendent la ville syrienne de Kobani face à l'EI, sous le regard impassible de l'armée turque. "Pour la première fois depuis deux ans, un raid aérien a été mené contre nos forces par l'armée d'occupation de la République de Turquie", a dit le PKK. "Ces attaques contre deux bases de la guérilla à Daglica violent le cessez-le-feu." Les Kurdes reprochent à la Turquie non seulement de ne pas intervenir à Kobani, assiégée depuis bientôt un mois par l'EI, mais aussi d'empêcher la livraison d'aide aux combattants kurdes syriens qui la défendent. Mardi, le gouvernement autonome du Kurdistan irakien a déclaré avoir expédié une aide militaire à Kobani, mais selon certains Kurdes, Ankara a refusé de le laisser passer sur son territoire et les combattants retranchés dans Kobani disent n'avoir rien reçu. ID:nL6N0S9244 La Turquie devrait subir de nouvelles pressions pour ouvrir sa frontière lors d'une réunion, prévue mardi soir à Washington, de responsables militaires de la vingtaine de pays qui ont rejoint la coalition formée par Barack Obama pour lutter contre l'EI. ID:nL6N0S90M0 ULTIMATUM D'ÖCALAN Le chef emprisonné du PKK, Abdullah Öcalan, a de son côté menacé la semaine dernière de rompre les négociations de paix si rien n'est fait d'ici ce mercredi. "Nous allons attendre jusqu'au 15 octobre. Ensuite, nous ne pourrons plus rien y faire", a-t-il dit, selon son frère qui lui a rendu visite en prison. Le président turc Recep Tayyip Erdogan s'est jusqu'à présent montré inflexible, exigeant avant toute intervention que la coalition constituée par les Etats-Unis lutte aussi contre le régime du président syrien Bachar al Assad et impose une zone d'exclusion aérienne dans le nord de la Syrie pour permettre aux réfugiés de s'y installer. La Turquie héberge 1,2 million de réfugiés syriens, dont 200.000 Kurdes qui ont fui la région de Kobani ces dernières semaines. A Kobani, les combattants des Unités de protection populaire (YPG), le principal groupe armé kurde syrien, tiennent toujours tête aux djihadistes, même si ceux-ci ont désormais investi une grande partie de la ville frontalière, également appelée Aïn al Arab. "Il y a de violents combats, sans que (l'EI) ne recule ni ne progresse. Hier, il a fait exploser trois voitures piégées dans l'est de Kobani", a déclaré Öcalan Iso, numéro deux du Conseil de défense de Kobani, joint au téléphone par Reuters. L'armée américaine a annoncé mardi avoir mené 21 frappes aériennes ces deux derniers jours aux abords de la ville, ce qui a permis, selon elle, de "ralentir" l'avancée des djihadistes. Dans la ville turque de Suruc, à une dizaine de kilomètres de la frontière, des centaines de Kurdes se sont rassemblés mardi pour les funérailles de quatre combattantes tombées à Kobani, chantant "Erdogan assassin" en turc et "longue vie aux YPG" en kurde. "L'EI EST PARTOUT DANS LA VILLE" Pour Sehahmed, 42 ans, venu se recueillir sur la tombe de son fils, tué il y a quelques jours à Kobani, la chute de la ville apparaît désormais inévitable. "Cela fait des jours que (les Turcs) nous regardent mourir. Obama aussi s'y prend trop tard. L'EI est maintenant à l'intérieur de Kobani, dans les rues de la ville. Les frappes aériennes ne marcheront pas, cela ne fera que retarder l'inévitable. C'est trop tard pour nous. Nous allons de catastrophe en catastrophe." Face à Kobani, du côté turc de la frontière, les familles des défenseurs de la ville assistent, impuissants, au spectacle des combats. "J'entends dire que (les djihadistes) contrôlent l'Est et le Sud-Est mais en réalité, ils sont partout dans la ville. C'est pour cela qu'il y a des combats un peu partout", commente Adil Semo, 28 ans. Non loin de lui, Omar enrage contre des vies sacrifiées alors qu'elles auraient "pu être sauvées en recevant de l'aide, même une heure avant leur mort". Si dans le nord de l'Irak, les peshmergas kurdes et les forces gouvernementales ont réussi à reprendre aux djihadistes une partie des territoires que ces derniers avaient conquis cet été, il n'en va pas de même en Syrie, où l'EI ne cesse d'étendre son emprise dans le nord-est du pays. Après avoir totalement chassé les forces de Bachar al Assad de la province de Rakka en prenant la base aérienne de Takba en août, le groupe extrémiste essaie apparemment d'en faire de même dans la province de Daïr az Zour. Mardi, une dizaine de soldats syriens ont été tués à proximité d'une des dernières bases du régime de Damas dans cette province orientale, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). ID:nL6N0S93VX (Tangi Salaün pour le service français)

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  • 35924358 le mardi 14 oct 2014 à 20:47

    EI, Hamas, H.ezbollah, Al Qaida... Que du bonheur.