Le budget européen suspendu au veto britannique

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LONDRES MENACE DE BLOQUER TOUT ACCORD SUR LE BUDGET EUROPÉEN
LONDRES MENACE DE BLOQUER TOUT ACCORD SUR LE BUDGET EUROPÉEN

par Julien Ponthus et Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - Londres, traditionnel trublion des négociations européennes, détient les clefs d'un succès à Bruxelles, où les dirigeants de l'UE tenteront à partir de jeudi d'arrêter leur budget commun de 2014 à 2020, un enjeu de quelque 1.000 milliards d'euros.

Le Premier ministre britannique David Cameron exige une réduction draconienne de cette enveloppe et menace de bloquer tout accord qui ne soulagerait pas les contribuables britanniques soumis à une très rude cure d'austérité.

Il lui manque certes des alliés mais les Vingt-Sept ont besoin de l'unanimité pour adopter ces "perspectives financières" fixant le cadre financier global pour sept ans.

"Le propre d'un veto est qu'il bloque tout", souligne le ministre français des Affaires européennes, Bernard Cazeneuve.

Les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE se préparent donc à des négociations marathon qui pourraient se prolonger, selon les plus pessimistes, jusqu'à dimanche.

"On apportera assez de chemises", plaisante l'entourage de François Hollande, qui n'écarte cependant pas l'hypothèse que les Européens jettent l'éponge dès vendredi si tout effort de compromis paraît vain à ce stade.

La position britannique et le montant de l'enveloppe pluriannuelle ne constituent qu'une partie du problème, car au-delà des coupes budgétaires proposées, c'est aussi la répartition de l'effort qui divise les Européens.

Les membres les plus récents de l'Union, comme la Pologne, s'accrochent aux fonds de cohésion - environ un tiers de l'enveloppe globale - qui leur ont permis de se moderniser.

La France, qui leur a apporté son soutien, a de son côté beaucoup à perdre d'une diminution du budget de la Politique agricole commune (PAC), qui constitue un autre tiers du budget - et juge inacceptables les réductions envisagées.

D'autres pays estiment que le budget européen doit répondre aux défis du moment et estiment que l'agriculture absorbe trop de fonds au détriment, par exemple, de la recherche.

LA RISTOURNE BRITANNIQUE EN QUESTION

La France, l'Italie et d'autres pays veulent enfin que soient revus à la baisse, outre le "chèque britannique" arraché de haute lutte par Margaret Thatcher en 1984, les "rabais" accordés depuis à l'Allemagne, aux Pays-Bas ou à la Suède et qui augmentent d'autant leurs propres contributions.

Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, sondera toute la journée de jeudi les Vingt-Sept lors d'entretiens bilatéraux, pour voir s'il y a une chance d'accord.

"Toutes les délégations ont exprimé des inquiétudes mais nous devons tous nous atteler maintenant à l'élaboration d'un accord", a écrit l'ancien Premier ministre belge aux dirigeants de l'UE dans l'invitation qu'il leur a envoyé mardi.

Reste que "le sujet, c'est plutôt les Britanniques", juge un diplomate français, pour qui le sommet court à l'échec sans assouplissement des positions de David Cameron.

Le leader conservateur propose de réduire jusqu'à 150 milliards d'euros les dépenses de l'UE par rapport à l'enveloppe de 1.033 milliards initialement proposée par la Commission, alors que Herman Van Rompuy propose une baisse de 75 milliards.

Paris et Berlin pourraient s'accorder sur une baisse d'environ 100 milliards d'euros et tenter de rallier d'autres Etats membres à cette position intermédiaire, dit-on à Paris.

Mais l'écart avec Londres semble infranchissable car les Britanniques défendent aussi bec et ongles leur rabais qui représente aujourd'hui près de quatre milliards d'euros par an.

RÉFÉRENDUM

David Cameron, dont le pays s'est placé à l'écart de nombreux volets de la construction européenne, dont l'euro et la coopération policière, fait planer la menace d'un véritable divorce, puisqu'il envisage d'organiser d'ici 2015 un référendum sur les liens entre Londres et l'Union européenne.

Le travailliste Ed Miliband l'accuse de conduire "par somnambulisme" la Grande-Bretagne vers la sortie de l'UE.

Confronté à une vague d'euroscepticisme dans son parti et à la pression de sondages montrant une majorité de Britanniques hostile à l'UE, David Cameron campe sur ses positions.

Le flegme apparent avec lequel les dirigeants britanniques laissent entrevoir une possible sortie de leur pays de l'Union tout en multipliant leurs exigences suscite l'ire de capitales comme Berlin mais aussi d'élus européens.

"Ils ne peuvent pas nous dire à la fois 'je me sens tellement mal à l'aise dans cette famille que j'envisage d'en sortir en 2015 mais d'ici là, je demande une réduction des dépenses budgétaires'", estime ainsi Alain Lamassoure, président UMP de la commission budgétaire du Parlement européen.

A défaut d'un accord unanime, ce sommet pourrait au moins permettre de dégager les éléments d'un futur compromis et de constituer une majorité autour d'un début de position commune.

"Il y a une très grande différence entre un désaccord complet et constater un compromis possible pour le futur", estime un diplomate français, comme s'il prenait acte par avance d'un échec inéluctable du sommet de Bruxelles.

Du reste, la solution en cas d'échec ne serait pas si mauvaise pour l'Union européenne : on reconduirait tout simplement à partir de 2014 le budget de 2013, ce qui impliquerait une stabilité, et non une réduction.

Edité par Yves Clarisse

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  • jlmalle1 le mercredi 21 nov 2012 à 12:15

    Je ne vois pas ce qu'ont apporté les anglis à l'UE : Qu'ils sortent de l'UE

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