Le budget Renzi risque de créer des tensions avec la Commission

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par Gavin Jones ROME, 14 octobre (Reuters) - Le président du Conseil italien, Matteo Renzi, doit présenter jeudi un budget 2016 incluant des baisses d'impôts qui devrait tester les limites fixées aux membres de la zone euro en matière de déficit budgétaire et sera sans doute mieux accueilli par les électeurs du pays que par la Commission européenne. Une bonne part des baisses d'impôts prévues sera en effet financée par l'emprunt, ce qui ralentira le rythme de réduction des déficits et de la dette publique négocié entre Rome et la Commission. Selon les tenants de l'orthodoxie budgétaire, la reprise de la croissance amorcée en Italie, après trois ans de récession, devrait inciter la gouvernement à privilégier la consolidation budgétaire. Au contraire, Matteo Renzi, qui a fait des promesses de baisses d'impôts son cheval de bataille depuis sa prise de fonction l'an dernier, estime qu'il mérite une plus grande "flexibilité" budgétaire en échange des réformes mises en oeuvre, notamment sur le marché du travail et l'éducation. "Le budget est techniquement exceptionnel," a-t-il déclaré dans une interview radiophonique cette semaine. "Pour la première fois, les impôts sont réduits en Italie." Il souligne que même si son rythme de réduction est plus lent, le déficit budgétaire baissera encore l'an prochain, grâce à la faiblesse des taux d'intérêt attachés à la dette de l'Etat, et restera nettement sous la barre des 3% du PIB. Le mois dernier, le gouvernement a porté son objectif de déficit 2016 de 1,8% à 2,2% du PIB et très légèrement revu en hausse sa prévision de dette publique, la plus importante de la zone euro après la Grèce, de 130,9% à 131,4% du PIB. CERTAINES BAISSES D'IMPÔTS MAL VUES À BRUXELLES Le projet de budget 2016 ne semble pas respecter les contraintes fixées au sein de l'Union européenne, que ce soit en ce qui concerne la dette ou le déficit "structurel", ajusté en fonction des fluctuations de la croissance. Au lieu de réduire le déficit structurel de 0,5 point de pourcentage comme prescrit, l'Italie se propose en effet de l'augmenter de 0,4 point. Comme l'an dernier, lorsque Rome a accepté de réduire de cinq milliards d'euros les dépenses budgétaires, un compromis devrait être trouvé dans les semaines à venir avant que la Commission ne valide le projet de budget, qui doit être approuvé par le Parlement d'ici la fin de l'année. Il n'y a pas que le solde du budget qui déplaise à Bruxelles, mais aussi sa composition. Matteo Renzi s'est engagé à supprimer l'impôt sur les résidences principales et le matériel agricole et industriel, tout en réduisant l'impôt sur les sociétés (IRES), des mesures dont le coût est estimé à cinq milliards d'euros au moins, essentiellement du fait de la suppression de la taxe sur le logement (TASI). La Commission estime que les pays dont la fiscalité est lourde devraient augmenter les taxes sur la propriété afin de dégager des marges pour abaisser la fiscalité du travail, dont l'impact sur l'emploi et la croissance est plus net. Une autre sujet d'inquiétude pour Bruxelles vient du fait que la baisse des impôts devait au départ être compensée par une réduction des dépenses publiques "inutiles" du gouvernement et non par un recours à l'endettement. L'objectif initial de 14 milliards de baisse des dépenses a été ramené à six milliards. (Juliette Rouillon pour le service français, édité par Marc Angrand)

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