Le bras de fer sur le site Alstom de Belfort se prolonge

le , mis à jour à 18:49
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MANUEL VALLS MET LA PRESSION SUR ALSTOM
MANUEL VALLS MET LA PRESSION SUR ALSTOM

PARIS (Reuters) - Manuel Valls a pressé jeudi Alstom de faire "les investissements nécessaires", alors qu'une solution tarde à se dégager des négociations entre le gouvernement et la direction du groupe pour sauver son site de Belfort.

Le Premier ministre a déclaré au Sénat que le gouvernement présenterait ses propositions "dans les prochains jours", alors que c'était initialement prévu avant la fin de ce mois, signe que les discussions sont difficiles.

L'enjeu de ces négociations menées par le secrétaire d'Etat à l'Industrie, Christophe Sirugue, dépasse largement le sort du site de Belfort et des quelque 400 emplois qui y sont menacés.

"C'est une grande partie de l'avenir ferroviaire de notre pays qui est en jeu", a souligné Manuel Valls.

"Nous faisons tout pour sauver cette entreprise en agissant sur la commande publique et (...) en engageant également Alstom à faire les investissements nécessaires", a-t-il ajouté.

La direction d'Alstom a annoncé le 7 septembre son intention de transférer en Alsace son usine de Belfort, spécialisée dans la production de motrices, faute de commandes suffisantes.

A sept mois de l'élection présidentielle, le gouvernement veut éviter que cela ne devienne un nouveau Florange, où la fermeture de hauts-fourneaux est jugée par une partie de la gauche comme un symbole de l'impuissance du pouvoir socialiste.

"Le gouvernement a exigé et obtenu d'Alstom la suspension de cette décision afin d'examiner toutes les solutions possibles", a rappelé Manuel Valls.

Christophe Sirugue a précisé mercredi à l'Assemblée nationale qu'il poursuivait un triple objectif dans ses échanges avec les acteurs de la filière ferroviaire : donner de la visibilité à Alstom en matière de commandes publiques, combler le "trou" de son carnet de commandes pour les années à venir et diversifier l'activité du site de Belfort.

"C'est avant tout aux dirigeants d'Alstom de proposer une stratégie industrielle ambitieuse" a cependant insisté jeudi le Premier ministre. "L'intérêt de la filière ferroviaire française et en particulier des grands clients est de maintenir une industrie forte sur notre territoire."

"DANS LE FLOU"

L'Etat dispose jusqu'à octobre 2017 de 20% des actions d'Alstom mises à sa disposition par le groupe Bouygues et donc d'autant de droits de vote.

Mais lors de son audition, mardi, par la commission des affaires économiques de l'Assemblée, le PDG d'Alstom, Henri Poupart-Lafarge, s'est montré relativement peu réceptif aux arguments du gouvernement.

Il a dit ne pas voir "d'issue structurelle" aux problèmes du site de Belfort et émis des doutes sur la possibilité de convaincre la SNCF ou la RATP de passer de nouvelles commandes dans le seul but de remplir les carnets de commande d'Alstom.

"J'ai trop conscience de la difficulté du transport ferroviaire en France pour aller forcer des commandes de trains qui iraient rouiller dans des placards", a-t-il expliqué.

Il a estimé que l'avenir d'Alstom résidait dans les exportations, qui supposent de plus en plus souvent une production hors du territoire français.

Le groupe Bouygues a également un avis sur le dossier.

"Au-delà d'une solution conjoncturelle pour Belfort, il faut une solution structurelle. Il n'y a pas en France assez de commandes pour nourrir l'activité de Belfort", a dit Philippe Marien, directeur financier de Bouygues, à des journalistes.

Les syndicats du groupe ont pour leur part voté mardi un droit d'alerte économique pour obtenir un état précis de la situation d'Alstom, dont le site de Belfort n'est pas le seul à souffrir de la crise des commandes en France.

Il avait été envisagé que Christophe Sirugue reçoive ce vendredi leurs représentants pour leur exposer les propositions du gouvernement. Mais cela n'aura finalement lieu, au mieux, qu'en début de semaine prochaine, dit-on de sources syndicales.

Selon André Fages, délégué CFE-CGC, ce pourrait être "autour du 4 octobre", date correspondant à un comité d'entreprise de groupe au niveau européen, censé examiner les projets de la direction et du gouvernement.

Philippe Pillot, délégué syndical Force ouvrière, a pour sa part estimé que la réunion avec Christophe Sirugue pourrait même se tenir après celle de cette instance.

"Cela n’est naturellement pas acceptable pour une gestion efficace du dossier", a-t-il déclaré jeudi. "Soit la rencontre avec M. Sirugue doit avoir lieu avant (...) soit la réunion (du comité de groupe) Alstom doit être reportée."

D'autres responsables syndicaux ont confié à Reuters être complètement "dans le flou".

(Emmanuel Jarry, avec Dominique Vidalon, édité par Yves Clarisse)

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