Le Brexit rajoute de l'incertitude sur la croissance mondiale

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    * Les enquêtes sur la confiance donneront les premiers 
signes 
    * L'impact sur les données réelles visible plus tard 
    * La zone euro en première ligne 
 
    par Jeremy Gaunt et John Mair 
    LONDRES/SYDNEY, 24 juin (Reuters) - L'impact sur l'économie 
mondiale du vote britannique en faveur d'une sortie de l'Union 
européenne se fera d'abord ressentir dans les enquêtes auprès 
des acteurs économiques avant de se traduire dans les données 
réelles, un décalage dans le temps susceptible d'accroître 
l'incertitude sur l'évolution de la croissance. 
    Depuis plusieurs mois, les grandes institutions 
internationales comme le FMI ont mis en garde contre les risques 
posés par un Brexit, d'autant que le référendum en 
Grande-Bretagne est intervenu alors que se manifestaient déjà 
des signes de ralentissement de la croissance mondiale. 
    Le Fonds monétaire international (FMI) a déjà abaissé sa 
prévision de croissance mondiale pour cette année, avec un 
"modeste 3,2%" alimenté essentiellement par les économies 
émergentes. La croissance des économies dite avancées comme la 
zone euro devrait être bien plus faible. 
    Le résultat du référendum britannique alimente désormais les 
inquiétudes des gouvernements et des observateurs. 
    "L'économie mondiale était fragile avant et elle l'est 
encore plus aujourd'hui", écrivent ainsi les économistes de 
Citigroup dans un rapport. 
    Si les marchés financiers ont immédiatement réagi à ce choc 
dont ils avaient fini par croire qu'il ne se concrétiserait pas, 
l'impact plus profond du Brexit sur les économies à travers le 
monde sera plus long à se manifester, le temps que mûrissent les 
doutes dans l'esprit des acteurs économiques. 
    "Nous constaterons l'impact dans un premier temps dans les 
études sur la confiance des consommateurs et auprès des 
entreprises. Il se manifestera plus tard dans les données 
réelles", prédit Sarah Hewin, économiste en chef pour l'Europe 
chez Standard Chartered Bank. 
    Selon elle, une attention particulière doit être portée sur 
les études auprès des directeurs d'achat (PMI), des enquêtes 
mensuelles qui mesurent les intentions des entreprises des 
secteurs manufacturier et de services. 
    "Un PMI plus faible devrait se refléter plus tard dans la 
production industrielle", dit-elle. 
     
    DES CONSÉQUENCES AU-DELÀ DE LA SEULE EUROPE 
    Les indices PMI qui seront publiés la semaine prochaine ne 
traduiront pas les conséquences du vote mais les incertitudes de 
la période qui a précédé le référendum. Les économistes devront 
attendre mi-juillet au plus tôt pour voir émerger les premiers 
effets du Brexit. 
    Il n'est pas certain que la décision britannique de sortir 
de l'Union européenne produise un choc aussi massif que ne le 
prédisent le FMI et d'autres institutions. Nombre d'économistes 
pensent néanmoins que ce sera bien le cas. 
    "Dans l'économie réelle, le PIB mondial va assurément être 
affecté, le PIB américain, le PIB japonais, le PIB partout!", 
avance Bob Takai, président de Sumitomo Corp Global Research à 
Tokyo. 
    Le facteur décisif pourrait être l'ampleur de la réaction de 
l'économie de la zone euro, qui commence à peine à décoller avec 
les milliards d'euros déversés par la Banque centrale européenne 
pour soutenir l'activité. 
    "Le moral et les effets de change pourraient retirer 0,6 
point à la croissance du PIB d'ici 2017. La contagion politique 
pourrait même être plus importante", écrit ING Research dans une 
note. 
    L'un des premiers signes pourrait venir le 25 juillet avec 
la publication de l'enquête mensuelle de l'institut Ifo sur le 
climat des affaires en Allemagne. L'enquête Ifo sur le mois de 
juin publiée vendredi a mis en lumière la solidité de l'économie 
allemande mais elle a été réalisée avant le référendum 
britannique.   
    Pour beaucoup d'économistes, cette vigueur ne durera pas et 
les conséquences du Brexit se feront ressentir au-delà des 
frontières de l'Allemagne et même de l'Europe par effet de 
contagion. 
    "Comme l'Union européenne est le principal partenaire 
commercial de la Chine, un ralentissement de l'économie de l'UE 
freinera la croissance de la Chine", prédit Wu Jieyun, analyste 
chez China International Capital Corporation à Pékin. "En tant 
qu'économie de marché émergente, la Chine sera touchée par le 
climat d'aversion au risque." 
 
 (Avec Aaron Sheldrick et Tetsushi Kajimoto à Tokyo, Tom 
Westbrook à Sydney, Hidayat Setiaji et Gayatri Suroyo à Djakarta 
et Elias Glenn à Pékin; Bertrand Boucey pour le service 
français, édité par Marc Joanny) 
 
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