Le "collectionneur" remilitarisait des Kalachnikov

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PARIS (Reuters) - Un homme interpellé avec deux "grossistes" présumés remilitarisait des Kalachnikov de collection dans le but présumé d'alimenter le grand banditisme ou des revendeurs de drogue de la région parisienne et du sud de la France.

La saisie d'un important arsenal à Danjoutin, bourgade de 3.500 habitants du Territoire-de-Belfort, confirme "la banalisation des armes de guerre" en France, a souligné mercredi François Molins, le procureur de la République de Paris.

Des Kalachnikov ont notamment été utilisées lors de plusieurs règlements de comptes dans les Bouches-du-Rhône, qui ont fait 19 morts depuis le début de l'année.

Les enquêteurs ont saisi près de Belfort 20 Kalachnikov, 9 fusils d'assaut M16 ou Zastava, 4 pistolets-mitrailleurs et 20 kilos de TNT, notamment.

Le principal suspect, âgé de 47 ans, se présentait comme un collectionneur, mais pour Christian Lauthion, le directeur central de la police judiciaire, "c'est avant tout un bon trafiquant d'armes et un bon armurier".

"C'est un véritable orfèvre en la matière", a-t-il dit lors d'une conférence de presse conjointe avec François Molins.

La plupart des Kalachnikov avaient été achetées à une société vendant en toute légalité ce type d'armes démilitarisées. "Elles sont passées par l'Allemagne", a dit Christian Lauthion.

Une fois "remise à niveau", chaque pièce pouvait se revendre 2.000 euros, a-t-il précisé.

"L'armurier", qui s'était un temps spécialisé dans la fabrication de silencieux, s'était procuré les autres armes lors de "bourses de collectionneurs", avant de les rendre de nouveau opérationnelles.

HAUSSE DES SAISIES EN 2011

Selon les enquêteurs, les saisies d'armes de guerre sont rares. "Je n'ai pas vu une saisie de Kalachnikov de cet ordre depuis 2007", a dit le directeur central de la PJ.

Les policiers en ont trouvé dernièrement une dizaine dans le coffre d'une voiture abandonnée par un automobiliste lors d'un contrôle de routine.

Selon le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, le nombre d'armes saisies est passé à 3.910 en 2011, contre 2.710 en 2010, mais plus de 4.000 avaient été récupérées en 2005 et 2006. Il y avait toutefois peu d'armes de guerre dans le lot.

La saisie de Belfort a été déclenchée par l'Office central de lutte contre la criminalité organisée (OCLCO) à la suite de la surveillance, depuis mai dernier, d'un habitant de la banlieue parisienne fiché au grand banditisme.

Les enquêteurs ont constaté que cet homme de 68 ans se procurait des armes auprès du "collectionneur" de Belfort.

Ils ont ensuite suivi ce dernier alors qu'il passait des "vacances" en Haute-Corse chez un insulaire soupçonné d'avoir appartenu dans le passé au groupe armé Armata Corsa.

Le 22 septembre, le Corse a été arrêté alors qu'il s'était rendu à Danjoutin pour faire son "marché" en armes de gros calibre. Une partie des armes saisies se trouvaient dans sa voiture, dans des caches spécialement aménagées.

Les trois hommes, qui ont été placés en garde à vue, seront présentés à un juge d'instruction en vue de leur mise en examen pour importation d'armes de guerre, notamment, a précisé le procureur de Paris.

Gérard Bon, édité par Yves Clarisse

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