Le calendrier déterminant en cas de fermeture de Fessenheim

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LE CALENDRIER DÉTERMINANT EN CAS DE FERMETURE DE LA CENTRALE FESSENHEIM, SELON DES ANALYSTES
LE CALENDRIER DÉTERMINANT EN CAS DE FERMETURE DE LA CENTRALE FESSENHEIM, SELON DES ANALYSTES

par Muriel Boselli et Karolin Schaps

PARIS (Reuters) - Une fermeture rapide de la centrale nucléaire de Fessenheim, en Alsace, pourrait mettre le réseau électrique à rude épreuve des deux côtés du Rhin et faire grimper les prix lors des pics de consommation, estiment analystes et traders interrogés par Reuters.

François Hollande a promis, s'il remporte l'élection présidentielle en mai, de fermer la plus vieille centrale nucléaire du parc français qui, outre ses 34 années de service, est aussi très critiquée en raison de son implantation dans une zone sismique.

Mais le candidat socialiste n'a pas dit quand, et ce calendrier sera déterminant pour les opérateurs du réseau comme pour le marché car ils auront besoin de plusieurs mois pour s'adapter.

Bernard Cazeneuve, chargé de l'énergie auprès du candidat François Hollande, a refusé de commenter les conséquences d'une fermeture de Fessenheim.

Si, en cas de victoire, François Hollande tenait sa promesse dans la foulée de son accession à l'Elysée, l'offre française d'électricité pourrait se contracter et les prix s'envoler à la faveur des pics de consommation pendant lesquels la France fait déjà tourner à plein régime sa capacité de production, selon les traders.

En France, chaque degré Celsius en moins sur le thermomètre provoque une augmentation de 2.300 mégawatts (MW) de la consommation d'électricité, soit l'équivalent de deux fois la consommation d'une ville comme Marseille, un tiers des foyers français étant chauffés avec des radiateurs électriques.

Pendant la vague de froid de février, la consommation française d'électricité a touché un record à 101.700 MW, soit 105 MW de plus que la production du pays. Les prix ont atteint des sommets et Réseau de transport d'électricité (RTE), le gestionnaire du réseau, a été contraint de demander aux consommateurs de diminuer au maximum l'utilisation de leurs appareils électriques.

Une baisse de la production nucléaire pourrait accentuer ce déficit lors de prochains pics de consommation.

EDF, qui gère les 58 réacteurs français, et RTE n'ont pas souhaité commenter l'impact qu'aurait un arrêt de Fessenheim sur l'offre.

"Nous observons chaque année un nouveau record de la demande, donc fermer Fessenheim signifierait certainement une hausse des prix et des risques pour l'approvisionnement en hiver", a déclaré un trader en électricité basé à Londres.

Traders et analystes estiment donc que la France, premier exportateur d'électricité en Europe, ne prendra pas le risque de fermer Fessenheim avant d'avoir installé des capacités de production suffisantes pour compenser cette perte.

"Fessenheim fermera peut-être en 2017, et l'impact sur les prix dépendra alors de la capacité qu'aura eu la France à construire rapidement des fermes éoliennes, des centrales à gaz et des unités de biomasse pour compenser l'électricité perdue", a dit le trader londonien.

A Flamanville (Manche), EDF a commencé en 2007 la construction d'un nouveau réacteur nucléaire EPR de 1.650 MW. Retardée de 4 ans, sa mise en service est prévue pour 2016.

"Si l'EPR est à nouveau retardé, cela pourrait compliquer les choses", a dit un autre trader.

SÉCURISER L'APPROVISIONNEMENT ALLEMAND

En outre, si Fessenheim fermait dès 2012, l'Allemagne serait confrontée à des difficultés d'approvisionnement.

"Si on ferme Fessenheim, il y aura un problème concret pour sécuriser les approvisionnement au niveau local sur le sud-ouest de l'Allemagne", a dit Fabien Roques, responsable des recherches à la société de conseil IHS CERA.

"Fessenheim apporte vraiment (à l'Allemagne) une production à un endroit précis du réseau qui permet de gérer la pointe de consommation durant les vagues de froid", a-t-il ajouté.

La centrale, située entre Mulhouse et Fribourg, a une capacité de 1.800 mégawatts.

Après la catastrophe de Fukushima, en mars 2011 au Japon, l'Allemagne a décidé de fermer huit de ses 17 réacteurs nucléaires, dont quatre étaient situés dans le sud-ouest du pays, une région très peuplée qui abrite de grandes villes comme Stuttgart et Heidelberg.

Cette région importe désormais plus d'électricité du nord du pays - qui produit massivement de l'électricité d'origine éolienne - mais aussi de France, de Belgique et du Luxembourg, selon les analystes.

Une porte-parole de la EnBW Transportnetze, le réseau de transport d'électricité du sud-ouest de l'Allemagne, a confirmé à Reuters qu'une fermeture de Fessenheim aurait un impact sur son réseau. Il faudrait recourir plus fréquemment aux sites de production non nucléaires et alternatifs pour maintenir l'équilibre dans la région, a-t-elle dit.

Principal point noir, une fermeture de la centrale alsacienne pourrait compromettre les droits de tirage accordés au fournisseur allemand E.ON, soit 800 MW provenant des centrales françaises de Fessenheim et Cattenom, également proche de la frontière allemande.

Ces droits pourraient être redirigés vers d'autres centrales, a dit un porte-parole de l'électricien allemand, ajoutant que l'accord d'échange pourrait également être renégocié entre les deux pays.

Marion Douet pour le service français, édité par Dominique Rodriguez

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