Le cessez-le-feu semble s'installer dans l'est de l'Ukraine

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par Natalia Zinets et Anton Zverev KIEV/MAKIYVSK, Ukraine, 25 février (Reuters) - Le cessez-le-feu attendu de longue date dans l'est de l'Ukraine semblait s'installer mercredi entre troupes gouvernementales et séparatistes prorusses, qui ont commencé à retirer leurs armes lourdes de la ligne de front, conformément aux accords de paix conclus à Minsk il y a bientôt deux semaines. L'armée ukrainienne, qui a perdu la ville de Debaltseve depuis l'entrée en vigueur théorique de la trêve, dit toutefois encore craindre une offensive des rebelles en direction de Marioupol, dernière grande ville contrôlée par Kiev dans la région du Donbass, que le Kremlin qualifie désormais de "Nouvelle Russie". Le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, qui a reçu mardi ses homologues ukrainien, russe et allemand, a déclaré mercredi avoir prévenu la Russie qu'elle s'exposerait à de nouvelles sanctions de l'Union européenne si Marioupol était attaquée. "On a dit clairement aux Russes que s'il y avait une attaque des séparatistes en direction de Marioupol, les choses seraient complètement bouleversées, y compris en termes de sanctions", a déclaré le ministre des Affaires étrangères sur France Info. ID:nL5N0VZ1I1 Les signes d'apaisement à l'Est n'ont pour le moment pas profité à la monnaie ukrainienne, la hryvnia, nouvelle source d'inquiétude pour une économie au bord de la banqueroute. La banque centrale ukrainienne a tenté mercredi de ralentir le décrochage de la monnaie nationale en interdisant aux banques d'acheter des devises étrangères pour le compte de leurs clients jusqu'à la fin de la semaine. ID:nL5N0VZ1M4 CONTRÔLE DES CHANGES Ce contrôle des changes, critiqué par le gouvernement qui a dit ne pas avoir été consulté, n'a pas eu d'effet spectaculaire. A Kiev, les bureaux de change privés échangeaient toujours mercredi matin le dollar, en quantité limitée, contre 39 hryvnia, soit un taux de change 20% inférieur à celui affiché par les banques, dans lesquelles le billet vert n'est de toute façon plus disponible. Dans l'est du pays, les rebelles assurent vouloir respecter la trêve depuis la conquête de Debaltseve. L'un de leurs chefs, Edouard Bassourine, a affiché mardi sa détermination à contrôler la totalité des provinces de Louhansk et Donetsk, dont Marioupol, mais par le biais de "négociations avec l'Ukraine". Des journalistes de Reuters sur le terrain ont constaté qu'un certain nombre d'armes lourdes, dont plusieurs dizaines d'obusiers, avaient été retirées de la ligne de front mardi et mercredi, notamment dans les environs de la ville de Makiyvka, proche de Donetsk. Mardi soir, les séparatistes ont affirmé avoir retiré une centaine de canons et assuré que les observateurs de l'OSCE, qui supervisent l'application des accords dits de "Minsk 2", seraient habilités dans les prochains jours à vérifier le retrait total des armes lourdes. A Moscou, le ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a plaidé mercredi pour un rôle accru de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, tout en souhaitant que les observateurs jouent un rôle "honnête, objectif et impartial". ID:nL5N0VZ29I L'OSCE a dit ne pas être en mesure de confirmer le retrait des armes lourdes pour le moment, les deux camps n'ayant pas dit combien ils en avaient déployé avant l'entrée en vigueur de la trêve. AUCUN MORT RECENSÉ DEPUIS 24 HEURES L'organisation a en outre signalé des tirs dans plusieurs secteurs, dont celui de la ville côtière de Chirokine, sur la route de Marioupol, où les autorités de Kiev ont également fait état de combats. L'armée ukrainienne a néanmoins reconnu mercredi matin que le nombre de violations du cessez-le-feu avait "diminué de manière significative" pour la seconde nuit consécutive et que les 24 dernières heures avaient été les plus calmes depuis la signature des accords de Minsk le 12 février. Aucun incident n'a été signalé à proximité immédiate de Donetsk, Louhansk et Marioupol, a-t-elle précisé, alors que les rebelles y avaient tiré au canon et au mortier à quinze reprises la veille. Notant qu'aucun soldat ukrainien n'a été tué depuis 24 heures, pour la première fois depuis des semaines, le porte-parole de l'armée Andriy Lissenko s'est néanmoins montré prudent: "Pour le moment, il n'y a pas encore d'ordre de retrait des armes, les combattants n'ayant pas totalement mis en oeuvre le premier point des accords de Minsk, qui est la cessation de toute hostilité." Les pays occidentaux pensent qu'en renforçant la continuité du territoire rebelle, la prise de Debaltseve pourrait avoir donné satisfaction à Vladimir Poutine, dont l'objectif est selon eux d'instaurer un "conflit gelé", comme en Géorgie et en Moldavie, où Moscou soutient des "républiques" séparatistes échappant au contrôle du pouvoir central. La mise en oeuvre du cessez-le-feu et le gel des positions pourraient de ce point de vue satisfaire les ambitions du Kremlin. Les armes s'étant presque tues dans le Donbass, le conflit entre la Russie et l'Ukraine est cependant déjà revenu sur un autre terrain, celui des livraisons de gaz naturel. Kiev a accusé mardi Moscou de ne pas lui avoir livré tout le gaz prépayé et a donc suspendu ses versements. La Russie a riposté en menaçant d'interrompre à nouveau ses livraisons. (Tangi Salaün pour le service français, édité par Marc Angrand)

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