Le centre balayé après l'échec de François Bayrou

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Le centre balayé après l'échec de François Bayrou
Le centre balayé après l'échec de François Bayrou

par Yann Le Guernigou

PARIS (Reuters) - La défaite de François Bayrou, battu dimanche dans son fief des Pyrénées-Atlantiques, marque l'échec d'une stratégie personnelle autant que les difficultés pour le centre de se faire entendre dans une vie politique française de plus en plus bipolaire.

Après avoir vu son score fondre de moitié par rapport à 2007 au premier tour de la présidentielle, ce qui a entamé son pouvoir d'attraction pour les partisans de la "troisième voie", le président du MoDem a dérouté ses électeurs en annonçant son vote, à titre personnel, pour François Hollande le 6 mai.

Le maintien d'un candidat UMP dans sa circonscription, au deuxième tour des législatives, a scellé son sort, privant le centre de la seule personnalité qui l'incarnait devant l'opinion au niveau national depuis dix ans.

Le paradoxe est qu'il y était encore parvenu ces cinq dernières années bien qu'il ait été lâché par une bonne partie de ses troupes, ralliées à Nicolas Sarkozy, pour avoir alors refusé toute consigne de vote entre les deux tours de la présidentielle 2007.

L'ancien député européen Jean-Louis Bourlanges, qui préside l'Institut du Centre, dresse un constat sévère de cette politique.

"Qu'il ait pu penser qu'avec trois députés et quatre militants il puisse s'imposer comme le maître d'un système qui repose sur le scrutin majoritaire, donc des partis et des alliances, est tout simplement dément", a-t-il dit à Reuters.

"Il ne reste rien du centre si ce n'est une doctrine fondée sur la maîtrise des dépenses publiques, la relance de la construction européenne et l'équité sociale. Mais il faut un leader, un candidat, et personne actuellement n'est taillé pour ce costume", a-t-il ajouté.

L'ERREUR DE SARKOZY

Pour Stéphane Rozès, président de la société de conseil CAP,

"ce qui disparaît, ce n'est pas l'électorat centriste, c'est le centre politique, au moins momentanément, du fait de l'échec de la stratégie de François Bayrou de ne se définir ni par rapport à la gauche, ni par rapport à la droite, et par le refus des centristes de droite d'avoir jusque là voulu exister de façon autonome par rapport à une UMP droitisée."

Que ce soit au sein de l'UMP ou chez ses formations alliées comme le Nouveau Centre et le Parti radical, aucune voix ne s'est fait entendre pour remettre en cause la ligne très droitière suivie par Nicolas Sarkozy pendant la campagne présidentielle, inspirée par Patrick Buisson.

Le président sortant s'y est employé en torpillant les velléités de candidature d'Hervé Morin (Nouveau centre) et Jean-Louis Borloo (Parti radical) au centre droit.

"L'erreur de Nicolas Sarkozy n'est pas d'avoir fait une campagne de droite, c'est d'avoir fait une campagne de droite et tué le centre en même temps", estime Jean-Louis Bourlanges.

Gaël Sliman, de l'institut BVA, souligne qu'il y a pourtant bien une demande pour le centre droit sur l'échiquier politique.

"Quand on testait l'année dernière Jean-Louis Borloo, François Bayrou et Dominique de Villepin, leur total pesait 20% de l'électorat, donc il y a une demande. Mais si l'offre est incapable de s'organiser, d'être cohérente et d'être séduisante, la demande va ailleurs et c'est la gauche qui en a profite."

GESTE FATAL

Avant même le résultat des législatives, l'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin a reconnu que le courant centriste avait échoué à exister lors du dernier quinquennat "parce que nous sommes éparpillés, nous sommes écartelés".

"Le geste fatal qu'a été l'engagement à gauche de François Bayrou a achevé un processus de désintégration, donc il faut rebâtir", déclarait-il vendredi sur France Inter.

Il prône pour cela la constitution d'un pôle "humaniste et centriste" fort à l'intérieur de l'UMP, qui puisse faire pendant à un courant influent comme celui de la Droite populaire.

"Pour faire 50% dans ce pays, il faut rassembler dans la diversité et si le pôle humaniste n'est pas fort, l'UMP aura du mal a être crédible dans un projet d'alternance."

Au vu des forces en présence, Jean-Louis Bourlanges juge que, pour reconstituer une force majoritaire avec les centristes, "c'est à l'UMP qu'on le fera plus facilement car c'est là qu'il y a les Républicains indépendants, les libéraux et qu'on peut rallier les démocrates-chrétiens et les radicaux."

L'alternative serait une nouvelle UDF, avec pour prix l'implosion de l'UMP, née de la fusion de ce parti libéral et démocrate-chrétien avec les néo-gaullistes du RPR en 2002.

Gaël Sliman ne l'exclut pas au vu des tensions prévalant à l'UMP, au moment où le parti va se choisir un président, entre les partisans d'une ligne très à droite et ceux d'une ligne plus modérée qui pourraient s'exacerber sous la pression du Front national.

"L'échec de l'UMP à toutes les élections depuis cinq ans montre que l'existence d'un parti unique à droite n'est pas ce qu'il faut pour ratisser large au second tour. Cette stratégie n'a marché qu'une seule fois, en 2007", souligne l'analyste.

Edité par Yves Clarisse

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  • T20 le lundi 18 juin 2012 à 00:27

    Retour à la case "maison" comme Sarko & Royale ...

  • NYORKER le dimanche 17 juin 2012 à 23:56

    L'agriculture a besoin de lui !!! il va se mettre à bosser proche de la retraite !!! il n'est jamais trop tard pour semettre à bosser !!!