Le bras de fer entre Paris et Mittal se durcit

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PARIS (Reuters) - La France a durci mercredi son bras de fer avec ArcelorMittal et multiplié les signes de sa détermination à aller jusqu'à la nationalisation si nécessaire pour sauver les hauts-fourneaux du site sidérurgique de Florange.

Le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, a indiqué être "prêt" si les négociations avec le géant mondial de l'acier n'aboutissent pas d'ici vendredi, à la veille de la date-butoir fixée par le groupe pour leur fermeture.

"Nous sommes prêts parce que nous avons un repreneur qui est un aciériste, un industriel, qui n'est pas un financier, qui, par ailleurs, souhaite investir son argent personnel, et, excusez du peu, est disposé à investir jusqu'à près de 400 millions", a dit Arnaud Montebourg à l'Assemblée nationale.

Il a précisé que le gouvernement pourrait mobiliser des participations de l'Etat pour financer une éventuelle nationalisation, sans coût pour les finances publiques en période de vaches maigres budgétaires.

Arnaud Montebourg a ajouté que l'entretien mardi entre François Hollande avec le PDG d'ArcelorMittal Lakshmi Mittal avait été "rude et ferme", signalant que les deux parties étaient encore bien loin d'un accord.

"Les discussions se poursuivent aussi bien avec Mittal qu'avec des repreneurs potentiels", a quant à lui déclaré le président français lors d'une conférence de presse mercredi avec le premier ministre norvégien.

La fermeté affichée par le ministre du Redressement productif a été saluée par Edouard Martin, responsable CFDT d'ArcelorMittal Florange, qui, avec une délégation de syndicalistes, a entrepris de camper sous les fenêtres du ministère de l'Economie jusqu'à l'expiration du délai.

"Il attend que M. Mittal fasse des propositions autres que celle de la fermeture, sinon le gouvernement (est) bien décidé à nationaliser temporairement le site", a dit le leader syndical.

LA BALLE DANS LE CAMP D'ARCELORMITTAL

En officialisant le 1er octobre dernier l'arrêt des hauts-fourneaux de Florange, ArcelorMittal avait fixé un délai de deux mois, qui prend fin samedi, pour permettre au gouvernement de trouver un investisseur pour la phase à chaud non rentable.

Mais faute de repreneur pour les seuls hauts-fourneaux, le gouvernement a émis l'hypothèse de nationaliser l'intégralité du site, donc également la rentable et stratégique "phase à froid" dont ArcelorMittal n'entend pas être dépossédé.

Le gouvernement a légalement la possibilité de faire voter une loi pour nationaliser Florange, contre une indemnisation, puis de revendre le site à un autre groupe sidérurgique qui maintiendrait les hauts-fourneaux en activité.

Face à cette alternative, ArcelorMittal pourrait aussi proposer au gouvernement de nouveaux projets ou des alternatives pour maintenir l'emploi et pérenniser le site.

"Notre préoccupation essentielle est l'avenir des emplois, désormais la balle est dans le camp d'ArcelorMittal qui doit nous apporter des garanties d'ici vendredi sur la pérennité de ces emplois", a expliqué la porte-parole du gouvernement Najat Vallaud-Belkacem.

La confrontation entre le gouvernement et Arcelormittal a déclenché un début de polémique sur la politique économique du gouvernement mais le soutien apporté par de nombreux responsables de l'opposition lui a permis de faire valoir une certaine "unité nationale" sur la question.

De nombreux économistes estiment toutefois qu'une nationalisation pourrait dégrader le climat des affaires en France et décourager les investisseurs étrangers.

Le débat sur l'avenir de Florange avait pris un tour polémique après les déclarations en début de semaine d'Arnaud Montebourg la famille Mittal, actionnaire majoritaire d'ArcelorMittal, qui n'est, a-t-il dit, pas la bienvenue en France, où le groupe emploie 20.000 personnes.

ArcelorMittal a indiqué mercredi à Reuters ne pas souhaiter communiquer sur les négociations avec le gouvernement français.

Julien Ponthus, Jean-Baptiste Vey, Elizabeth Pineau et Emile Picy, édité par Yves Clarisse

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