Le camp Fillon parie sur l'arme du référendum à l'UMP

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LE CAMP FILLON MISE SUR L'ARME DU RÉFÉRENDUM À L'UMP
LE CAMP FILLON MISE SUR L'ARME DU RÉFÉRENDUM À L'UMP

PARIS (Reuters) - Les contacts directs entre Jean-François Copé et François Fillon sont rompus, mais les partisans de l'ancien Premier ministre veulent croire que le "piège" du référendum parlementaire va se refermer sur le président proclamé de l'UMP et le faire céder.

"Inébranlable" de l'avis de ses proches, le député-maire de Meaux se fixe désormais janvier pour horizon afin d'avancer de nouvelles propositions pour résoudre la crise née de l'élection à la présidence du parti, le 18 novembre.

Mais sa stratégie commence à inquiéter au sein de ses soutiens parlementaires.

Après la création du groupe dissident "R-UMP" par François Fillon, la "bombe" du référendum de mardi menace d'achever l'implosion. Du moins les "fillonistes" veulent-ils le croire.

"Bernard Accoyer a eu une idée intelligente. C'est un piège pour Copé. La grosse majorité va dire 'oui' à un vote avant l'été, ça va accroître son isolement", estime l'un d'eux.

"Copé fait le pari du pourrissement, mais la montre joue contre lui", ajoute-t-il.

L'ancien président de l'Assemblée nationale, qui s'est rallié à François Fillon le 28 octobre, organise mardi à l'Assemblée, de 12h30 à 14h00, un vote à bulletins secrets et sans procuration sur le bien-fondé d'une nouvelle élection à la présidence de l'UMP avant l'été 2013.

Députés, sénateurs et eurodéputés sont invités à s'exprimer. Lors d'un pointage mercredi, 185 parlementaires -115 députés et 70 sénateurs- se disaient prêts à participer à la consultation.

"RETOUR À LA IVe RÉPUBLIQUE"

A l'Assemblée, le "R-UMP" compte 73 membres, le groupe UMP historique 121. Au Sénat, le groupe UMP est de 131 membres en majorité "fillonistes". Le résultat ne fait guère de doute.

Jean-François Copé sait déjà qu'une forte proportion de ses collègues vont "mathématiquement" se prononcer en faveur de "l'exigence" de François Fillon contre sa "proposition" d'un vote après les élections municipales de mars 2014.

Une péripétie de plus, à laquelle, assure-t-il, il passera outre. "Est-ce que ce vote sera représentatif de ce que pensent les militants? Je n'en suis pas totalement sûr", explique-t-il, rappelant qu'il tient sa légitimité de "la majorité absolue des militants".

Un proche renchérit: "Bernard Accoyer s'assoit singulièrement sur les statuts de l'UMP. Un député n'a pas plus de poids qu'un militant. Les 194 députés UMP ne peuvent prétendre représenter les 577 circonscriptions françaises".

"Pour quelqu'un qui a signé la motion gaulliste, c'est bien peu gaullien comme démarche. C'est le retour à la IVe République. Ils n'ont qu'à organiser leur référendum à Versailles, là où on désignait le président".

Le scénario est néanmoins délicat pour les députés "copéistes" et Christian Jacob, leur chef de file, ne masque pas son inquiétude en privé.

"S'ils votent 'oui', même à bulletin secret, ils lâchent leur champion. S'ils votent 'non', ça veut dire qu'ils refusent la parole aux militants", analyse un "non aligné".

"Ce sera quand même difficile pour Copé d'être lâché par ses parlementaires...", ajoute-t-il.

Un élu ironise: "Je pense qu'il y en aura beaucoup qui seront malades mardi".

"LA PRESSION MONTE"

L'entourage de François Fillon affirme que des "tiraillements" se font jour dans le premier cercle des partisans de Jean-François Copé, ce que l'entourage de ce dernier dément.

Dans le camp du député-maire de Meaux, on pronostique que le prochain "lâchage" de taille surviendra dans la tranchée adverse.

"Les députés vont se retrouver engagés malgré eux derrière François Baroin. C'est gros comme une maison", glisse-t-on, alors que François Fillon a laissé entendre qu'il pourrait s'effacer du prochain scrutin.

Un élu "copéiste" va plus loin: "Etre chef d'un groupe parlementaire, c'est s'emmerder avec les humeurs des uns et des autres. Fillon va vite s'en lasser et laisser la main à Baroin".

"Le problème, c'est que les députés du R-UMP veulent quelqu'un qui gagne, ils veulent un porte-drapeau qui traverse le pont d'Arcole. Pas François Baroin", dit-il.

Le député-maire de Troyes, rallié sur le tard à François Fillon, a affirmé sur France Info qu'il n'était "candidat à rien".

L'ancien ministre est pourtant à la manoeuvre, côté "fillonistes", dans les discussions qui se sont engagées après le cinquième rendez-vous infructueux entre Jean-François Copé et François Fillon. Côté "copéistes", Jean-Pierre Raffarin, Jean-Claude Gaudin et Christian Jacob mènent les discussions, selon des sources parlementaires.

Alain Juppé est sorti de son silence vendredi, à la suite d'Edouard Balladur, pour demander un vote rapide sur son blog.

"La pression monte sur Copé", résume un "filloniste".

Pour l'heure, aucun accord sur le calendrier d'un nouveau scrutin interne n'est sorti de ces négociations parallèles, disait-on vendredi dans les deux camps.

Sophie Louet, édité par Gilles Trequesser

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