Le Caire proclame l'échec de la médiation internationale

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par Michael Georgy et Maggie Fick

LE CAIRE (Reuters) - Le pouvoir égyptien mis en place par l'armée a proclamé mercredi l'échec de la médiation internationale tentée pour trouver une issue pacifique à la crise en Egypte et prévenu les Frères musulmans qu'ils seraient tenus responsables des conséquences de cet échec.

Il a également appelé les partisans du président déchu Mohamed Morsi, qui manifestent sans relâche depuis sa destitution par l'armée, à se disperser sans délai, prévenant que sa patience était "pratiquement épuisée".

L'échec de la médiation étrangère a été annoncé dans un communiqué des services du président par intérim Adli Mansour.

Les nouvelles autorités égyptiennes attribuent entièrement à la confrérie islamiste "l'échec de ces efforts ainsi que les événements et développements ultérieurs qui pourraient résulter de cet échec et seraient liés aux violations de la loi et à la mise en danger de la paix civile".

Le signal donné est que le pouvoir pourrait mettre un terme par la force aux sit-in de soutien à Mohamed Morsi, destitué le 3 juillet, un an après son investiture à la présidence.

Le Premier ministre par intérim, Hazem el Beblaoui, a appelé dans l'après-midi les manifestants participant à deux rassemblements de soutien à Morsi au Caire à quitter rapidement les lieux. "La patience du gouvernement à supporter tout cela est pratiquement épuisée", a-t-il ajouté à la télévision.

Selon le quotidien public Al Ahram, il s'est entretenu de la poursuite de ces sit-in avec le général Abdel Fattah al Sissi, chef d'état-major des forces armées et ministre de la Défense, et le ministre de l'Intérieur, Mohamed Ibrahim.

"NOUS SOMMES PRÊTS À MOURIR"

L'Egypte est en crise depuis le renversement par l'armée du président. L'intervention des généraux faisait suite à de vastes manifestations contre son régime, accusé d'accaparer le pouvoir et d'être incapable de sortir le pays de la crise économique.

Un mois après, le bilan des violences qui ont suivi la destitution de Morsi frôle les 300 morts, dont 80 tués par les forces de sécurité dans la seule journée du 27 juillet. Le président déchu reste détenu dans un lieu tenu secret et ses partisans continuent à camper par milliers sur deux sites du Caire, à Rabaa al Adaouia et al Nahda.

"S'ils tentent de disperser notre sit-in, il y aura d'énormes pertes humaines. Nous y sommes prêts. Chaque jour, nous partons de chez nous en étant prêts à mourir", a déclaré un manifestant, Yousri Ismaël, devant la mosquée de Rabaa al Adaouia.

Mardi soir, de nouveaux affrontements ont fait un mort et 35 blessés à Alexandrie, la deuxième ville du pays.

Depuis fin juillet, des émissaires américains, européens et arabes unis tentaient de résoudre la crise et d'éviter un nouveau bain de sang entre les partisans du président déchu et les forces de l'ordre.

Le communiqué de la présidence provisoire souligne que le gouvernement a permis à ces émissaires "de rendre visite et de discuter" de la situation avec un grand nombre d'interlocuteurs, y compris des cadres emprisonnés des Frères musulmans.

L'objectif, poursuit le pouvoir, était de pousser la confrérie à "respecter la volonté du peuple" manifestée lors des rassemblements anti-Morsi. "Ces efforts n'ont pas obtenu le succès espéré malgré le soutien total apporté par le gouvernement égyptien", ajoute la présidence.

APPELS À MANIFESTER

Les Frères musulmans n'ont pas officiellement réagi mais l'Alliance nationale de soutien à la légitimité, à laquelle ils appartiennent, a appelé les partisans de Morsi à descendre jeudi dans les rues pour participer à un "Aïd de la victoire".

La gauche, hostile au régime Morsi, entend elle aussi profiter de la fête qui marque la fin du ramadan: le Courant populaire a donné rendez-vous sur la place Tahrir, au Caire, et dans d'autres villes du pays "pour célébrer l'Aïd, annoncer l'avènement de la révolution et soutenir l'indépendance nationale".

La conjonction de ces rassemblements fait craindre de nouvelles violences. Signe de l'inquiétude qui prévaut, l'université Al Azhar, plus haute autorité religieuse sunnite du pays, a proposé la tenue d'une "grande réunion" après les fêtes de l'Aïd, qui durent de jeudi à dimanche, rapporte l'agence officielle de presse Mena.

Tirant les conséquences de la déclaration présidentielle, William Burns, secrétaire d'Etat adjoint américain qui menait la médiation pour Washington, a aussitôt quitté l'Egypte, a-t-on appris auprès de sources à l'aéroport du Caire.

Le diplomate américain s'était entretenu avec des membres du gouvernement et des Frères musulmans de concert avec l'émissaire de l'Union européenne Bernardino Leon et les ministres des Affaires étrangères du Qatar et des Emirats arabes unis.

A Bruxelles, un porte-parole de Catherine Ashton, Haute Représentante de l'UE pour la politique étrangère, a dit que les Européens allaient "continuer de faire tout leur possible pour inciter à l'ouverture de ce dialogue inclusif si important pour (...) un retour à la transition démocratique en Egypte".

Mardi, deux sénateurs américains en visite au Caire, les républicains Lindsey Graham et John McCain, ont appelé l'armée à libérer des prisonniers politiques et à entamer un dialogue national pour ramener l'Egypte sur le chemin de la démocratie, estimant qu'un bain de sang menaçait le pays.

Avec Adrian Croft à Bruxelles; Danielle Rouquié, Pascal Liétout et Henri-Pierre André pour le service français, édité par Bertrand Boucey

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