Le cessez-le-feu en Syrie de plus en plus fragile

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LE CESSEZ-LE-FEU EN SYRIE DE PLUS EN PLUS FRAGILE
LE CESSEZ-LE-FEU EN SYRIE DE PLUS EN PLUS FRAGILE

par Oliver Holmes

BEYROUTH (Reuters) - Quatre jours après son entrée en vigueur formelle, le cessez-le-feu en Syrie paraissait dimanche de plus en plus menacé malgré l'arrivée dans la soirée des premiers observateurs de la trêve avec l'aval des Nations unies.

Selon un responsable de la sécurité syrienne cité par la télévision d'Etat, le gouvernement de Damas a l'intention de stopper les attaques des groupes "terroristes" -qualificatif désignant les opposants au président Bachar al Assad- qui ont "augmenté par dizaines" depuis le début de la trêve, jeudi.

L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), basé en Grande-Bretagne, a de son côté signalé la mort de trois personnes dans des bombardements à Homs (centre).

Un premier groupe de six observateurs est attendu dimanche soir en Syrie et entamera sa mission dès le lendemain, a indiqué dans la journée le porte-parole de l'émissaire de l'Onu et de la Ligue arabe pour la Syrie Kofi Annan.

"Bien sûr, nous espérons que le processus tiendra jusqu'à l'arrivée des observateurs sur le terrain", a ajouté Ahmad Fawzi.

Ces six observateurs, dirigés par un colonel marocain, seront rejoints dans les jours qui viennent par une vingtaine de collègues, conformément à la résolution 2042 du Conseil de sécurité, votée samedi, qui prévoit d'envoyer une trentaine d'hommes afin de préparer une mission d'observation plus large du cessez-le-feu comptant au total jusqu'à 250 membres.

La Ligue arabe s'est félicitée de l'envoi d'observateurs "qui représente la volonté internationale de soutenir la mission de l'envoyé spécial Kofi Annan", selon les termes du secrétaire général adjoint de la Ligue Ahmed Ben Helli, cité par l'agence de presse égyptienne Mena.

Kofi Annan rendra compte des progrès de sa mission à la Ligue arabe mardi lors d'une réunion au Qatar, a-t-il précisé.

DAMAS POSE SES CONDITIONS

Le gouvernement syrien a toutefois prévenu qu'il ne pourrait pas garantir la sécurité des observateurs sur son territoire s'il n'est pas impliqué dans "toutes les étapes sur le terrain".

Bouthaina Chaabane, porte-parole du gouvernement et conseillère du président Bachar al Assad, a souligné que la Syrie se réservait le droit de refuser des observateurs en fonction de leur nationalité.

Selon cette conseillère, la mission préparatoire de 30 observateurs signera un "protocole" avec Damas afin d'ouvrir la voie à la venue des 220 autres.

Bouthaina Chaabane a cependant salué la venue d'observateurs qui pourront constater par eux-mêmes, selon elle, les enlèvements, les meurtres et les destructions commis par des "terroristes".

La porte-parole du gouvernement a également déclaré que la Syrie avait le droit de "répondre à tout acte d'agression contre les forces syriennes, les civils, ou les propriétés privées".

Selon des opposants, les bombardements se sont poursuivis dimanche matin à un rythme d'un "obus par minute" sur plusieurs quartiers de Homs, ville-symbole du soulèvement qui a débuté en mars 2011 et fait des milliers de morts depuis.

"Trois personnes sont mortes dans les quartiers de Khalidiya, Djobar et Kousour", a déclaré Rami Abdelrahman, qui dirige l'OSDH, basé à Londres.

Trois autres corps ont été retrouvés par leur famille dimanche, mais on ignore la date exacte de leur décès, a-t-il ajouté. Des combats entre des insurgés et des partisans du président Bachar al Assad ont été signalés ces deux derniers jours dans ces quartiers de Homs.

"RIEN N'A CHANGÉ"

Walid al Farès, un habitant de Homs, a dit avoir vu un hélicoptère et un avion de surveillance survoler la troisième ville de Syrie dimanche matin. "Dix minutes plus tard, il y a un intense bombardement", a poursuivi ce militant de l'opposition vivant dans le quartier de Khalidiya.

L'OSDH a également fait état d'affrontements dans la province d'Alep dans la nuit de samedi à dimanche. "Des gens rapportent avoir entendu des explosions et des coups de feu après une attaque d'un commissariat de police par des rebelles, qui ont ensuite affronté la police", a-t-il dit.

En dépit de la poursuite des violences, le nombre de victimes quotidiennes, qui atteignait une centaine dans les jours précédant l'entrée en vigueur de la trêve, semble avoir nettement baissé depuis.

Selon l'OSDH, 14 personnes ont péri samedi à travers le pays. L'agence officielle Sana a rapporté de son côté que cinq personnes avaient trouvé la mort dans des embuscades tendues par des "terroristes armés".

Abou Rabea, un militant de Homs, a toutefois déclaré que "rien n'a changé" dans la ville. "Les loyalistes sont sur des toits avec des mitrailleuses lourdes pour nous tirer dessus et nous sommes bombardés. La seule chose qui a changé est que le plan de Kofi Annan est soi-disant accepté par le régime et que la communauté internationale le croit."

Le plan Annan, soutenu par les Nations unies, prévoit notamment, outre l'arrêt des combats, l'ouverture d'un accès humanitaire et d'un dialogue politique.

Les Nations unies estiment à plus de 9.000 le nombre de morts depuis le début du soulèvement anti-Assad. Damas déclare que plus de 2.500 policiers et soldats ont été tués par des activistes armés.

Avec Stephanie Nebehay à Genève; Henri-Pierre André et Jean-Stéphane Brosse pour le service français

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  • baljo le dimanche 15 avr 2012 à 20:35

    Outre les bombardements, ou plus certainement les quelques tirs de mortier sur des nids de rebelles, qui frappent toujours certains points de Homs, l’agence syrienne Sana signalait ce dimanche matin 14 avril l’assassinat d’un colonel en retraite à Adra dans la banlieue de Damas, et la découverte de trois corps de civils victimes apparemment de groupes armés en trois points de la périphérie de la capitale. Et pour samedi Sana rapporte l’attaque d’un patrouille de l’armée sur la roue Deraa-Soueyda