Le "Brexit", une arme à double tranchant pour Marine Le Pen

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    * L'appartenance à l'UE au coeur du débat présidentiel 
    * Tout dépendra de la façon dont se passe le Brexit-Ifop 
 
    par Ingrid Melander et Gérard Bon 
    PARIS, 5 juillet (Reuters) - La victoire du "Brexit" au 
Royaume-Uni est à double tranchant pour Marine Le Pen en vue de 
la présidentielle de 2017 : solide argument de campagne si les 
choses se passent bien, elle  deviendrait un boulet si elles 
tournent à la catastrophe.  
    Dès l'annonce des résultats du référendum britannique, le 24 
juin, la présidente du Front national s'est réjouie d'un vote 
"historique" qui valide à ses yeux son analyse et la méthode 
qu'elle défend depuis deux ans vis-à-vis de l'Europe. 
    "Regardez comme l'Histoire est belle quand la liberté se 
joue des pouvoirs en place et triomphe, portée par la volonté 
d'un peuple", a-t-elle déclaré le 28 juin devant le Parlement 
européen. "Pour mon pays, la France, je m'engage à le mener sur 
le chemin de la liberté."  
    En cas de victoire, Marine Le Pen entamerait des 
négociations avec ses partenaires européens pour que la France 
récupère sa souveraineté monétaire, budgétaire, territoriale et 
législative. 
    Au terme de ces négociations, elle soumettrait aux Français 
par référendum la question de décider de l'appartenance de la 
France à l'Union européenne, comme l'a fait le Royaume-Uni. 
    Dans Paris Match, la dirigeante du FN se félicite d'avoir 
"tenu bon", y compris "en interne" quand des doutes se faisaient 
entendre sur l'idée d'un "Frexit" et la sortie de l'euro.  
    Le Brexit "met le débat sur l'appartenance à l'Union 
européenne au coeur du débat politique français, au coeur du 
débat pour la prochaine présidentielle", estime le 
vice-président du FN, Florian Philippot.  
    "Cela montre aux Français qui veulent sortir de l'UE que 
c'est possible. On verra que ça s'est très bien passé", a-t-il 
dit à Reuters, jugeant que les turbulences seront passagères.   
     
    LE RISQUE D'ETRE PRIS EN DÉFAUT 
    Pour Jérôme Fourquet, directeur du département opinion 
publique à l'Ifop, "tout dépendra de la tournure que prendront 
les événements tant au Royaume-Uni qu'au niveau européen". 
    "Est-ce que ça se passera bien ? Est-ce qu'il y aura un bras 
de fer ? Si ça se passe bien, le FN peut en tirer profit, se 
trouver renforcé en montrant que reprendre le contrôle, ça 
marche", dit-il. 
    "Mais si c'est la guerre des tranchées, si les grandes 
banques déplacent leur siège du Royaume-Uni à Francfort ou 
ailleurs, si l'économie britannique en pâtit, l'argument du FN 
se trouvera complètement pris en défaut". 
    Le Royaume-Uni risque également d'être confronté aux 
velléités de départ de l'Ecosse et à une période d'instabilité 
politique due à la division de l'opinion publique. 
    "S'il y a une crise politique, les adversaires du FN 
pourront dire : 'Vous voyez, on vous le dit depuis des années, 
la sortie de l'UE prisée par Marine Le Pen, le Royaume-Uni en 
est un laboratoire et c'est un échec", dit Jérôme Fourquet. 
    Pour le sociologue Sylvain Crépon, de l'université 
François-Rabelais de Tours, le "Brexit" est "a priori plutôt bon 
pour Marine Le Pen parce que le FN peut dire qu'il est possible 
de voter pour sortir, et que le monde ne s'écroule pas".  
    "Les marchés reprennent après leurs pertes initiales, et 
après les premières divisions, le parti conservateur va se 
retrouver un leader", estime-t-il.  
    "L'actualité travaille pour le FN, encore une fois", et le 
"Brexit" est "une opportunité pour le parti d'extrême droite, 
qui va essayer de capitaliser là-dessus", ajoute Sylvain Crépon. 
     
    LE PEN NE VEUT PAS ETRE ANXIOGÈNE 
    La sortie de l'euro - grande différence avec le Royaume-Uni 
qui n'en est pas membre - n'est cependant "pas très majoritaire 
parmi les électeurs FN" et le parti "manque encore de 
crédibilité sur les questions économiques", souligne-t-il.  
    Pour Jérôme Fourquet, Marine Le Pen "sait que la sortie de 
l'euro et de l'Europe font peur", raison pour laquelle elle 
insiste sur le fait qu'elle mettra son projet en oeuvre 
"proprement" si elle est élue.   
    "C'est beaucoup moins anxiogène de dire 'on va en parler 
avec nos partenaires, ça se passera bien', et s'ils ne veulent 
pas, on appuiera sur le bouton".   
    Il souligne qu'en France, l'idéal européen est plus ancien 
qu'au Royaume-Uni et "qu'au mieux 37% des Français veulent la 
sortie de l'euro", à en croire les sondages. 
    Sylvain Crépon voit un autre facteur susceptible de 
bénéficier à Marine Le Pen : une victoire du président des 
Républicains (LR) Nicolas Sarkozy à la primaire de la droite.  
    "Si on repart sur un scénario Sarkozy-Hollande, ça va causer 
beaucoup de désappointement à droite comme à gauche, ça va 
profiter au FN", estime-t-il. 
    Néanmoins, pour le sociologue, Marine Le Pen "ne sera pas la 
prochaine présidente de la République" même s'il est "tout à 
fait envisageable qu'elle soit au second tour". 
    Selon un sondage Elabe pour Les Echos et Radio Classique 
publié le 22 juin, la présidente du FN se qualifierait dans tous 
les cas de figure pour le second tour avec 26% à 28% des 
suffrages, voire 30% si le candidat LR était Bruno Le Maire. 
    Le seul à même de la devancer au premier tour serait le 
candidat à la primaire de droite Alain Juppé, tandis que 
François Hollande, qui ne dépasserait pas 15%, serait éliminé.   
  
 
 (Edité par Yves Clarisse) 
 
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