Le conducteur du train de Compostelle garde le silence

le
0
LE CONDUCTEUR DU TRAIN DE COMPOSTELLE GARDE LE SILENCE
LE CONDUCTEUR DU TRAIN DE COMPOSTELLE GARDE LE SILENCE

par Teresa Medrano et Tracy Rucinski

SAINT-JACQUES-DE-COMPOSTELLE, Espagne (Reuters) - Le conducteur du train qui a déraillé mercredi près de Saint-Jacques-de-Compostelle, faisant au moins 78 morts, a refusé de parler aux enquêteurs qui devaient l'interroger vendredi, rapporte la presse espagnole.

Les policiers cherchent à savoir si l'hypothèse généralement avancée - une vitesse excessive dans une courbe dangereuse - est bien à l'origine de la catastrophe.

Le bilan a été ramené de 80 à 78 morts, dont trois n'ont pas encore été identifiés, et 81 blessés sont toujours hospitalisés, dont une trentaine dans un état grave.

Quatre étrangers au moins figurent parmi les morts - un Américain, un Italien, un Mexicain et un Algérien. Un Français pourrait également avoir été tué.

L'un des deux conducteurs du train, Francisco Jose Garzon, âgé de 52 ans, est officiellement en garde à vue mais n'a pas été inculpé. Hospitalisé après l'accident, on ignore la gravité de ses blessures.

Il est soupçonné d'avoir provoqué l'accident par son imprudence, a déclaré le chef de la police de Galice, Jaime Iglesias.

Une porte-parole de la Cour suprême de Galice a précisé que les "boîtes noires" du train étaient toujours en cours d'examen et que les enquêteurs rassemblaient tous les éléments pour établir la cause exacte de la catastrophe.

Après le roi Juan Carlos et la reine Sofia la veille, le prince héritier Felipe et son épouse Letizia se sont rendus vendredi au chevet des blessés et auprès des secouristes.

UN CONDUCTEUR EXPÉRIMENTÉ

La Renfe, la compagnie de chemins de fer espagnole qui emploie Francisco Jose Garzon depuis trente ans, a indiqué qu'il avait dix ans d'expérience dans la conduite des trains et qu'il opérait sur cette ligne depuis environ un an. Le matin de la tragédie, il avait conduit un train sur la même ligne entre La Corogne et Madrid, un trajet qu'il connaissait bien.

Selon plusieurs médias locaux, le train, qui n'était pas en retard, a abordé le virage dangereux où il a déraillé à 190 km/h, alors que la vitesse sur cette portion est limitée à 80 km/h.

Il s'agit de l'une des pires catastrophes ferroviaires de ces vingt-cinq dernières années en Europe et le président du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, a déclaré trois jours de deuil national.

Le trafic a repris vendredi matin sur la ligne, sur les voies parallèles à celle de l'accident.

La sécurité des transports ferroviaires en Espagne est supérieure à la moyenne européenne, selon l'Agence ferroviaire européenne qui classe ce pays au 18e rang sur 27 pays en termes de morts par kilomètre transporté sur le rail.

Entre 2008 et 2011, on a dénombré 218 accidents de train en Espagne, contre une moyenne de 426 au sein des pays de l'Union européenne.

NOMBREUSES QUESTIONS

L'enquête va devoir répondre à de nombreuses questions: pourquoi le train roulait-il si vite? Le conducteur n'a-t-il pas tenu compte des limitations de vitesse dans un virage serré? Les freins ont-ils lâché? Y avait-il un système de sécurité contraignant le train à ralentir en cas de dépassement?

Habitants de la ville, pèlerins et touristes, tous privés des fêtes de la Saint-Jacques annulées jeudi, se sont rendus en masse sur les lieux de la catastrophe pour observer les opérations d'enlèvement des voitures du train et de déblaiement des voies.

La presse espagnole rapporte des témoignages selon lesquels Francisco Jose Garzon, qui a aidé à porter secours aux victimes, aurait crié au téléphone après l'accident : "j'ai déraillé, qu'est-ce que je fais ?".

Une vidéo prise par les caméras de surveillance et diffusée sur le site d'El Pais montre le train aborder très rapidement le virage avant de dérailler et de se fracasser contre un mur qui borde les rails.

Le train accidenté était sorti des ateliers du constructeur Bombardier et Talgo il y a environ cinq ans.

L'accident est l'un des plus graves survenus ces vingt-cinq dernières années en Europe, le plus meurtrier restant l'accident de Kaprun en Autriche. Un incendie dans le tunnel d'un funiculaire avait enflammé en 2000 un train bondé de skieurs, faisant 155 morts.

Avec Julien Toyer; Jean-Loup Fiévet, Pascal Liétout et Guy Kerivel pour le service français

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant