Le bras de fer Apple-Justice, une bonne aubaine pour le cryptage?

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    par Joseph Menn et Julia Love 
    SAN FRANCISCO, 24 février (Reuters) - Le bras de fer entre 
Apple et le département américain de la Justice sur le cryptage 
des données, quelle qu'en soit l'issue, amènera sans doute les 
entreprises des nouvelles technologies à renforcer la protection 
de leurs systèmes face aux velléités d'intrusion de l'Etat, 
estiment des dirigeants du secteur.   
    On voit déjà poindre des téléphones et des applications 
mobiles dits "super-sécurisés".    
    Un cadre d'Apple, sous couvert d'anonymat, a dit que le 
groupe californien renforcerait son système de cryptage en cas 
de victoire face au gouvernement américain qui lui demande de 
débloquer l'iPhone de l'un des auteurs de la tuerie de San 
Bernardino perpétrée en décembre dernier.  
    Si Apple perd son procès, cela créera un précédent juridique 
et le gouvernement américain pourra avoir barre sur les 
entreprises et leur ordonner de l'aider à déverrouiller des 
produits cryptés. 
    Mais dans ce cas, les sociétés high tech américaines 
pourraient être amenées à investir dans des systèmes de sécurité 
que même leurs propres ingénieurs seraient incapables de casser, 
estime Jonathan Zittrain, co-fondateur du Berkman Center for 
Internet & Society de l'université de Harvard. 
    "Si le gouvernement obtient gain de cause dans ce dossier, 
cela peut d'autant plus inciter Apple et d'autres à concevoir 
des dispositifs que les fabricants ne pourraient pas aisément 
contourner" a-t-il dit. 
     
    CONTRÔLE TOTAL POUR LE CONSOMMATEUR 
    Le fournisseur de stockage en ligne Box considère par 
exemple comme prioritaire de donner à ses clients la 
conservation exclusive de leurs données, a dit Joel De la Garza, 
directeur de la sécurité de l'information au sein de la société. 
    L'idée est de rendre impossible pour l'entreprise l'accès  
aux données des clients, même en cas de recours du département 
de la Justice, a-t-il ajouté.    
    "Notre objectif est de parvenir à une 'connaissance zéro' 
pour l'entreprise", a-t-il insisté, afin que "les consommateurs 
aient un contrôle total de leurs données".  
    On ne sait pas pour l'instant avec certitude si Apple veut 
ou peut concevoir un téléphone inviolable. Deux salariés d'Apple 
au fait de sa politique de sécurité ont dit qu'un tel projet 
n'était pas à l'ordre du jour. 
    Dans l'immédiat, le recours du département américain de la 
Justice profite à des sociétés très spécialisées, installées 
pour la plupart à l'étranger et qui conçoivent des applications 
et des téléphones censés abriter des regards indiscrets des 
Etats, de la concurrence ou encore des organisations 
criminelles. 
    Depuis les révélations de l'affaire Snowden, ces entreprises 
ont lancé sur le marché des téléphones dits "sécurisés" sous les 
marques BlackPhone, RedPhone ou Priv. Avec ces appareils, les 
applications, les conversations et les messages sont cryptés.  
    Ces entreprises pourraient surfer davantage sur la vague 
sécuritaire si le bras de fer entre Apple et le département 
américain de la Justice devait s'éterniser. 
    "C'est ce qui va se passer", juge Chris Wysopal, 
co-fondateur et directeur technique de l'éditeur de logiciels de 
sécurité Veracode. "Les gens vont aller voir ailleurs car il y a 
un marché."     
 
 (Claude Chendjou pour le service français, édité par Wilfrid 
Exbrayat) 
 

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