Le chef du bureau de Reuters à Bagdad, menacé, quitte l'Irak

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LONDRES, 11 avril (Reuters) - Le chef du bureau de Bagdad de Reuters, Ned Parker, a quitté l'Irak après avoir reçu des menaces sur Facebook et été critiqué par une chaîne de télévision d'un groupe paramilitaire chiite après un reportage de Reuters la semaine dernière sur des exactions commises dans la ville de Tikrit. Les menaces contre le journaliste ont commencé le 5 avril sur une page Facebook en Irak gérée par un groupe disant s'appeler "Le Marteau". Ce groupe serait lié à des groupes chiites armés, apprend-on auprès des services de sécurité. La page du 5 avril et des commentaires ultérieurs demandaient l'expulsion du journaliste d'Irak. Un des commentateurs affirmait que tuer Ned Parker était "la meilleure façon de le réduire au silence", plutôt que de l'expulser. Trois jours plus tard, Al-Ahd, une chaîne de télévision propriété du groupe armé Asaib Ahl al Hak, soutenu par l'Iran, a diffusé des informations sur le chef du bureau de Reuters et une photo de lui. Le journaliste et Reuters étaient accusés de dénigrer l'Irak. Les téléspectateurs étaient appelés à exiger l'expulsion de Ned Parker. Le département d'Etat américain a fait part de "sa préoccupation" auprès du gouvernement irakien après la diffusion de ces informations, a indiqué un de ses porte-parole, Michael Lavallee. Dans un reportage du 3 avril, Ned Parker et deux collègues décrivaient les violations des droits de l'homme à Tikrit après la libération de la ville, qui était occupée par les extrémistes sunnites de l'Etat islamique, par les forces gouvernementales épaulées par les milices chiites soutenues par l'Iran. Deux journalistes de Reuters dans la ville ont été témoins du lynchage d'un combattant de l'EI par la police fédérale irakienne. La dépêche de Reuters décrivait aussi des pillages et des incendies volontaires dans la ville, attribués par les politiques locaux aux milices soutenues par l'Iran. Reuters maintient sa version des faits, a déclaré une porte-parole de l'agence de presse. A la demande de Reuters, Facebook a supprimé cette semaine une série de messages menaçants dans ses pages. Ces menaces contre Reuters s'inscrivent apparemment dans la lutte pour le pouvoir à l'oeuvre en Irak. Le pays est divisé entre sa majorité chiite qui domine le gouvernement et sa minorité sunnite qui a été au pouvoir sous la dictature de Saddam Hussein. Le Premier ministre, Haïdar al Abadi, un chiite modéré, tente de vaincre les sunnites fondamentalistes de l'Etat islamique tout en tentant de rétablir la confiance avec la communauté sunnite en général. Pour cette reconquête, il s'appuie sur des milices paramilitaires soutenues par l'Iran, l'armée irakienne, en pleine reconstruction, n'étant pas en état de lutter seule. Ces forces paramilitaires, dont Asaib Ahl al Hak, critiquent régulièrement la couverture du conflit irakien par les médias occidentaux. Selon le Comité pour la protection des journalistes, au moins 15 journalistes ont été tués en Irak depuis le début 2013. (Edité par Michael Williams et Simon Robinson; Danielle Rouquié pour le service français)

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