Le Brexit a jeté un froid sur les M&A britanniques

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    * Nombre et valeur des M&A en baisse depuis le référendum 
    * Le dossier SoftBank-ARM a dopé le montant global 
    * Goldman, Lazard et UBS sur le podium des banques conseils 
 
    par Guy Faulconbridge, Kate Holton et Andrew MacAskill 
    LONDRES, 13 septembre (Reuters) - Le vote du 23 juin pour la 
sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne s'est traduit par un 
violent coup de frein à l'activité des fusions-acquisitions 
(M&A) impliquant des entreprises britanniques, tombée à son plus 
bas niveau depuis plus de 20 ans, montrent les données Thomson 
Reuters. 
    Des opérations de grande envergure comme l'offre de 32 
milliards de dollars (28,5 milliards d'euros) du japonais 
SoftBank  9984.T  sur ARM  ARM.L , première capitalisation du 
secteur britannique des hautes technologies, pourraient laisser 
croire que tout va pour le mieux sur le marché des M&A. Mais le 
tableau général est loin d'être aussi optimiste. 
    Le nombre d'opérations impliquant au moins une entreprise 
britannique est tombé à 707 au cours des 11 semaines qui ont 
suivi le vote du Brexit, pour un montant global de 87,43 
milliards de dollars, contre 1.060 opérations pour 125,22 
milliards sur la période correspondante de l'an dernier, montre 
le recensement par Thomson Reuters des opérations en cours ou 
achevées. 
    Si la valeur globale des opérations dans lesquelles la cible 
est britannique a atteint 45,77 milliards, contre 45,66 
milliards un an plus tôt, elle bénéficie avant tout du seul 
dossier ARM. Le nombre d'opérations impliquant des entreprises 
britanniques comme le nombre de celles dans lesquelles la cible 
est britannique sont tombés à leur plus bas niveau depuis au 
moins 20 ans. 
    "Cela ne fait aucun doute: l'activité des M&A a reculé", a 
déclaré à Reuters Tim Gee, associé spécialisé du cabinet 
juridique Baker & McKenzie.  
    "On observe encore une activité raisonnablement importante 
générée par des investisseurs étrangers qui investissent au 
Royaume-Uni mais il y a très peu d'activité 'UK-to-UK'", a-t-il 
ajouté. "Cette année sera mauvaise, cela ne fait aucun doute." 
     
    LE RACHAT D'ARM ENJOLIVE LE TABLEAU GÉNÉRAL 
    Le résultat du référendum du 23 juin a surpris de nombreux 
investisseurs et dirigeants d'entreprise tout en déclenchant une 
crise politique et une chute de la livre sterling.  
    Depuis, l'offre de SoftBank sur ARM - annoncée mi-juillet - 
et des indicateurs économiques meilleurs qu'attendu ont permis à 
certains observateurs - dont la nouvelle Première ministre, 
Theresa May - de se targuer de la confiance des investisseurs 
dans l'issue du processus de sortie de l'UE. 
    Le rachat d'ARM par SoftBank représente à lui seul plus d'un 
tiers de la valeur globale des M&A depuis le vote de juin.  
    "L'opération SoftBank-ARM fausse réellement les données 
concernant le montant des opérations. Si on exclut SoftBank-ARM, 
ça a été assez calme", a déclaré un banquier, qui a requis 
l'anonymat car il n'est pas autorisé à s'exprimer publiquement. 
    "Pour une banque, les revenus sont liés au nombre 
d'opérations, qui constitue un meilleur indicateur du potentiel 
de commissions que le volume, en raison de la faiblesse des 
volumes", a-t-il ajouté. 
    Sans SoftBank-ARM, la valeur des M&A impliquant des 
entreprises britanniques et celle des opérations dans lesquelles 
la cible est britannique seraient l'une et l'autre nettement 
inférieures aux niveaux de la dernière décennies et proche de 
leurs plus bas niveaux depuis la crise financière de 2008. 
    Pourtant, des banquiers notent que les chiffres des trois 
derniers mois n'ont pas été aussi mauvais que certains le 
craignaient au lendemain du référendum. Ils mettent en avant 
d'autres opérations importantes annoncées récemment, comme le 
rachat par le britannique Micro Focus des logiciels de Hewlett 
Packard Enterprise  HPE.N  pour 8,8 milliards de dollars.  
    "La conclusion, c'est que l'activité des M&A au Royaume-Uni 
est plus soutenue que nous ne l'avions anticipé après le vote 
britannique sur l'UE", dit Matthew Smith, co-responsable de la 
banque d'investissement britannique chez Barclays. 
    "En nous basant sur ce qu'on a observé ces trois derniers 
mois, nous nous attendons à une tendance relativement soutenue 
pour les M&A", ajoute-t-il en s'appuyant sur la dépréciation de 
la livre sterling et la faiblesse du coût du crédit, deux 
éléments favorables aux fusions-acquisitions. 
     
    D'AUTRES INCERTITUDES DE TAILLE DANS LES MOIS À VENIR 
    Du même avis, Eamonn O'Hare, directeur général de Zegona, 
une société d'investissement spécialisée dans le secteur des 
TMT, estime que "les actifs britanniques sont très vulnérables 
aux acquisitions internationales à cause de l'impact de la 
dépréciation de 20%".  
    Le dossier ARM a permis aux banques et aux cabinets de 
conseil impliqués d'encaisser plusieurs centaines de millions de 
dollars de commissions et honoraires, tout en assurant à Goldman 
Sachs, Lazard et UBS les trois premières places du classement 
"post-Brexit" des banques conseils en M&A, montrent aussi les 
données Thomson Reuters. 
    Les conseils de SoftBank, Raine, Robey Warshaw et Mizuho 
Securities, sont quatrièmes ex aequo, là encore grâce à ARM. 
    Les chiffres britanniques sont à replacer dans le contexte 
de la baisse des M&A à l'échelle mondiale après une année 2015 
faste, marquée entre autres par l'offre de plus de 100 milliards 
de dollars d'Anheuser-Busch InBev  ABI.BR  sur SABMiller 
 SAB.L .  
    Sur les huit premiers mois de cette année, l'activité 
globale des M&A a reculé à 2.200 milliards de dollars pour 
28.720 opérations, contre 2.900 milliards et 30.894 opérations 
sur janvier-août 2015.  
    Pour les mois à venir, d'autres incertitudes politiques 
risquent de freiner l'activité, de la présidentielle américaine 
aux scrutins français et allemand de 2017 en passant par la 
faiblesse de la croissance en zone euro et par le risque 
terroriste, estiment des banquiers. 
    "Il est trop tôt pour dire à quoi ressemblera 2017", estime 
le banquier senior qui a requis l'anonymat. "Pour les 
entreprises de taille moyenne, il y a un bon flux de dossiers au 
Royaume-Uni. La grande inconnue concerne les grosses opérations, 
qui représentent le risque le plus élevé et nécessitent la 
confiance la plus solide." 
     
 
    <^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^ 
Infographie sur l'évolution des M&A au Royaume-Uni    http://tmsnrt.rs/2ck4n5l 
Tableau détaillé des M&A britanniques     ID:nL8N1BO248  
    ^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^> 
 (Marc Angrand pour le service français, édité par Véronique 
Tison) 
 

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