Le Brésil, possible levier de la reconquête de Carrefour

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LA RECONQUÊTE DE CARREFOUR POURRAIT PASSER PAR LE BRÉSIL
LA RECONQUÊTE DE CARREFOUR POURRAIT PASSER PAR LE BRÉSIL

par Pascale Denis et Dominique Vidalon

PARIS (Reuters) - Carrefour a bien changé depuis que son ex-PDG a tenté, sans succès à l'été 2011, une hasardeuse alliance pour renforcer les positions du groupe au Brésil. Aujourd'hui, la première économie sud-américaine pourrait revenir sur le devant de la scène sous la houlette de Georges Plassat.

Le nouveau PDG du groupe a déjà mis les bouchées doubles pour alléger la contrainte financière pesant sur Carrefour. Mais il pourrait aller plus loin, en mettant par exemple en Bourse une partie de ses actifs brésiliens, afin de disposer des leviers nécessaires à la reconquête de ses marchés en Europe ainsi qu'à son expansion en Chine et au Brésil même.

Après être sorti de Grèce et de Singapour durant l'été, le deuxième distributeur mondial a bouclé en quelques semaines seulement la cession de ses actifs en Colombie, en Malaisie et Indonésie, pour 2,8 milliards d'euros, qui serviront à rembourser une partie de sa dette (6,9 milliards la fin 2011), à investir dans son développement ainsi que dans le redressement de ses hypermarchés en France.

Plusieurs options s'offrent à lui, y compris celle de coter une partie de ses actifs au Brésil, deuxième marché du groupe.

Carrefour doit en effet défendre ses positions sur un marché à très fort potentiel de croissance et dominé par Grupo Pao de Açucar, filiale de Casino, voire se diversifier dans des formats de proximité de plus en plus appréciés. Carrefour avait tenté sans succès l'an dernier de prendre le contrôle de GPA, ce qui avait entraîné une vigoureuse contre-attaque de Casino.

LA PERLE ATACADAO

Aussi, certains évoquent une introduction en Bourse d'une part minoritaire de sa perle brésilienne Atacadao, ces "cash & carry" très prisés, dans lesquels les produits sont vendus en grandes quantités et qui comptent pour environ la moitié des ventes et des profits brésiliens du groupe.

Un banquier d'affaires basé à Paris estime qu'une cotation au Brésil constitue "clairement une possibilité".

Georges Plassat a déjà fait savoir que le Brésil et la Chine étaient des marchés clés pour le groupe, sans dévoiler ses intentions.

Le Brésil focalise l'attention des observateurs. Avec un chiffre d'affaires de 91,5 milliards d'euros (13,5% des ventes totales), il jouit de fortes perspectives de croissance.

"Une introduction en Bourse serait possible et pourrait avoir un impact très important, mais aurait aussi pour conséquence de compliquer la structure du groupe", notent les analystes de Barclays.

Ceux d'Exane BNP valorisent cet actif brésilien à 5,0 milliards d'euros et estiment qu'une mise en Bourse d'une part de 20% à 25% pourrait donc permettre à Carrefour de lever 1,0 milliard d'euros.

"Une mise en Bourse d'une participation minoritaire aurait du sens, elle permettrait de financer l'extension du réseau et de renforcer les positions d'un format qui a le vent en poupe et où les grands distributeurs bataillent pour avoir la part du lion", remarque pour sa part Gildas Aitamer, associé du cabinet spécialisé Planet Retail.

Revers de la médaille, une telle opération entraînerait, selon le banquier parisien, "une décote de holding alors que les marchés émergents constituent la part la plus attractive du business de Carrefour".

Interrogé, Carrefour s'est refusé à tout commentaire.

POURSUITE DES CESSIONS D'ACTIFS

Le groupe, qui doit aussi retrouver une dynamique positive en Chine, où ses ventes reculent depuis plusieurs trimestres, pourrait aussi poursuivre les cessions d'actifs en Pologne, en Roumanie, en Turquie (détenus à 60% aux côtés de son partenaire turc Sabanci Holding), ainsi qu'à Taiwan, pour un montant total évalué par les analystes entre 1,5 et 2,0 milliards d'euros.

"Nous pensons que le processus de cessions n'est pas arrivé à son terme", souligne Pierre-Edouard Boudot, analyste de Natixis.

Pour Barclays, "Carrefour dispose encore de perles à vendre comme en Turquie et en Pologne, même si ces deux cessions pourraient se faire sur la base de multiples inférieurs".

Georges Plassat, connu pour son expérience dans la distribution, a également mis son talent de financier au service d'opérations réalisées au prix fort, en particulier en Colombie et en Indonésie. (voir et )

Mais faute de moyens pour pouvoir affronter la concurrence dans des pays à forte croissance et très rentables, Carrefour est contraint d'en sortir, accroissant ainsi mécaniquement son exposition aux difficiles marchés européens englués dans la crise.

Les capacités d'investissement du distributeur (1,6 milliard d'euros en 2012, soit seulement 2% de son chiffre d'affaires, sont sans commune mesure avec ses besoins, estimés par certains analystes aux environs de 3,0 milliards d'euros par an.

"Il n'est pas sûr que les cessions réalisées jusqu'ici permettent des niveaux corrects d'investissements au-delà de 2013", déclare l'un d'entre eux, ayant requis l'anonymat.

En France, où Carrefour réalise 43% de ses ventes, le groupe doit rénover son parc d'hypermarchés vieillissants, investir dans des prix bas, plus en phase avec ceux de ses grands concurrents Leclerc ou Auchan, ou dans le e-commerce, dans lequel il accuse un retard.

Sans parler de la nécessité de réduire aussi de l'écart dans son réseau de "drive", ces points de retrait de commandes passées sur internet dont la rentabilité n'est pas avérée mais qui constitue le nouvel outil de gains de parts de marché des distributeurs dans l'Hexagone.

Edité par Jean-Michel Bélot

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