Le Brésil connaît un « spectaculaire désordre », mais les marchés bondissent (CPR AM)

le , mis à jour à 15:08
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Il n'est pas sûr que l'économie brésilienne redémarre en cas de destitution de sa présidente Dilma Roussef, souligne CPR AM, qui reste sceptique face au récent rebond de la bourse brésilienne.
Il n'est pas sûr que l'économie brésilienne redémarre en cas de destitution de sa présidente Dilma Roussef, souligne CPR AM, qui reste sceptique face au récent rebond de la bourse brésilienne.

Au Brésil, l’actuelle crise politique s’ajoute à une forte récession économique. Malgré cette conjoncture très dégradée, la Bourse brésilienne progresse nettement depuis le début de l’année. Pour CPR AM, l’enthousiasme des investisseurs est irrationnel et incite à la prudence.

« Je ne démissionnerai jamais » a déclaré dimanche 3 avril la présidente brésilienne, Dilma Roussef, qui subit depuis de nombreux mois la colère de la rue.

La présidente brésilienne semble bien décidée à s’accrocher au pouvoir malgré une procédure de destitution à son encontre, qui devrait faire l’objet d’un premier vote de la Chambre des députés dans le courant du mois d’avril.

« La politique perd totalement la boussole »

En plus du scandale « Petrobras », Dilma Roussef est désormais soupçonnée d’avoir participé à un maquillage des comptes publics au cours de son premier mandat présidentiel entre 2010 et 2014, de manière à optimiser ses chances de réélection en octobre 2014.

Dilma Roussef perd progressivement tous ses soutiens, le Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB) ayant quitté la coalition gouvernementale en laissant le Parti des travailleurs de Dilma Roussef en minorité à l’Assemblée.

« C’est peu dire qu’il s’agit d’un gigantesque chahut politique (…). C’est, en bref, un spectaculaire désordre (…). La politique perd totalement la boussole dans un contexte économique catastrophique » commente Thomas Page-Lecuyer, stratégiste chez CPR AM.

L’économie brésilienne est en perdition

La dégradation de l’économie brésilienne est en effet préoccupante. « Le Brésil est en récession depuis l’année dernière avec un repli de 3,8% du PIB en 2015, la pire année depuis 1990, et les perspectives ne sont guère encourageantes au vu de l’analyse du FMI qui table sur une récession de 3,5% pour 2016 », rappelle Thomas Page-Lecuyer.

Le Brésil souffre fortement de la chute des prix des matières premières depuis l’année dernière.

« A cela s’ajoutent en 2015 une inflation annuelle de 11%, un chômage qui flirte avec les 10%, un déficit public record de 10,2% du PIB, et une dette qui est passé de 57% à 65% du PIB. Nous parlons tout de même du 5ème pays mondial en termes de superficie et de population », insiste le stratégiste.

Bourse brésilienne : +13% depuis le début de l’année, +33% depuis le creux du 26 janvier

« Pourtant, dans ce contexte sombre, c’est l’embellie sur les marchés brésiliens. Certes, depuis la réélection de Dilma Roussef en octobre 2014, la bourse brésilienne s’est effondrée de 30% et le real brésilien s’est déprécié de 66% contre le dollar. Mais depuis le point bas de janvier dernier, coïncident avec le point bas du baril de pétrole, l’indice Bovespa a rebondi de presque 33% et le Real brésilien s’est apprécié de 13%, revenant ainsi sur ses niveaux d’août dernier contre le dollar », observe Thomas Page-Lecuyer.

Ce phénomène laisse le stratégiste sceptique : « Même si l’appréciation des cours des matières premières peut expliquer une partie du mouvement, nul doute que le rebond brésilien apparait excessif ».

Ce dernier poursuit : « Pour de nombreux observateurs locaux, la réponse est ailleurs. Selon eux, le marché verrait d’un bon œil un changement de gouvernement puisque le chaos économique est notamment lié au chahut politique actuel, dans la mesure où la situation politique ne permet pas de mettre en route les réformes structurelles dont le pays a besoin. Or, le marché estime que la probabilité de la chute du gouvernement augmente fortement, cela suffit donc à justifier ce violent rallye brésilien ».

« Les marchés se trompent »

Thomas Page-Lecuyer n’est cependant pas du même avis. « Là où les marchés se trompent, c’est qu’alternance politique ne rime pas nécessairement avec amélioration économique, encore moins dans les circonstances décrites plus haut. Les questions suivantes se posent : comment se comporteront le marché brésilien et le real si le chahut politique ne se calme pas en cas d’alternance ? Si la procédure de destitution est avortée et que le flou politique perdure ? Et si le gouvernement suivant ne rassure pas plus ? ».

Face à ces risques, le stratégiste conclut : « Avec un tel rallye et les questions précédentes, la prudence devrait être de mise sur les marchés de la première économie sud-américaine ». Les économies émergentes restent en effet sous tension malgré le récent rebond des marchés : BNP Paribas rappelait il y a quelques jours que les risques sur les finances publiques russes étaient aux aussi élevés pour les années à venir (lire l’article).

Xavier Bargue (redaction@boursorama.fr)

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  • d.e.s.t. le mercredi 6 avr 2016 à 15:47

    C'est pitoyable de voir ces gôchistes incompétents s'accrocher désespérément à leur poste, pour s'en mettre un peu plus dans les poches! Une seule devise: "Réussir à se servir!".