Le budget 2013 de la Grèce prévoit une 6e année de récession

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ATHÈNES VISE UN DÉFICIT BUDGÉTAIRE À 6,6% DU PIB POUR 2012
ATHÈNES VISE UN DÉFICIT BUDGÉTAIRE À 6,6% DU PIB POUR 2012

par Lefteris Papadimas

ATHENES (Reuters) - Le projet de budget de la Grèce pour 2013 prévoit d'importantes coupes budgétaires pour dégager un premier excédent primaire en une décennie, mais l'activité économique du pays devrait connaître une sixième année consécutive de récession.

Le gouvernement a présenté dans la journée ce budget d'austérité destiné à convaincre les créanciers internationaux - Union européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international - de lui verser une nouvelle tranche d'aide.

Le budget vise à dégager un excédent primaire - qui exclut les coûts de la dette - de 1,1% du produit intérieur brut (PIB), pour la première fois depuis 2002, après un déficit estimé à 1,5% cette année, ont indiqué à Reuters des sources gouvernementales.

Mais cette austérité a un coût, et l'économie grecque devrait se contracter de 3,8% à 4% en 2013, selon les estimations du gouvernement.

L'économie grecque s'est contractée de 25% depuis 2008, le pays n'arrivant pas à sortir d'un cercle vicieux d'austérité et de récession qui fait planer la menace d'une sortie de la zone euro faute de tenir les objectifs fixés par les créanciers.

Les analystes jugent même les prévisions pour 2013 trop optimistes en raison de la lenteur des réformes structurelles entreprises par Athènes et du ralentissement généralisé de l'économie de la zone euro.

"La crise de la zone euro est toujours aussi douloureuse, donc les incertitudes et les pressions sur la demande provoquée par l'austérité rendent cette prévision optimiste", estime Chris Williamson, chef économiste chez Markit, à Londres.

"Il y a de fortes chances que les objectifs budgétaires ne soient pas tenus car ces coupes entraîneront une profonde récession, et il sera par ailleurs impossible d'atteindre les objectifs de privatisation", renchérit Xenofon Damalas, de Marfin Egnatia Bank.

Le montant des recettes générées par le programme de privatisations élaboré par le gouvernement n'est d'ailleurs pas évoqué dans le projet.

Selon les chiffres officiels, le déficit grec, incluant le service de la dette, devrait atteindre l'année prochaine 4,2% du produit intérieur brut (PIB), contre 6,6% en 2012. La dette publique devrait quant à elle atteindre 179,3% du PIB en 2013 et le taux de chômage s'élèvera à 24,7%.

COUPES BUDGÉTAIRES

Le budget 2013 prévoit de nouvelles baisses des traitements dans la fonction publique, des retraites et des aides sociales dans le cadre d'un programme d'économies de 11,5 milliards d'euros qu'Athènes doit réaliser pour tenir ses objectifs et obtenir le déblocage d'une nouvelle tranche du plan de sauvetage, d'un montant de 31,5 milliard d'euros.

Les bailleurs de fonds internationaux de la Grèce ont demandé davantage de détails concernant ce programme, a fait savoir le ministre grec des Finances Yannis Stournaras. "Ces mesures font l'objet de discussions. La troïka veut des clarifications", a-t-il déclaré à la presse.

Le magazine allemand Wirtschaftswoche a toutefois affirmé samedi, en citant des sources de l'Union européenne, que cette tranche serait débloquée quoi qu'il arrive, Bruxelles craignant un "effet domino" si la Grèce était contrainte de sortir de la zone euro.

Les sources gouvernementales grecques ont précisé à Reuters que le budget 2013 prendrait en compte une part importante des 11,5 milliards d'euros de coupes budgétaires actuellement négociés par Athènes avec les négociateurs de la troïka.

"Le projet de budget prévoit 7,8 milliards d'euros de coupes budgétaires en 2013", a dit l'une d'elles.

Les principaux syndicats grecs ont immédiatement réagi en annonçant des mouvements de grève dans les jours à venir pour protester contre ces nouvelles mesures d'austérité.

Ces mesures vont peser sur l'activité économique, déjà caractérisée par une demande intérieure atone et un taux de chômage record de 24,4%. Mais le retour à un excédent primaire serait un signal fort envoyé aux créanciers de la Grèce, lassés de voir ce pays ne pas tenir ses promesses.

"L'objectif d'excédent primaire de 1,1% est atteignable à condition que le nouveau programme de réformes soit appliqué de manière rigoureuse et que la chute de la production intérieure ne s'éloigne pas trop des prévisions du budget", estime Platon Monokroussos, économiste chez Eurobank.

Tangi Salaün et Catherine Monin pour le service français, édité par Dominique Rodriguez

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